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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Mais si vous ne les appelez pas…

— Je ne dirai rien, affirma-t-elle, beaucoup plus calme. Mais le colonel Tyler est en train de fouiller la maison.

— Nous n’avons besoin que de quelques instants.

— Faites vite. Il ne va pas tarder.

Malgré la tension, William fut impressionné par la grâce de Rosa. Elle s’accrocha au chambranle de la fenêtre, tendant des bras et des doigts aussi fins que des fils de verre. Elle se leva, s’immobilisa un instant sur le rebord, puis déploya ses ailes derrière elle, les étira – larges voiles aux chamarrures d’or et de pourpre. Elle ressemblait à une énorme orchidée. Ses ailes frissonnèrent sous le vent.

J’y suis presque, dit-elle à William. Maintenant.

Abby poussa un cri étouffé quand la porte s’ouvrit brusquement derrière elle : le colonel Tyler.

Abby admira la maîtrise avec laquelle Tyler saisit la situation. Ses yeux passèrent d’Abby à William, puis de William à la femme-insecte. De toute évidence, il fut choqué. Mais pas paralysé, comme elle-même avait pu l’être. Ses mains se mirent immédiatement en mouvement.

Il sortit le revolver qu’il portait toujours sur lui.

— Non ! s’écria Abby.

Le colonel ne la regarda même pas. Il était entièrement concentré sur la créature que William avait appelée Rosa, et sa grimace exprimait un dégoût sans fond. Si Abby avait eu peur, le colonel, lui, semblait outragé.

Bien campé sur ses pieds écartés, il pointa le revolver sur Rosa.

Abby eut la sensation que le temps s’écoulait soudain au ralenti. Elle eut le loisir d’enregistrer le moindre détail de la scène. De voir l’inquiétude et la tristesse de William. De voir la femme-insecte étirer ses immenses ailes dans le ciel matinal. De voir l’arme de Tyler prête à cracher ses balles mortelles. D’entendre le râle de sa propre respiration.

Et puis William se mit en action.

Il fut rapide. D’une vivacité incroyable. Inhumaine.

Il se jeta sur Tyler. L’impact bascula le canon du revolver vers le plafond. Le coup partit. La détonation agressa cruellement les tympans.

— Nom de Dieu ! jura Tyler.

Abby se tourna vers la fenêtre. Les ailes de la femme-insecte se gonflèrent sous le vent, se ridèrent comme l’eau d’un lac sous la brise. Puis Rosa s’élança, voleta maladroitement sur quelques mètres, plana… et s’envola vers la pureté lavande du ciel.

En deux enjambées, Tyler fut devant la fenêtre. De nouveau, il pointa son arme sur Rosa.

William, aussitôt, se pendit à son bras.

Tyler le repoussa. Si brutalement qu’Abby entendit la tête du garçon heurter le mur.

— Non ! cria-t-elle.

Il n’avait pas le droit de traiter un enfant de cette manière.

William se redressa, indemne, mais c’était lui, désormais, que Tyler visait.

— Non ! répéta Abby, atterrée. Colonel, arrêtez !

William se tourna un instant vers elle. C’était absurde, mais Abby eut l’impression qu’il voulait la rassurer – elle. Lui dire qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter pour lui.

Pourtant, Dieu sait qu’il y avait de quoi !

Le garçon rencontra ensuite le regard du colonel et lui dit, d’une voix claire et calme :

— Je sais qui vous êtes.

Le colonel appuya sur la gâchette. La poitrine de William explosa.

— NOOOOON ! hurla Abby.

Tyler tira encore. La tête, cette fois, où les yeux restaient fixés sur lui. Abby ne put supporter le bruit, le sang. Elle ne pouvait s’empêcher de penser à Cory et à son frère, Damian. À sa fille, Laura. Tous partis pour d’autres mondes. Bien que William fût un étranger, elle ne pouvait tolérer la perte d’un enfant, quel qu’il soit. Un enfant dont le seul crime avait été de s’opposer au colonel Tyler. Alors elle fit ce que William avait fait avant elle ; elle traversa la pièce, ses gestes toujours au ralenti, sachant qu’il était trop tard, consciente du sang qui éclaboussait le lit, les murs, et elle se jeta sur le colonel Tyler qui, surpris, tomba à la renverse. Animée d’une force physique qu’alimentait une haine féroce, Abby se battit pour arracher le revolver de la main de Tyler et le retourner contre lui, mais le doigt de Tyler restait fermement accroché à la gâchette. Il tira deux fois de plus ; deux coups assourdissants qui logèrent deux balles dans le mur. Et puis le courage et la force d’Abby la désertèrent. Tyler l’envoya bouler et se redressa, l’arme pointée sur elle. Tue-moi, vas-y, salaud ! songea-t-elle. Tire, tueur d’enfant ! Mais Tyler, horrifié, agita soudain son arme pour indiquer le corps du garçon.

— Abby, il n’est pas humain. Regardez !

Du bout du pied, il souleva légèrement le corps inerte.

— Ce n’est pas du sang. Bordel !… On dirait de l’huile de moteur !

Et alors ? Quelle importance ? Est-ce que ça excusait son crime ?

Sûrement pas.

Abby n’hésita pas. D’ailleurs, elle ne réfléchit même pas. Avec une précision qui la surprit, elle cracha au visage de Tyler.

Le colonel se figea.

Tout le monde, dans la chambre – ils avaient tous rappliqué, ameutés par les coups de feu : Ganish, Jacopetti, Joey – retint son souffle et attendit.

— Emmenez-la dans son motor-home, ordonna Tyler.

Le crachat dégoulinait sur sa joue ; sa voix était plus coupante qu’une lame de rasoir.

— Et qu’elle y reste. Je m’occuperai d’elle plus tard.

Rosa Perry Connor se laissa porter par les courants ascendants chauds jusqu’à ce que le ranch soit loin, très loin derrière elle.

Elle volait – non, elle nageait dans l’immensité du ciel. Un océan aux vagues mouvantes, aux courants sinueux. Un océan qui invitait à l’exploration, aux acrobaties. Elle se mit à tourner, à virer, tout en courbes gracieuses. Grisant. Enivrant.

Elle observa son ombre qui glissait sur les prairies, sur les haies qui séparaient les champs. Le soleil était chaud sur ses ailes.

Elle savait ce qui s’était passé, dans le ranch. Elle ressentit la libération prématurée de William. Comme elle, il avait voulu jusqu’au dernier moment profiter de la Terre ; vieil homme redevenu enfant. Elle transmit ses regrets vers le Monde supérieur. L’extase du vol se mêlait au chagrin. William accepta son réconfort, mais il ne faisait en fait pas grand cas des événements ; lui aussi partageait le plaisir de son vol.

Il déplorait en revanche l’éternelle tragédie du théâtre humain.

La tragédie est le thème de la vie terrestre, William. Elle est leur océan, l’air qu’ils respirent.

Il répondit par une remarque empreinte de tristesse. Tu as été humaine, toi aussi.

Oui. Elle fixa son attention sur le sommet du Vaisseau-Home, bleu porcelaine dans la lumière matinale. Je l’ai été. Mais plus maintenant.

Abby Cushman, non sans peine, fut enfermée dans son motor-home devant lequel Joey monta la garde.

Incapable de réfléchir, l’esprit engourdi par le chagrin, par l’écœurement, elle pressa son visage contre la fenêtre et regarda les ailes mordorées de Rosa rapetisser dans le ciel limpide…

33

Provocation

Les détonations tirèrent Beth de sa caravane. Alors qu’elle se dirigeait en courant vers le ranch, elle croisa Joey et Bob Ganish qui emmenaient manu militari une Abby Cushman éplorée.

À l’étage, Matt se disputait avec le colonel Tyler. Beth, au bout du couloir, n’entendait pas distinctement de quoi il s’agissait, mais elle fut choquée par la férocité du ton et la façon dont les doigts du colonel se crispaient presque convulsivement sur la crosse de son revolver.

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