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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Tout en se débattant dans cette glu et avant de poursuivre ses aventures à Orly au mois d’avril où, protégé par un épais rembourrage, il va être entraîné dans le réseau des tapis roulants convoyant les bagages, Louis voit aussi souvent que possible Jean Anouilh. Comme on le sait, le dramaturge rêve depuis pas mal de temps de le revoir défendre l’une de ses pièces. Ne parvenant pas à lui écrire un rôle sur mesure, Anouilh songe à lui proposer de reprendre La Valse des toréadors créée à la Comédie des Champs-Élysées en janvier 1952 par Claude Sainval, Madeleine Barbulée, Marie Ventura et Gabriel Gobin. Cette pièce sous la forme d’une tragi-comédie du mariage où un général qui s’ennuie entre la rédaction de ses Mémoires, ses laiderons de filles, ses amours ancillaires et, surtout sa femme, une harpie de la pire espèce s’inventant une maladie de langueur, voit surgir dans son quotidien une « demoiselle » qu’il aima autrefois et qu’il laisse finalement épouser son secrétaire, restant au côté de la femme qu’il hait pour mieux séduire les domestiques, n’avait connu en son temps qu’un modeste succès. « Mais, écrit Anouilh à de Funès, je l’ai relue et j’ai été ébloui de penser que vous pourriez faire vivre cet homme que j’adore, et qui n’a jamais vécu en France. La Valse est ma nostalgie, et je voudrais la voir vivre. Et je ne vois pas qui mieux que vous[525]. » Une proposition de cette nature ne peut se refuser, d’autant qu’entre Jean Anouilh et Louis de Funès s’est nouée une authentique amitié. On peut même parler de complicité. Un accord entre les deux hommes est rapidement conclu pour une création à l’automne suivant. Louis ne sera pas libre avant la mi-août et même s’il sait qu’il aura de la peine à ingurgiter les 2 800 lignes de cette Valse et que le temps des répétitions sera court, il accepte de relever le défi. Il laisse le soin à Jean Anouilh de peaufiner la distribution tout en posant pour condition qu’il ne saurait donner plus de deux cents représentations car Gérard Oury lui a déjà parlé d’un futur film qui lui demandera d’être dans une forme olympique et qu’il lui faudra se reposer un certain temps dans son château où il n’a plus guère le loisir de se rendre tant le tournage des Aventures de Rabbi Jacob l’accapare.

Il s’agit encore, outre de nombreuses prises avec ses partenaires dont il apprécie le sérieux, de réaliser avec application sa fameuse danse hassidique. Tandis que Gérard Oury est à la recherche d’un compositeur capable d’en écrire la musique, Louis se place sous les ordres de Ilan Zaoui dans les studios de Boulogne. Comme un bon élève rivé à son pupitre et prêt à suivre la voix de son maître… de ballet, Louis commence par se montrer satisfait de l’autorité de ce garçon de 22 ans qui en deux temps et trois mouvements « vire » la quinzaine de curieux venus assister aux premiers pas de l’acteur en espérant qu’il se montrera peu docile ! Un premier contact réussi entre les deux hommes même si Louis est venu sans chaussons de danse. Qu’importe, Zaoui lui en prête une vieille paire. Le lendemain, Louis se présente en condition, armé d’une bonne dizaine de paires neuves de marques différentes tout en demandant à son professeur s’il peut garder en souvenir les vieux chaussons. Entre Louis et Zaoui l’entente est parfaite durant les deux semaines où chaque matin pendant une heure et demie l’élève se montre attentif et discipliné. Il leur arrive même d’aller déjeuner ensemble, parlant de choses et d’autres parfois sans rapport avec la danse ou le cinéma. C’est lors de l’une de ces séances que le violoniste roumain Vladimir Cosma, 33 ans, finalement envisagé par Gérard Oury pour composer la musique, observe le travail de Louis dont il dira plus tard qu’il « ne le trouvai[t] pas très drôle. Je me demandais ce qu’il allait faire[526] ». En le voyant évoluer, Cosma trouve le ton de cette musique qui doit être à la fois être celle du générique et de cette danse atypique. Il en propose une première version à Gérard Oury dans le studio qu’il a aménagé dans son pavillon de Garches, puis c’est au tour de Louis de l’écouter pianoter son thème. Louis et Gérard se montrent enthousiastes et Cosma arrache son contrat alors que Georges Delerue et Michel Legrand, qui avaient proposé des maquettes, avaient été recalés.

Gérard Oury tient sa danse et sa musique, mais il n’a pas obtenu l’autorisation de tourner rue des Rosiers. Faute de pouvoir travailler dans le quartier juif de la capitale, on se rabat à Saint-Denis où les boucheries deviennent casher et où sont engagés de nombreux figurants pour la plupart habitants des lieux. Là, la séquence de la parade de Rabbi Jacob dans son taxi et surtout la danse hassidique prennent quatre jours de travail intensif. Le dimanche 8 juillet, Louis et ses partenaires s’installent à l’hôtel du Lion d’Or à Vézelay. Là, de Funès et Henri Guibet, à moitié nus, doivent remorquer une embarcation dans des marécages sous des trombes d’eau déversées par les pompiers du coin. À l’hôtel, Oury loge dans la chambre où autrefois Bourvil passa quelques jours lors du tournage de La Grande Vadrouille. Dans la pièce, le réalisateur découvre un bouquet de fleurs et une carte. Elle est gravée : Louis et Jeanne de Funès. « Ces roses du souvenir, cher Gérard, Bourvil et moi te les offrons.  » On frappe à la porte. « C’est Louis, raconte Gérard Oury[527]. Il est seul. Jeanne s’occupe des bagages qu’elle installe dans leur chambre. Il referme la porte, s’y adosse, très pâle. De Funès ne dit rien. Moi non plus. Si un ange passe, quel est son nom ?  » Oui, l’absence de Bourvil obsède de Funès. Il peine à se consoler de sa disparition. Le gros coup dur. Ce n’est pas le comédien qu’il regrette, mais l’homme. Le seul à avoir su le faire rire.

Fin juillet 1973, Les Aventures de Rabbi Jacob sont dans la boîte. Avant de se dire provisoirement à bientôt, Gérard Oury tient à faire part de son nouveau projet à son interprète fétiche. Après cet opus consacré au « racisme ordinaire », Oury souhaite s’en prendre au terrorisme intellectuel, qui le fait vomir. Il entend se moquer des censeurs de tout poil. « Après Rabbi Jacob dont je te prédis un succès colossal, nous le pouvons  », dit-il à Louis. Seulement, prudent, ce dernier se méfie. Il n’a pas tort. Il pense au Dictateur de Charles Chaplin. C’est dur d’arriver après un chef-d’œuvre ! « Mais si Hitler, si Mussolini et Staline sont morts, combien d’autres crocodiles leur ont succédé, plus modernes dans leur art de faire : goulags, cliniques psychiatriques, casernes sanglantes du côté de Santiago. Notre crocodile à nous s’appelle Crochet, un petit colonel cupide, teigneux, couard avec des faiblesses : le fric, les femmes, son fils… », plaide Gérard Oury[528] bien décidé à partir en guerre contre les censeurs qui précèdent le fascisme, ajoutant, comme s’il en était besoin : « Tu seras génial dans ce personnage.  » Louis en accepte l’augure tout en demandant à son ami quand il entend prévoir le début du tournage. Sans hésiter, Oury lui répond que le mois de mai 1975 serait l’idéal afin de programmer ce film pour les fêtes de Noël. Louis donne son accord de principe, sans toutefois apposer sa signature sur le moindre document. Il attend d’en savoir un peu plus, même s’il ne saurait mettre en doute les capacités de Gérard Oury de lui concocter un personnage à sa démesure. Ils conviennent d’en reparler, une fois Rabbi Jacob sorti en salles en octobre. Ils ne reviendront pas sur le sujet le 5 août au cimetière de Pantin lors des obsèques du cinéaste Jean-Pierre Melville, victime d’une attaque cérébrale trois jours plus tôt à l’âge de 56 ans. Gérard Oury est même très étonné d’y retrouver de Funès. « Qu’est-ce que tu fais là ? Il ne t’a jamais fait tourner ! » lui lance-t-il. Il ignore que Louis admire Jean-Pierre Melville qui, à l’époque des « nouilles grises », l’avait engagé pour jouer de l’accordéon un soir de réveillon et rémunéré grassement. Louis savait qu’il ne serait jamais d’un film de Melville mais il n’en manquait aucun, et quant à la raison de sa présence, il n’en souffla mot. « Sa réponse fut probablement évasive. Par pudeur, il ne s’étendait jamais sur les raisons d’une amitié, d’une reconnaissance, et encore moins d’une intimité  », comme le souligne Patrick de Funès[529].

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525

Lettre de Jean Anouilh à Louis de Funès citée par Patrick et Olivier de Funès, op. cit., p. 226.

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526

Vladimir Cosma à Bertrand Dicale, op. cit., p. 431.

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527

Gérard Oury, op. cit., p. 261.

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528

Ibid., p. 268.

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529

Op. cit., p. 37.

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