Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
Param revit Mère ordonnant à ses soldats de fouiller l’air de leurs épées et de leurs barres métalliques jusqu’à ce qu’elles cognent dans la chair et mettent sa fille en charpie. Elle imaginait sans mal les Enfants d’Odin tenter de lui réserver le même sort. Avec, à défaut de barres et d’épées, un gros boudin de métal.
Param nota que les souris faisaient place nette à chaque nouveau saut du cylindre pour ne pas se retrouver coincées dessous. Mais peut-être ne pouvait-il en être autrement. Le déplacement de la colonne était probablement conditionné par le dégagement préalable de tous les museaux, pattes et queues présentes dans la zone d’atterrissage – ce qui aurait expliqué les intervalles d’immobilité de la pièce métallique.
Un axiome physique cher à Olivenko lui revint alors en mémoire : Deux objets ne peuvent occuper le même espace en même temps. Param avait eu moult occasions de le vérifier, elle que rendait malade tout contact avec des matières « douces », comme les gens ou les cloisons et portes organiques, boisées par exemple. Ces objets étant principalement constitués d’air, entre et au sein des atomes, les sauts de Param dans le temps n’occasionnaient somme toute que peu d’interactions douloureuses. Lorsque Rigg et Umbo se projetaient dans le passé, il ne leur arrivait jamais d’apparaître en plein milieu d’un tronc ou d’un rocher. Le volume d’air qui les réceptionnait restait donc intact, à l’exception d’une poignée de particules.
Cet axiome expliquait-il le processus en cours ? Les souris pouvaient déplacer la colonne dans le temps et l’espace, sous réserve que l’espace en question ne contienne rien d’aussi substantiel qu’une des leurs. La première étape consistait donc à déguerpir de là avant que la colonne ne s’y mette.
Les souris bougeaient, contrôlées par un ordonnateur suprême, chef d’orchestre et de leurs mouvements, et de ceux du cylindre.
Mais ce n’était pas le plus effrayant dans l’affaire. Le pire, c’étaient ces milliers de petits yeux noirs inquisiteurs qui continuaient à la suivre. Qui la voyaient comme si elle n’avait jamais disparu. Quiconque commandait les mouvements du cylindre pouvait le positionner à son gré à l’endroit même de sa prochaine – et, dans pareil cas, fatale – réapparition.
Mais alors que faire ? Tout stopper pour revenir dans le cours normal du temps ? Une stratégie à risque : à leur retour, ses pieds occuperaient le même espace que les souris au sol et il y aurait collision. Elle n’en mourrait pas mais souffrirait le martyre. Et si elle ne finissait pas sur deux moignons, il lui faudrait des semaines pour cicatriser. Quant aux souris, elles exploseraient tout net.
Elle n’allait pas les pleurer non plus ! Elles essayaient de la tuer !
Leur tentative était d’ailleurs sur le point d’aboutir. Elles pouvaient à chaque instant glisser le cylindre dans l’interstice libéré par son corps et, lorsqu’il se matérialiserait l’espace d’une fraction de seconde, le métal la transpercerait de haut en bas, attiré par la gravité à chacune de ses disparitions, pour mieux se loger dans la peau, les muscles et les os quelques millimètres plus bas quand elle réapparaîtrait.
Je vais mourir, songea-t-elle. Elle sentit son estomac se nouer, sa tête se vider et une terreur sans nom la saisir, bien plus profonde encore que la peur ressentie lorsqu’elle et Umbo avaient bondi du rocher et vu les barres meurtrières des soldats de Mère se rapprocher au cours d’un interminable ralenti.
Plus profonde encore car ici, à la bibliothèque, elle ne pouvait compter sur Umbo pour la projeter en sécurité à des journées de là, vu qu’il n’était pas présent.
Qui viendrait la sauver ? Même si Rigg et Umbo arrivaient à la rescousse, ils ne la trouveraient nulle part ; et quand bien même son frère repérerait sa trace, sans contact, point de salut – et comment parvenir à les toucher tout en restant invisible ?
Pourquoi ne pas m’avoir prévenue ? Pourquoi Umbo n’a-t-il pas envoyé un de ses doubles m’alerter d’un « Sors de cette pièce ! » paniqué ? Ou, plus directement encore, en me sortant de là par la main !
L’accès à la bibliothèque leur était-il bloqué ? Une fois leur forfait perpétré, les Enfants d’Odin s’étaient très certainement assurés que personne ne pénètre ici pour venir la sauver.
Non, ce scénario ne tenait pas. Rigg et Umbo auraient pu la prévenir n’importe quand, avant même leur rencontre avec les Enfants d’Odin. Alors pourquoi n’en avoir rien fait ?
Pour une raison toute simple, que Param n’eut aucun mal à deviner : pour ne pas gâcher une année riche en enseignements. S’ils l’avaient prévenue, jamais ils n’auraient eu vent des Éclaireurs et des Nettoyeurs. Jamais ils n’auraient découvert les surprenantes technologies des Enfants d’Odin et les majestueuses cités autrefois peuplées de milliards d’individus.
Ils avaient dû trancher entre sa vie et une montagne d’informations. Et ils avaient fait le bon choix. Que valait son existence comparée à toutes celles que le sauvetage du Jardin épargnerait ?
Tombée au champ d’honneur. Une perte terrible mais inévitable.
À moins que…
Ils n’avaient pas à la prévenir. Il leur suffisait de venir la chercher ! Un avertissement les aurait déroutés, détournés de leur destinée, aurait annihilé tous ces mois d’industrieuse instruction. Mais s’ils étaient revenus la chercher pour la mettre à l’abri dans un autre temps, passé ou futur… elle seule en aurait perdu le bénéfice ! Ses compagnons auraient préservé les connaissances acquises, car leur vécu et la mémoire des moments passés dans l’entremur seraient demeurés intacts.
Mais cela ne s’était pas produit non plus.
Non, non. Pas dans ce présent en tout cas, car comment envisager un tel cas de figure sans avoir eu vent de ma mort ? Elle seule entraînera leur intervention par une modification du cours des choses. Me voilà condamnée à endurer cette épreuve jusqu’au bout, à voir ma fin venir et, comble de l’horreur, à mourir.
C’est le prix à payer pour que mes compagnons puissent s’ingérer dans les affaires du temps et déjouer les plans sordides de la Grande Faucheuse en me sortant de là. Cette version de moi-même ne vivra jamais ces minutes de torture. Elle vivra tout court.
Manque de pot, dans quelques minutes, moi, je vais mourir. Certes, je ne me rappellerai rien plus tard, mais il faut tout de même en passer par là pour qu’on vienne me sauver. Pour que ma mort, par ses effets résiduels, serve ma survie.
Cette fin atroce apparaîtra aux yeux de ma survivante comme un rêve irréel, éphémère ; comme une tragédie évitée.
Sauf qu’aucune tragédie ne me sera évitée, à moi. La mort va me frapper, et dans un grand bruit métallique. Cette version de moi-même sera supprimée à tout jamais et je n’en ai aucune envie !
Le cylindre disparut. Une fraction de seconde plus tard, Param sentit sa gorge exploser sous l’effet d’une chaleur insoutenable, s’embraser sous le feu de milliards de molécules fracassées, rendues radioactives par l’excitation d’atomes arrachés les uns aux autres puis recomposés, encore et encore. Elle vécut juste assez pour sentir la brûlure se propager le long de son corps et brûler vif chacun de ses organes.
Param nota que la salle grouillait de souris, sur les étagères, les tables, les fauteuils. Ce raz-de-marée imprévu de poils arc-en-ciel l’agaçait autant qu’il l’affolait, mais elle prit sur elle, non sans une pointe de fierté, de ne pas morceler le temps par simple réflexe. Non, elle allait juste se lever et quitter la pièce.