Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
J'ai ha� leur intelligence qui n'�tait que de comptable. Et qui n'observait rien sinon le bilan mis�rable des choses �puis�es dans l'instant. Si tu vas le long des remparts tu vois ainsi une pierre, une pierre, une autre pierre. Mais il en est qui ont le sens du temps. Ils ne se heurtent ni contre cette pierre-ci, ni contre cette autre. Ils ne regrettent point telle pierre, ni n'esp�rent recevoir leur d� de telle pierre prochaine parmi d'autres. Ils font simplement le tour de la ville.
CLXXXVII
Je suis celui qui habite. Je vous prends nus sur la terre froide.
� peuple d�sol�, �gar� dans la nuit, moisissure des craquelures de l'�corce qui retiennent encore un peu d'eau au versant des montagnes, vers le d�sert.
Je vous ai dit: �Voici Orion et la Grande Ourse et l'�toile du Nord. Et vous avez reconnu vos �toiles, ainsi vous vous dites l'un � l'autre: voici la Grande Ourse, voici Orion et l'�toile du Nord� et, de pouvoir vous dire: �J'ai fait sept jours de marche dans la direction de la Grande Ourse� et de vous comprendre l'un l'autre, voici que vous habitez quelque part.
Ainsi du palais de mon p�re. �Cours, me disait-on quand j'�tais enfant, chercher des fruits dans le cellier�� et l'on m'en r�veillait, rien qu'� prononcer ce mot, l'odeur. Et je partais vers la patrie des figues m�res.
Et si je te dis �l'�toile du Nord�, te voil� qui vires tout entier, en toi-m�me, comme orient�, et tu entends le cliquetis d'armes des tribus du Nord.
Et si j'ai choisi la table calcaire de l'Est pour la f�te, et la saline du Sud pour les supplices � et si de ce lot de palmiers j'ai fait repos et aubergerie pour les caravanes � alors te voil� qui t'y reconnais dans ta maison.
Tu voulais r�duire ce puits � son usage, lequel est de procurer l'eau. Mais l'eau n'est rien qui n'est d'absence d'eau. Et ce n'est point exister encore que de ne point mourir de soif.
Celui-l� habitera mieux qui, faute d'eau, s�che dans le d�sert, et r�vant d'un puits qu'il conna�t, dont il entend dans son d�lire grincer la poulie et craquer la corde, que celui-l� qui, de ne point ressentir la soif, ignore simplement qu'il est des puits tendres, vers o� conduisent les �toiles.
Je n'honore point ta soif de ce qu'elle enrichit ton eau d'une importance charnelle, mais de ce qu'elle t'oblige � lire les �toiles, et le vent, et les traces de ton ennemi sur le sable. C'est pourquoi essentiel il est que tu comprennes que caricature de la vie serait, pour t'animer, de te refuser le droit de boire car alors simplement j'exalterais ton ventre au d�sir de l'eau, mais qu'il importe simplement que je te soumette, si tu d�sires t'abreuver, au c�r�monial de la marche sous les �toiles et de la manivelle rouill�e qui est cantique, qui rend ainsi de ton acte signification de pri�re, afin que l'aliment pour ton ventre se fasse aliment pour ton c�ur.
Tu n'es point b�tail dans l'�table. Tu changes l'�table contre une autre, la mangeoire est la m�me, la m�me la liti�re de paille. Et le b�tail ne s'y trouve ni mieux ni plus mal. Mais pour toi le repas, s'il est pour ton ventre, est aussi pour ton c�ur. Et si tu meurs de faim et que l'ami t'ouvre sa porte et te pousse contre sa table et pour toi remplisse la jarre de lait et rompe le pain, c'est le sourire que tu bois, car le repas a vertu de c�r�monial. Te voil� certes rassasi�, mais s'�panouit aussi ta gratitude pour la bonne volont� des hommes.
Je veux que le pain soit de ton ami, et le lait de la maternit� de ta tribu. Je veux que la farine d'orge soit de la f�te des moissons. Et l'eau d'un chant de poulie ou d'une direction sous les �toiles.
Je l'ai remarqu� de mes soldats dont j'aime qu'ils soient aimant�s et vivants comme l'aiguille de fer sur les navires. Et ce n'est point pour les d�poss�der des biens du monde que je les pr�f�re li�s � l'�pouse et d'une chastet� mesur�e, car leur chair alors les tire vers elle et ils reconnaissent le nord du sud et l'est de l'ouest, et il est de m�me une �toile qui est direction bien-aim�e.
Mais si la terre leur est comme un grand quartier r�serv� o� l'on frappe � la porte de hasard pour �teindre en soi le go�t de l'amour, si toutes leur sont complaisantes, de ne point distinguer de chemin et d'�tre install�s sans direction sur l'�corce nue de la terre, ils n'habitent plus nulle part.
Ainsi mon p�re ayant rassasi�, abreuv� et nourri de filles ses Berb�res, en fit b�tail d�sesp�r�.
Mais je suis celui qui habite, et tu ne toucheras ta femme qu'une fois tes noces c�l�br�es, afin que ton lit soit victoire. Et, certes, il en est qui mourront d'amour faute de se pouvoir joindre, mais les morts pour l'amour seront ainsi condition de l'amour, et si de plaindre ceux qui s'aiment me voil� qui les favorise contre les digues et les remparts et le c�r�monial qui fonde le visage de l'amour, ce n'est point l'amour que je leur accorde mais le droit d'oublier l'amour.
Non moins fou je serais que si, sous pr�texte qu'il n'est point de l'esp�rance de tous de poss�der un diamant, j'ordonnais que les diamants fussent tous jet�s dans la fournaise, afin de sauver l'homme de la cruaut� de son d�sir.
S'ils d�sirent une femme � aimer, me faut bien leur sauver l'amour.
Je suis celui qui habite. Je suis p�le aimant�. Je suis graine de l'arbre et ligne de force dans le silence afin que soient un tronc, des racines et des branches et tels fleur et fruit et non d'autres, tel empire et non un autre, tel amour et non un autre, non point par refus ni m�pris des autres, mais parce que l'amour n'est point une essence trouv�e comme objet parmi des objets, mais couronnement d'un c�r�monial comme il en est de l'essence de l'arbre, lequel domine son essentielle diversit�. Je suis la signification des mat�riaux. Je suis basilique et sens des pierres.
CLXXXVIII
N'est rien � esp�rer si te voil� aveugle � cette lumi�re qui n'est point des choses mais du sens des choses. Et je te retrouve devant ta porte:
�Que fais-tu l�?�
Et tu ne sais, et te plains de la vie.
�La vie ne m'apporte plus rien. Dort ma femme, repose mon �ne, m�rit mon bl�. Je ne suis rien qu'attente stupide et m'y ennuie.�
Enfant sans jeu qui ne sait plus lire � travers. Je m'assieds pr�s de toi et t'enseigne. Tu baignes dans le temps perdu, et t'assi�ge l'angoisse de ne point devenir.
Car d'autres disent: �Il faut un but.� Ta nage est belle qui te cr�e un rivage lentement d�senseveli de la mer. Et la poulie grin�ante qui te cr�e l'eau � boire. Ainsi du bl� dor� qui est rivage du noir labour. Ainsi du sourire de l'enfant qui est rivage de l'amour domestique. Ainsi du v�tement au filigrane d'or lentement cousu pour la f�te. Et que deviens-tu en toi-m�me si tu tournes la manivelle pour le seul bruit de la poulie, si tu couds le v�tement pour le v�tement, si tu fais l'amour pour l'amour? Vite ils s'�puisent, car ils n'ont rien � te donner.
Mais je te l'ai dit de mon bagne o� j'enferme ceux qui n'ont plus qualit� d'homme. Et leur coup de pioche vaut pour la pioche. Et ils te donnent ce coup de pioche apr�s ce coup de pioche. Et rien ne change de leur substance. Nage sans rivage et qui tourne en rond. Et il n'est point de cr�ation, ils ne sont point route et charroi vers quelque lumi�re. Mais, que soient le m�me soleil, la m�me route dure, la m�me sueur, mais que te soit donn� d'extraire une fois l'an le diamant pur, et te voil� religieux dans ta lumi�re. Car ton coup de pioche a sens de diamant qui n'est point de la m�me nature. Et te voil� dans la paix de l'arbre et le sens de la vie, lequel est de t'�lever d'�tage en �tage � la gloire de Dieu.
Tu laboures pour le bl� et tu couds pour la f�te et tu brises la gangue pour le diamant. Et ceux-l� qui te semblent heureux que poss�dent-ils de plus que toi sinon la connaissance du n�ud divin qui noue les choses?
Tu ne trouveras point la paix si tu ne transformes rien selon toi. Si tu ne te fais v�hicule, voie et charroi. Alors seulement circule le sang dans l'empire. Mais tu te veux consid�r� et honor� pour toi-m�me. Et tu pr�tends arracher au monde quelque chose � saisir qui soit pour toi. Et tu ne trouveras rien car tu n'es rien. Et tu jettes tes objets en vrac dans la fosse � ordures.