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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Tu attendais l'apparition venue du dehors, comme un archange qui t'e�t ressembl�. Et qu'eusses-tu tir� de sa visite plus que de celle du voisin? Mais, d'avoir remarqu� que ne sont point les m�mes tel qui marche vers l'enfant malade, tel qui marche vers la bien-aim�e, tel qui marche vers la maison vide, bien que dans l'instant ils paraissent semblables, je me fais rendez-vous ou rivage, au travers des choses qui sont, et tout est chang�. Je me fais bl� au-del� du labour, homme au-del� de l'enfant, fontaine au-del� du d�sert, diamant au-del� de la sueur.

Je te contrains de b�tir en toi une maison.

La maison faite, vient l'habitant qui br�le ton c�ur.

CLXXXIX

Mon peuple bien-aim�, me vint ce litige quand je me reposais sur la montagne qui me faisait comme un manteau de pierre. Incendie lent dont ne m'atteignaient plus que la fum�e et la lumi�re. �Vers o� vont-ils? O� les dois-je conduire, Seigneur? Si j'administre, ils se ressembleront � eux-m�mes. Je ne connais point de gestion, Seigneur, qui ne durcisse l'objet de sa g�rance. Et que ferais-je d'une graine si elle ne va vers l'arbre? Et que ferais-je d'un fleuve s'il ne va vers la mer? Et d'un sourire, Seigneur, s'il ne va vers l'amour?

�Mais de mon peuple?

�Ah! Seigneur, ils se sont aim�s de g�n�ration en g�n�ration. Ils ont compos� leurs po�mes. Ils se sont b�ti des maisons, ils les ont habill�es de leurs tapis de haute laine. Ils se sont perp�tu�s. Ils ont �lev� leurs petits et d�pos� les g�n�rations us�es dans les corbeilles de Tes vendanges. Ils se sont rassembl�s aux jours de f�te. Ils ont pri�. Ils ont chant�. Ils ont couru. Ils se sont repos�s d'avoir couru. Il leur a pouss� des cals dans les paumes. Leurs yeux ont vu, se sont �merveill�s, puis se sont emplis de t�n�bres. Ils se sont �galement ha�s. Ils se sont divis�s les uns d'avec les autres. Ils se sont d�chir�s. Ils ont lapid� les princes n�s d'eux-m�mes. Puis ils ont pris leur place et se sont entre eux lapid�s. Oh! Seigneur, si semblables leurs haines, leurs condamnations, leurs supplices � une sourde et fun�bre c�r�monie. Oh! Seigneur, ne m'en effrayant point, de mon altitude, semblable qu'elle �tait aux g�missements et aux craquements du navire. Ou � la douleur de l'enfantement. Seigneur, ainsi des arbres qui se poussent l'un l'autre, s'�crasent et s'�touffent � la poursuite du soleil. Cependant du soleil on peut dire qu'il tire le printemps du sol et se fait c�l�brer par les arbres. Et la for�t est compos�e des arbres, bien que tous y soient ennemis. Et le vent tire sa louange de cette harpe! Ah! Seigneur, myope et le nez contre, que conna�trais-je d'eux dans leurs diversit�s? Mais voici qu'ils reposent. R�serv�es pour la nuit les paroles mensong�res, endormis les app�tits et les calculs. D�tendues les jalousies. Ah! Seigneur, me voici promenant mon regard sur les travaux qu'ils ont laiss�s en friche, et confondu, comme au seuil de la v�rit�, par une signification qui ne m'est point d�verrouill�e encore, et qu'il importe que je d�gage, afin qu'elle soit.

�Seigneur, de mon peintre, s'il peint, que savent les doigts, l'oreille ou la chevelure? Ou la cheville ou la hanche ou le bras? Rien. L'�uvre qui vient draine leurs mouvements et na�t, ardente, de tant de souhaits contradictoires. Mais myope et le nez contre, nul ne conna�t rien que mouvements incoh�rents, grattements du pinceau ou taches de couleur. Et que savent les cloutiers ou les scieurs de planches de la majest� du navire? Ainsi de mon peuple si je le divise. Que conna�t l'avare et l'opulent au ventre lourd, et le ministre, et le bourreau, et le berger? Sans doute m�me, s'il en est un qui voit plus clair, c'est celui-l� qui m�ne les b�tes � l'abreuvoir ou celle-l� qui accouche ou cet autre qui meurt, non le savant, non le rabougri aux doigts d'encre, car ils ne connaissent point la lenteur. Et ils ne servent rien d'essentiel, alors que tel qui rabote sa planche la voit devenir et grandit.

�Endormies leurs passions �troites, je vois le patrimoine fond� par l'avare. Et tel qui ne vaut rien et pille pour soi les richesses d'autrui, ministre pr�varicateur, il les d�verse � son tour dans les mains de ceux qui cis�lent les objets d'ivoire et d'or. Et se cis�lent et se sculptent l'or et l'ivoire. Et tel qui condamne injustement fonde l'�pre amour de la v�rit� et de la justice. Et tel qui touche sur les mat�riaux du temple s'efforce plus fort de dresser ce temple.

�J'ai vu s'�lever des temples au m�pris de l'usuel, � travers les convoitises d'hommes. J'ai vu les esclaves charrier les pierres, fouett�s par des gardes-chiourme de bagne. J'ai vu le chef d'�quipe voler sur les salaires. Ah! Seigneur, myope et le nez contre, je n'ai rien vu jamais que l�chet�, sottise et lucre. Mais de la montagne o� je m'assieds, voici que j'aper�ois l'ascension d'un temple dans la lumi�re.�

CXC

Me vint la connaissance de ce que point ne sont de la m�me essence l'acceptation du risque de mort et l'acceptation de la mort. Et j'ai connu des jeunes gens qui superbement d�fiaient la mort. Et c'est en g�n�ral qu'il �tait des femmes pour les applaudir. Tu reviens de la guerre et te pla�t le cantique que te chantent leurs yeux. Et tu acceptes l'�preuve du fer o� tu mets en jeu ta virilit�, car cela seul existe que tu offres et risques de perdre. Et le savent bien les joueurs qui hasardent leur fortune aux d�s, car rien de leur fortune ne les sert dans l'instant mais voici qu'elle devient caution d'un d� et toute path�tique dans la main, et tu lances sur la table grossi�re tes cubes d'or qui deviennent d�roulement des plaines, des p�turages et des moissons de ton domaine.

L'homme donc revient d�ambulant dans la lumi�re de sa victoire, l'�paule lourde du poids des armes qu'il a conquises, et peut-�tre m�me fleuries de sang. Et voici qu'il rayonne pour un temps seulement, peut-�tre, mais pour un temps. Car tu ne peux vivre de ta victoire.

Donc l'acceptation du risque de mort, c'est l'acceptadon de la vie. Et l'amour du danger, c'est l'amour de la vie. De m�me que ta victoire, c'�tait ton risque de d�faite surmont� par ta cr�ation, et tu n'as jamais vu l'homme, r�gnant sans risque sur les animaux domestiques, se pr�valoir d'�tre vainqueur.

Mais j'exige plus de toi, si je te veux soldat fertile pour l'empire. Bien qu'il soit ici un seuil difficile � franchir, car une chose est d'accepter le risque de mort, autre chose d'accepter la mort.

Je te veux d'un arbre et soumis � l'arbre. Je veux que ton orgueil loge dans l'arbre. Et ta vie, afin qu'elle prenne un sens.

L'acceptation du risque n'est cadeau qu'� toi-m�me. Tu aimes respirer pleinement et dominer les filles par ton �clat. Et cette acceptation du risque, tu as besoin de la raconter, elle est marchandise pour �change. Ainsi vantards mes caporaux. Mais ils n'honorent encore qu'eux-m�mes.

Autre chose de perdre ta fortune aux d�s pour l'avoir voulu ressentir et bloquer toute dans ta main, pour avoir voulu la sentir dans ta main, concr�te et substantielle, et toute pr�sente dans l'instant m�me, avec son poids de chaumes et d'�pis engrang�s, et de b�tes dans leurs p�turages, et de villages aux respirations de fum�e l�g�re qui sont signe de la vie de l'homme, et autre chose tes m�mes granges, tes m�mes b�tes, tes m�mes villages, de t'en d�pouiller pour vivre plus loin. Autre chose d'aiguiser ta fortune et de la faire br�lante dans l'instant du risque, et de la renoncer, comme tel qui se d�pouille un � un de ses v�tements, et d�daigneusement se d�cortique de ses sandales sur la plage, afin d'�pouser, nu, la mer. Te faut mourir pour �pouser.

Te faut survivre � la fa�on des vieilles qui s'usent les yeux � la couture des draps d'�glise dont elles habillent leur Dieu. Elles se font v�tement d'un Dieu. Et la tige de lin, par le miracle de leurs doigts, se fait pri�re.

Car tu n'es que voie et passage et ne peux r�ellement vivre que de ce que tu transformes. L'arbre, la terre en branches. L'abeille, la fleur en miel. Et ton labour, la terre noire en incendie de bl�.

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