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READ-E-BOOK » Научная фантастика » Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
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Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]

Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:

Rigg et ses amis découvrent dans le Livre du Futur, qu’ils font partie d’une population-test envoyée depuis la Terre pour vérifier que la planète était viable. A présent, la Terre n’a plus besoin d’eux et s’apprête à les faire disparaître au profit des colons terriens. Mais ils ont bien l’intention de se défendre.
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— Parce que tu réfléchis comme un être humain, compléta Miche. Le cerveau voit tout, l’esprit interprète. C’est là que réside sa force : dans la capacité à se focaliser sur un objet pour remonter à sa source. Le cerveau en est incapable. Mais cette même focalisation occulte parfois ce dont le cerveau garde pleinement conscience. Comme lorsque l’évidence saute tellement aux yeux qu’elle en devient invisible. Inversement, on peut comprendre des choses que l’on ne voit même pas.

— C’est valable pour tous les êtres humains ? questionna Umbo.

— À différents niveaux. C’est la vue dont m’a doté le crocheface qui m’a appris tout cela. Je distingue aujourd’hui des objets à un niveau de détail impensable pour le commun des mortels, mais je continue à les interpréter de mon point de vue humain. Le crocheface voit tout aussi bien mais ne peut rien faire de ses observations, en raison de son esprit primitif. Lorsque les souris ont été croisées avec des gènes humains, c’est comme si l’on avait disséqué ces minuscules bestioles pour mettre des hommes à l’intérieur. Elles sont aujourd’hui dotées d’âmes humaines, en quelque sorte.

— Que sont-elles au juste, ces souris ? D’où viennent-elles ? questionna Olivenko.

— Elles sont la vie même, rétorqua Miche. Je ne me l’explique pas plus clairement. Les souris non plus d’ailleurs. Les organismes vivants possèdent cette chose en eux, ce rapport à la planète, cette osmose intrinsèque. Et les humains plus que les autres, plus que les animaux qui, à leur tour, la vivent plus intensément que les plantes. Et c’est exactement ce que perçoit Rigg : la vie, l’âme, l’esprit, appelez cela comme vous voulez. Cette chose immuable liée au champ de gravité planétaire. »

Rigg repensa aux traces humaines suspendues dans les airs au-dessus de la Stashi, là où les ponts écroulés depuis l’enjambaient autrefois. Les chutes, en grignotant peu à peu la falaise, avaient reculé. Pas les traces : elles étaient restées exactement au même endroit, fixes par rapport au noyau du Jardin.

« Donc qu’arrive-t-il lorsque l’on traverse l’espace ? interrogea Rigg. Y perd-on notre âme ?

— Non ! s’exclama Miche. Sinon les colons seraient arrivés ici sans vie. »

Rigg observa les toutes premières traces laissées dans la pièce. Celles des colons tout juste sortis de leur stase ; des traces à l’éclat terni par le temps mais encore là, perceptibles.

Une, en particulier, attira son regard. Une déjà présente, dans tous les couloirs du vaisseau, bien avant le réveil des colons. Celle de Ram Odin.

« Devrais-je m’intéresser à lui ? pensa Rigg tout fort. Aller lui parler ?

— Pour lui dire quoi ? souleva Miche.

— Parler à qui ? sourcilla Olivenko.

— Ram Odin, l’éclaira Umbo.

— Je ne sais pas trop… hésita Rigg. Lui demander… ce qu’il avait en tête.

— Quelle importance aujourd’hui ? demanda Miche. À quoi cela t’avancerait-il de le savoir ? Ce qui nous intéresse, c’est de découvrir ce que les Enfants d’Odin ont en tête. Ce que les Éclaireurs vont conclure. Pourquoi les Nettoyeurs seront envoyés. Comment les vaisseaux et sacrifiables réagiront.

— Ta rencontre avec Ram pourrait tout gâcher, fit remarquer Umbo.

— À moins qu’on ne vive déjà dans le futur que notre rencontre a créé, argua Rigg.

— Tu mettrais en péril l’avenir de l’entremur d’Odin juste pour voir ? l’interrogea Olivenko. Tu ne peux pas faire ça. C’est un coup à y rester.

— Pas si on y va ensemble.

— Que fais-tu du reste de la planète ? questionna Miche.

— Il ne leur arrivera rien, assura Rigg. Leurs vies ont eu lieu, puisqu’elles font partie de notre passé.

— Les vaisseaux gardent en mémoire tous les futurs perdus dans une unité de stockage, les informa Umbo, même si l’on retraverse un Mur en sa possession. »

Cette révélation suscita la curiosité dans les rangs de ses camarades, qui insistèrent pour qu’Umbo leur relate ses découvertes par le menu détail : l’existence des fichiers journaux, le stockage à distance des données dans les pierres, le rôle des enregistrements comme moyen officiel de transfert d’autorité au sein d’un vaisseau.

« Beau boulot », le félicita Rigg à la fin de son récit.

La flatterie échauda le jeune second.

« Tes compliments, tu peux te les mettre où je pense ! » rétorqua-t-il, piqué au vif.

Miche le fit revenir à la raison d’une seconde paire de gifles qui tira au jeune cordonnier de nouvelles larmes.

« Arrête ! s’emporta Rigg. Si tu le tapes encore une fois…

— Garde tes ordres pour les machines, le coupa Miche. Je lui inculque quelques nécessaires rudiments d’éducation. C’est une marque d’amour paternel.

— Mon père m’a assez marqué, merci, gémit Umbo. Et plus que nécessaire !

— Ce n’était pas ton père. Il te frappait pour se défouler. Moi, c’est en officier chevronné que je le fais. Pour que tu arrêtes de te plaindre et que tu commences à te comporter en adulte. »

Rigg hésita à s’interposer, d’un geste, de la voix, mais comment remettre en cause l’autorité d’un homme qui avait tout vécu ?

« Je n’ai besoin de personne pour ça ! aboya Umbo.

— Ta réaction m’apporte la preuve flagrante du contraire, répliqua Miche. Dans une brigade, tu représenterais un danger permanent pour chacun de tes coéquipiers. Il faut apprendre à fonctionner en équipe, à faire sa part du boulot.

— Je ne suis pas une de tes souris !

— Tu devrais pourtant prendre exemple sur elles. C’est en intégrant des gènes humains, en devenant elles-mêmes humaines que ces petites créatures sont parvenues à se fondre dans l’identité du groupe et à remplir leur rôle avec une confiance totale dans la capacité des autres à faire de même – ce qui constitue le cœur même de l’évolution humaine, et un impératif de survie. La suspicion, le ressentiment, ce sont les tares du mâle dominant. C’est le gorille qui tabasse son congénère avant de le bannir du groupe. Celui qui ne réfléchit pas, ne partage rien, dévore tout, et se retrouve à la merci de primates plus faibles mais soudés dans l’adversité.

— Merci pour la comparaison, bougonna Umbo.

— Tu m’as très bien compris, insista Miche. Cela fait un an que tu me donnes raison, par tes paroles et tes actes. Tu es le mâle dominant dans toute sa splendeur, incapable de supporter la rivalité d’un autre chef de meute. Tu cherches l’affrontement, tu l’as déjà trouvé une fois mais, vaincu, tu as battu en retraite et attends patiemment ton heure. Mais ce couteau, dans ta main – il ne demandait qu’à partir, n’est-ce pas ? Il voulait frapper au cœur, avoue. »

Umbo se prit brusquement la tête à deux mains, comme pour se boucher les yeux et les oreilles, se protéger de ses propres démons. Mais deux mains ne suffirent pas.

« Non ! hurla-t-il. Non, c’est faux !

— Tu as le sentiment que ta vie ne pourra commencer qu’une fois Rigg parti, poursuivit Miche. Tu pensais que ta joie passerait inaperçue, quand tu as manœuvré pour lui prendre sa place ?

— Je ne lui ai jamais pris sa place ! protesta Umbo.

— Non, parce qu’Olivenko t’a grillé sur le fil. Et sans rien demander à personne. Pourquoi a-t-il la confiance des autres et pas toi à ton avis ? Pour une raison toute simple, que tu n’as pas comprise : on ne s’impose pas de force à la tête d’un bataillon, on se fait élire naturellement, pour ses talents de meneur. Sinon, ce sont tes hommes qui en souffrent, qui meurent au front par ta faute. Maintenant, reprends-toi. Plutôt que de chercher à tout prix à te débarrasser de Rigg, plutôt que de l’envier, réfléchis à ce que tu pourrais faire pour te rendre aussi utile que lui.

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