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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Au Cellier, Louis se régale à la lecture du scénario et des dialogues des Aventures de Rabbi Jacob. Au programme, pas moins de mille cinq cents gags ! Un vrai délice — à condition que le film se tourne. En effet, la société Schlumberger vient de prendre le contrôle de la Gaumont, plaçant à sa tête Jérôme Seydoux. Chaque fois qu’un homme nouveau fait irruption dans une société, il stoppe les machines avant de les remettre en marche dans une direction diamétralement opposée. Nul ne sait si Alain Poiré restera chez Gaumont. Heureusement, les Films Pomereu et leur patron, Bertand Javal, soutiennent Oury et permettent de poursuivre l’aventure le temps que Poiré soit rassuré sur son sort. Finalement, il est maintenu dans ses fonctions. Il s’en est fallu de fort peu pour que tout soit définitivement compromis. Tout comme sont compromis les espoirs que Louis nourrissait pour Olivier. Il le sent lancé dans sa carrière de comédien, mais le jeune homme vient de décider de ne pas poursuivre sur ce chemin. Pour lui, « les nouveaux acteurs changent la donne, et les jeunes premiers romantiques ou comiques doivent désormais faire face à de vraies gueules de la rue, des caractères violents. Une nouvelle vague s’impose : les Depardieu, Dewaere, De Niro, Pacino, créent un cinéma-vérité  », explique Olivier de Funès[523]. Un choix que Louis accepte et respecte même s’il se montre inquiet de savoir que son cadet veut devenir pilote de ligne. Dans un entretien télévisé, il dit s’être fait une raison car «  Olivier aimait jouer la comédie mais il n’a pas la passion. Il veut faire un métier qui lui plaît et c’est l’essentiel  ».

Le mardi 13 mars, à neuf heures du soir, Louis, Jeanne, Gérard Oury et Danièle Thompson se laissent conduire par Margot Capelier rue du Temple où elle leur a assuré qu’ils allaient voir quelque chose d’extraordinaire. Au fond d’une cour, dans un local délabré, ils découvrent Ilan Zaoui qui leur présente ses danses hassidiques. Comme Oury veut que, dans son film, le faux « rabbin de Funès », un certain Victor Pivert, soit entraîné dans cet étonnant ballet barbu avec chemises blanches, bas blancs, costumes noirs, schtreimel sur la tête, bras tendus vers le ciel, il faut que Louis assiste à ce spectacle hors du commun. Il reste sans voix, se doutant bien que, pour en faire autant, il devra prendre des cours. Ce n’est pas pour le gêner, bien au contraire, même si cela doit durer un mois. Pas question de manquer cette scène et encore moins de se faire doubler. L’authenticité, toujours cette recherche de la perfection, du geste juste pour satisfaire encore et toujours son public. Dans le taxi qui le reconduit avec Jeanne rue Monceau, il revit mentalement chaque mouvement et déjà, il s’imprègne de cette ambiance si particulière, jusque-là inconnue.

Dans deux jours, il doit assister à un autre spectacle dont il sera la vedette. Tous les yeux seront braqués sur lui et les flashs crépiteront. Il a déjà le trac, comme au soir d’une première théâtrale. Il ne tient pas en place. Il sait qu’il devra dire quelques mots sans le secours de la plume d’un dialoguiste. Que dire ? Comment dire merci après que Gérard Oury lui aura remis très solennellement devant le Tout-Paris du cinéma les insignes de chevalier de la Légion d’honneur chez Maxim’s ?

20.

Le coup de buis

« Louis de Funès, au nom du président de la République et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je te fais chevalier de la Légion d’honneur.  » Une phrase convenue et protocolaire qui noue les cordes vocales de Gérard Oury devant un Louis de Funès au visage grave et teinté d’une émotion non feinte. Oury fait un bref discours, puis il donne la parole au récipiendaire lequel s’exprime posément en phrases courtes sans oublier d’associer à ses remerciements son ami André Bourvil. Après la séance de photos où Louis pose en compagnie de Jeanne, de Patrick et d’Olivier, tout le monde passe à table dans le salon privé du restaurant de la rue Royale. Une ambiance festive où chacun y va de son anecdote, des souvenirs d’autrefois sans sombrer dans la nostalgie. Après le dessert servi sur une pièce montée, un homme au physique fluet fait son apparition. Comédien, humoriste, il n’a pas son semblable pour prendre l’apparence, la voix et la gestuelle des célébrités du moment comme Zizi Jeanmaire et son « truc en plumes  » ou encore Barbara et son Aigle noir. Imitateur à la noblesse rare, Claude Véga est l’invité surprise prenant les traits de l’homme du jour et il se lance dans un numéro d’une rare élégance où il croque Louis de Funès à sa façon. Une imitation dont se délecte l’acteur qui rit aux éclats alors que nul n’ignore qu’il déteste être l’objet de ce genre de parodies, surtout lorsqu’elles sont grossières et moqueuses. Mais, en ce 15 mars 1973, Claude Véga, en authentique « prince des imitateurs », ne fait ni grimaces ni gestes outranciers, campant un Louis de Funès plus vrai que nature. Au terme de sa prestation, il rejoint l’assemblée pour une dernière coupe de champagne bien méritée.

Quatre jours plus tard, Louis se fait à son tour la tête d’un autre en endossant le costume du très sérieux industriel Victor Pivert qui entend bien marier sa fille Antoinette au fils d’un général. Que ce soit dans les studios de Boulogne ou plus tard à Orly, Louis s’astreint chaque matin au même rituel. À 6 h 45, il se lève un peu grognon et il ne desserre pas les dents. Une douche, le pénible exercice du rasoir et, à 7 h 15 précises, Jeanne lui sert son café au lait et ses croissants. Un quart d’heure plus tard, il rejoint son chauffeur dans sa voiture qui le conduit sur son lieu de tournage. Il salue toute l’équipe avant de se diriger vers sa loge où l’attendent son habilleuse, Christiane Marmande, et son maquilleur, Anatole Paris. Il s’en remet ensuite aux ordres de Gérard Oury qui, comme à son habitude, maîtrise tout à la perfection. Midi, déjeuner frugal : crudités, grillades, eau minérale. Une courte sieste et de quatorze à dix-huit heures, les prises de vues continuent. À dix-neuf heures, Louis quitte le plateau en direction de la rue Monceau où, après un dîner en famille, il se détend en regardant la télévision sans dépasser les 23 h 30 impératives afin de trouver le sommeil. Quand il tourne à Orly, il n’est pas rare qu’il travaille jusqu’à cinq heures du matin comme ce jour où une scène présente quelques risques. Louis doit être entraîné avec une valise sur un tapis roulant. On répète avec sa doublure[524] mais c’est lui qui exécute la cascade. Costume rembourré, coudes, genoux et chevilles entourées de bandes de caoutchouc mousse, il se lance. En dépit d’une première prise jugée bonne par Oury, Louis souhaite recommencer. « On la refait. Je n’ai pas eu l’air assez affolé !  » lâche-t-il. Jamais content, de Funès ? Non. Pour l’heure, toute l’équipe du film est dans les studios de Boulogne-Billancourt afin d’immortaliser la célèbre séquence de l’usine à chewing-gum où, séquestré, un leader du monde arabe est jugé par les membres d’une faction rivale. Faute de pouvoir utiliser de la vraie gomme à mâcher, Oury demande à son spécialiste des trucages de lui fabriquer une pâte qui va glouglouter dans une énorme cuve construite par Théo Meurisse. Deux pétrins géants malaxent cette pâte colorée en vert. Problème à régler, celui des bulles qui doivent éclater au bout des chaussures éculées de De Funès ainsi que sur sa tête. Solution : utiliser des préservatifs gonflés à l’aide d’une pompe à vélo, l’air passant par des tuyaux dissimulés sous le veston et dans le pantalon de Louis. Un premier essai : ça marche ! Le premier soir, quand il a fini de patauger dans son faux chewing-gum, il passe une heure à enlever avec des spatules en bois et du savon gras ce mélange de farine de gruau, de glucose et de colorant. Et Louis de plaisanter : « Il faut souffrir pour amuser !  » On a pensé à tout sauf à l’effet de la chaleur sur ce liquide qui, fermentant en pleine nuit, sort de son logement — une cuve d’une capacité de quatre tonnes —, se répand sur le sol et envahit le plateau voisin où a été monté le décor d’une synagogue… Deux jours de nettoyage intensif sont nécessaires avant que Louis se remette à l’ouvrage et cela… pendant trois semaines ! Oury et de Funès visent à ce point la perfection que le temps semble s’arrêter… sauf pour les guêpes, les abeilles et les mouches qui, attirées par l’odeur, se noient avec régularité dans cette farine qu’il faut souvent libérer de ses cadavres.

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523

Olivier de Funès, op. cit., p. 217.

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524

On a souvent écrit à tort que dans Les Aventures de Rabbi Jacob Louis de Funès était doublé par le comédien, fantaisiste et attaché de presse André Bézu. Si Louis de Funès connut André Bézu quand celui-ci était l’attaché de presse du Théâtre du Palais-Royal, il ne fut jamais sa doublure ni même son propre attaché de presse comme on peut le lire dans différents ouvrages. Sa doublure fut jusqu’à la fin de sa carrière Georges Fabre.

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