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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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« On n’a pas le temps. » Le grand pillard avec la caméra fit signe aux autres en leur criant quelque chose dans leur langue. Ils répondirent par des vivats et les hommes encore à pied montèrent à bord des véhicules en y entassant leur butin : armes, munitions, jerrycans.

« Je veux qu’elle vive ! » cria Laura.

Il la toisa. Imposant maraudeur avec ses lunettes, son visage masqué et enturbanné, le corps bardé de ceintures et de tout son arsenal. Laura soutint son regard sans fléchir.

« D’accord, dit-il enfin. Vous l’aurez voulu. » Elle sentit le poids de ses mots : il était en train de lui dire qu’elle était à nouveau libre. Sortie de prison, revenue dans le monde des décisions et des conséquences. Une violente impression de soulagement s’empara d’elle.

« Prenez ma caméra. Ne touchez pas au déclencheur. » L’étranger prit Katje dans ses bras et la transporta à son buggy garé à cinq mètres du camion.

Laura le suivit, traînant la caméra. La route ouverte au bulldozer écorchait ses pieds nus et c’est sautillant et titubant qu’elle gagna l’ombre du buggy. Elle regarda en bas de la pente.

La souche métallique d’une tour en ferraille vaporisée marquait le point zéro. Le cratère atomique n’était pas aussi profond qu’elle ne l’avait imaginé. Il était large, en revanche, marqué de sillons sinistres, de flaques de scories vitrifiées craquelées comme de la boue séchée. Tout cela paraissait banal, minable, abandonné, comme une vieille décharge de fûts toxiques.

Des jeeps étaient en train de quitter la casemate, pour se ruer à l’assaut de la pente. Elles emportaient des soldats – la garnison du polygone de tir – installés derrière des mitrailleuses montées sur base pivotante.

À huit cents mètres de distance, ils ouvrirent le feu. Laura vit les petits nuages de poussière soulevés par les impacts vingt mètres en dessous d’elle, suivis, languissamment, du crépitement lointain des détonations.

L’étranger était en train de réarranger sa cargaison. Soigneusement, pensivement. Il jeta un bref coup d’œil aux jeeps ennemis qui approchaient, comme on jette un œil à son bracelet-montre. Il se tourna vers Laura. « Vous grimpez derrière et vous la tenez.

— D’accord.

— Très bien, aidez-moi à la monter. » Ils disposèrent Katje dans l’espace dégagé. Ses yeux étaient rouverts mais ils étaient vitreux, stupéfiés.

Une rafale d’arme automatique crépita sur l’épave de l’un des half-tracks.

La jeep de tête bondit soudain dans les airs, pataude. Elle retomba rudement, retournée comme une crêpe, envoyant valser hommes et débris. Puis le bruit de l’explosion de la mine leur parvint. Les deux autres jeeps pilèrent sec, dérapant vers le bas-côté de la piste. Laura monta dans le buggy puis passa un bras autour de Katje.

« Gardez la tête baissée. » L’étranger enfourcha l’engin, démarra. Ils s’éloignèrent en ronronnant. Hors piste, dans le désert.

En peu de temps, ils étaient hors de vue. C’était un désert bas, vallonné, ponctué de débris rouges, craquelés, et de rochers vitrifiés par la chaleur. Par endroits, un buisson d’épineux arrivant à la taille, quelques maigres filaments d’herbe sèche. La chaleur de l’après-midi était accablante, se réverbérant à la surface comme des rayons X.

Une balle avait touché Katje quatre ou cinq centimètres à gauche du nombril pour ressortir dans le dos, éraflant une côte flottante. Dans cette chaleur effroyable, les deux blessures avaient rapidement cessé de saigner ; son ventre et son dos étaient recouverts de plaques brillantes et noires de sang coagulé. Elle portait également une mauvaise coupure au mollet, due à une esquille, estima Laura.

Laura, pour sa part, était indemne. Elle s’était un peu écorchée une phalange en plongeant pour se mettre à l’abri au fond du camion. C’était tout. Elle estima avoir eu une chance incroyable, puis tempéra ce jugement en songeant qu’elle s’était quand même fait mitrailler deux fois dans sa vie sans avoir eu besoin de revêtir un putain d’uniforme.

Ils parcoururent quatre ou cinq kilomètres, en tressautant et cahotant. Le maraudeur ralentit. « Ils vont se lancer à nos trousses, lui cria-t-il. Pas avec les jeeps – les avions. Il faut que je continue de rouler, on va passer un certain temps en plein soleil. Mettez-la sous la bâche. Et couvrez-vous la tête.

— Avec quoi ?

— Regardez dans le paquetage, là. Non, pas celui-là, ce sont des mines ! »

Laura défit la bâche pour en ramener un pan sur Katje, puis elle dégagea le paquetage de la pile. Des vêtements – elle trouva une chemise militaire crasseuse. Elle s’en enveloppa la tête et le cou, façon burnous, enroulant les manches en turban autour du front.

À force de tâtonnements et de secousses, elle réussit à libérer Katje de ses menottes. Puis elle jeta les deux paires hors du véhicule, les clés avec. Objets néfastes ; comme des parasites de métal.

Elle escalada la cargaison bâchée, derrière son sauveteur. Il lui passa ses lunettes. « Essayez ça. » Il avait les yeux bleu vif.

Elle les mit. Leur bord caoutchouté lui toucha le visage, il était glacé de sueur. La torture de la lumière aveuglante disparut aussitôt. Elle lui en fut reconnaissante. « Vous êtes Américain, n’est-ce pas ?

— Californien. » Il rabattit son voile, lui révélant ses traits. C’était un voile tribal élaboré, des mètres de tissu enveloppant le visage et le crâne d’un long turban strié dont les extrémités se drapaient autour des épaules. Une grossière teinture végétale lui tachait les joues et la bouche, marquant son visage ridé d’Anglo de rayures indigo.

Il portait une barbe de quinze jours, brosse roussâtre piquetée de gris. Il lui adressa un bref sourire, exhibant une rangée de dents américaines incroyablement blanches.

Il avait la dégaine d’un journaliste télé qui aurait définitivement et horriblement mal tourné. Elle supposa aussitôt que c’était un mercenaire, une espèce de conseiller militaire. « Qui êtes-vous, au juste ?

— Nous sommes la Révolution culturelle inadine. Et vous ?

— Groupe industriel Rizome. Laura Webster.

— Ah ouais ? Vous devez avoir une sacrée histoire à raconter, Laura Webster. » Il la regarda soudain avec un immense intérêt, comme un chat assoupi jauge sa proie.

Sans avertissement, elle éprouva une brusque sensation de déjà vu. Lui revint le souvenir d’enfance de la visite d’une réserve naturelle en compagnie de sa grand-mère. Elles avaient arrêté la voiture pour regarder un énorme lion mâle dévorer une carcasse au bord de la route. Le souvenir la frappa : les grandes dents blanches, la robe fauve, le museau éclaboussé de sang jusqu’aux yeux. Le lion avait calmement levé la tête pour la considérer de l’autre côté de la vitre, d’un regard identique à celui que lui jetait à présent l’étranger.

« C’est quoi, un Inadine ? demanda Laura.

— Vous connaissez les Touaregs ? Une tribu saharienne ? Non, hein ? » Il descendit un peu le haut du turban pour s’abriter les yeux. « Enfin, peu importe. Ils se baptisent entre eux les “Kel Tamashek”. “Touareg”, c’est le nom que leur donnent les Arabes – ça signifie “abandonnés de Dieu”. » Il accélérait à nouveau, contournant en expert les plus gros des blocs rocheux. La suspension absorbait les chocs – bonne conception, jugea-t-elle machinalement. Les grosses roues en treillis métallique ne laissaient presque pas de trace.

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