Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
Venait enfin Rigg, son frère tellement soucieux du bien-être général qu’il ne ferait jamais un grand chef. L’autorité s’obtenait à coups de trique, en menant les autres à la baguette. Param le savait mais le pouvoir ne l’intéressait pas. Alors que Rigg… il croyait pouvoir diriger à force de persuasion, de suggestions, de grandes caresses dans le sens du poil sur le dos de chacun des membres de leur petite bande.
Ignorait-il sincèrement que la mollesse ne donnait pas seulement une impression de faiblesse ? Elle était l’apanage des faibles ! Et pourtant, elle saluait ses vains efforts en lui témoignant un profond respect – immérité dans la mesure où, au bout du compte, seule la force brute comptait. Elle voyait dans son frère la personne qu’elle aurait pu devenir si, comme lui, elle avait sillonné les forêts aux côtés du Jardinier, de l’Homme en Or, avec pour toute compagnie de gentils lapins et un instituteur de ferraille… pas étonnant que Rigg n’y entendît rien à la férocité humaine ! Ohé, Rigg, le plus féroce des animaux sauvages, c’est l’homme ! mourait-elle parfois d’envie de lui hurler au visage. Ce à quoi il aurait répondu : Qui te dit que l’on parlait d’animaux ?
Nous tous. Nous parlons tous d’animaux. Mieux : nous parlons en animaux. Nous sommes les bêtes qui calculent, tapies dans le noir, les prédateurs à l’affût. Nous vivons par le faux et laissons le vrai de côté ; la vérité, nous l’étudions pour façonner des mensonges plus crédibles, plus aptes à soumettre les autres à notre volonté.
Deux choses m’empêchent d’accéder au destin d’extraordinaire souveraine qui m’était promis dès ma naissance : un isolement fatal loin de mes sujets et l’ignorance totale des obligations d’une reine à leur égard, si j’étais au pouvoir.
Au pouvoir ? Mais de quel pouvoir est-ce que je parle ? Je me prends pour une aspirante reine alors que je devrais apprendre à manier le sécateur pour faire pousser des fleurs aussi belles qu’inutiles.
Voilà en substance les pensées qui occupaient l’esprit de la princesse au cours de ces glorieux mois d’exploration et de fertile imagination. Un millier de vies vécues, de conquêtes, de règnes, de pertes, d’amours. Les autres butors ne comprenaient rien aux élans de son cœur.
Puis vint le jour de leur abandon.
Umbo partit le premier, seul, en excursion. Une visite du vaisseau de l’entremur pour vérifier ses absurdes recherches de monomaniaque dans le but de les étoffer.
Puis Saute-Nuages passa en coup de vent pour alerter Rigg d’un événement suffisamment grave pour qu’il rameute Miche et Olivenko séance tenante, sans même en toucher un mot à sa sœur. Saute-Nuages prit tout de même la peine de l’informer de leur départ. Quand Param chercha à savoir pourquoi et où ils étaient partis sans elle, la yahou laissa échapper un petit rire moqueur assorti d’un : « Parce que vous ne leur seriez pas d’une grande utilité, ma chère. »
Du coup, Param se replongea sagement dans son livre.
Jusqu’à ce que la salle de lecture se fasse envahir de souris.
Des souris sur le sol, sur les tables, sur les étagères, en train de gigoter partout. « Vous ne pouvez pas aller jouer ailleurs ? » tempêta la princesse, incapable de se concentrer dans un tel chahut.
La question n’appelait aucune réponse mais, à son grand étonnement, les souris en formulèrent une à leur manière. Elles se figèrent en silence, puis braquèrent leurs petits yeux sur elle.
Ce ne sont que des souris, tenta d’abord de se rassurer Param.
Mais l’intensité de leur regard, d’abord seulement déconcertante, devint vite angoissante.
Param se leva de sa chaise, bien décidée à prendre congé de la foule. Elle fit un premier pas vers la sortie, mais une souris en profita pour se faufiler sous sa semelle. Param entendit un cri strident, souleva son pied : la petite bête gisait inerte, le museau dans une flaque de sang. La seconde victime partit sans même se plaindre, en opposant juste sa frêle carcasse, qui céda sous le poids de Param dans un craquement sinistre.
« Je suis désolée, s’excusa la princesse. Mais vous êtes trop nombreuses ! On se marche dessus… Allez-vous-en, s’il vous plaît. »
S’il vous plaît ? L’héritière de la maison royale sessamide suppliait des souris ?
En réponse à ses supplications – ou aux morts de leurs congénères – davantage de souris affluèrent, jusqu’à tapisser le moindre centimètre carré d’une épaisse moquette mouvante. Comme si le sol et le mobilier s’étaient soudain couverts d’une fourrure multicolore sous laquelle palpitaient des muscles incontrôlables.
Param n’avait aucune envie de poursuivre le massacre. D’autant qu’une crise d’angoisse menaçait de la saisir à tout moment. Son stoïcisme face à l’invasion murine témoignait d’une maîtrise inédite de ses émotions. Si elle ne fuyait plus par réflexe, rien ne l’empêchait de le faire au nom du bon sens. Elle ne voyait aucune raison valable de continuer à piétiner à mort ces pauvres petites bêtes à la vie déjà bien tristounette.
Elle s’éclipsa dans son entremonde, direction la sortie.
Mais quelque chose ne se passa pas du tout comme prévu.
Tout était pourtant bien parti : Param se frayait désormais un passage sans joncher le sol de cadavres.
Mais d’habitude, lorsque Param se ralentissait, le monde extérieur accélérait et tout le monde se mettait à décamper, un peu à la manière des souris, justement. Mais pas cette fois – au point que Param se demanda tout à coup si elle n’avait pas acquis le talent contraire, en figeant tout ce beau monde sur place. Plus aucune souris ne bougeait. Elles restaient là, sages comme des images, leurs petits nez roses braqués vers elle.
Un mouvement général était pourtant palpable. Un mouvement de foule, imperceptible au cas par cas, mais flagrant dans la mouvance quasi permanente de l’ensemble. Des ondulations rapides, rapprochées, que Param savait dues à ses propres sauts temporels dans le futur sur des laps de temps infiniment courts.
Tout en progressant avec une lenteur démesurée vers la sortie, la princesse prit soudain conscience que les souris ne fixaient pas bêtement son point de départ, mais la suivaient du regard.
Elles la voyaient.
Impossible ! Dans une telle situation, Param ne restait jamais suffisamment longtemps au même endroit pour qu’un cerveau humain enregistre sa présence.
Mais les souris n’étaient pas des humains. Elles disposaient de métabolismes bien plus rapides.
Donc, en toute logique, de temps de perception beaucoup plus courts… suffisamment brefs pour imprimer sur leur rétine son image en une microseconde de présence ?
Mais ce n’était pas tout : un épais cylindre d’acier avait fait son apparition dans la pièce. Il se dirigeait dans sa direction, porté par les souris.
Comment les souris parvenaient-elles à déplacer une telle masse ?
Ou, plus précisément, à se la lancer, car le cylindre avançait par bonds. De la porte d’entrée au milieu de la pièce, puis jusqu’à la table, puis sur la table. Il stationnait debout à chaque atterrissage l’équivalent de cinq à dix minutes ; quelques secondes dans le référentiel de Param.
Les souris se passaient une colonne d’acier massive comme on joue à la baballe.