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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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William ressentait son exaltation, son impatience. Étrange, se dit-il, le destin que chacun se réservait. Ces dernières brèves incarnations sur Terre. Ces rêves auxquels une volonté puissante avait donné une substance.

Les membranes des ailes devaient sécher avant que Rosa ne puisse les utiliser. William ne la pressa pas ; il n’y avait rien à faire qui pût accélérer le processus.

Il ouvrit les doubles rideaux, dégageant la fenêtre – la seule sortie praticable. C’était une vieille fenêtre, coulissante, avec un panneau fixe. Rosa était désormais toute menue, avec des ailes flexibles, mais elle aurait néanmoins besoin de plus d’espace pour s’envoler.

William brisa les deux vitres et, soigneusement, méticuleusement, ôta les morceaux de verre pour les jeter sur l’herbe sèche, en dessous. Puis, avec une force surprenante pour un garçon de sa taille, il arracha le châssis de bois qui partageait la fenêtre en deux.

Malgré ces précautions, quelques échardes de verre se plantèrent dans la paume de sa main. Rien de grave. De simples égratignures dont il coula un sang épais et visqueux, presque noir.

Tyler s’immobilisa alors qu’il traversait le parking, Joey Commoner sur ses talons.

— Joseph ? Vous avez entendu ?

— Mon colonel ? Entendu ?… Non, je ne crois pas.

— Comme un bruit de verre.

— Non, mon colonel.

Tyler tendit l’oreille. Les bruits portaient loin, avec cette nature paisible. Il inspira, retint son souffle. Mais ne perçut que le silence qui régnait sur les immenses prairies.

— Faites activer tout le monde, ordonna-t-il. On ne traîne plus, maintenant. Les choses sérieuses nous attendent.

— Bien, mon colonel.

William entendit les moteurs revenir à la vie, un à un, sans les voir.

Je sais, dit Rosa. Je n’en ai plus que pour quelques instants.

William s’écarta de la fenêtre. Bientôt, le grand saut dans l’espace…

Le convoi s’engagea sur la route privée, franchit la barrière de la propriété Connor et se gara en demi-lune devant le ranch.

Abby Cushman fut d’emblée séduite par cette maison de deux étages, agréable contraste avec la platitude du paysage. Elle trônait au milieu des champs et des enclos à moutons avec une dignité toute coloniale.

La porte d’entrée était ouverte. Abby pénétra dans la maison à la suite du colonel Tyler et de son état-major. L’intérieur lui plut aussi, même si une vitre brisée au rez-de-chaussée avait permis au vent de folâtrer dans la pièce.

Le grand salon avait été décoré dans un style hopi très en vogue quelques années plus tôt et qui semblait curieusement déplacé dans cette prairie du nord. Tapis indiens, murs beiges, long canapé sable et poupées kachina sur une étagère. Elle se demanda qui avait vécu là. Un exilé. Un nostalgique.

Le colonel Tyler était parti en reconnaissance dans la cuisine et la cave en quête de provisions.

— Je vais voir à l’étage, annonça-t-elle à Matt qui aidait Miriam, essoufflée, à s’installer dans un fauteuil.

Curieux. William n’était pas avec elle. La vieille dame et le garçon étaient devenus pratiquement inséparables. À bien y réfléchir, d’ailleurs, Miriam avait un comportement un peu bizarre, depuis quelque temps.

Elle faillit lui en demander la raison, mais jugea plus sage de s’abstenir. Mêlez-vous de ce qui vous regarde, Abby. Il régnait une insatisfaction notoire au sein du groupe. Mieux valait marcher sur des œufs. Ce voyage avait, s’il en était besoin, ouvert les yeux de chacun sur le dépeuplement du monde et la versatilité de la psyché humaine. L’Amérique est aussi vide qu’une vieille timbale, songea Abby, et les survivants aussi imprévisibles que ce vieux lâcheur de Tom Kindle.

Douloureuse réflexion.

Elle gravit les marches jusqu’à l’étage. Le couloir moquetté était frais et sombre. Elle avisa trois portes fermées. Les chambres, sans doute.

William entendit derrière lui le bruit de la poignée qu’on tourne.

Rosa…

Je sais, répondit-elle.

Elle avança d’un pas délicat vers la fenêtre. Il ressentait son équilibre encore fragile.

Merci, dit-elle. Quoi qu’il arrive…

Abby, habituée à trouver des campagnes vides, des villes vides, des maisons vides, eut de bonnes raisons de sursauter en découvrant la chambre occupée.

— William ! dit-elle.

Et puis son regard se porta vers la fenêtre… vers la chose qui se tenait devant la fenêtre.

C’était une silhouette fragile se découpant dans la faible luminosité de l’aurore. Abby imagina tout d’abord qu’il pouvait s’agir d’un élément de décoration – une sorte d’assemblage insolite de panneaux de cellophane destinés à accrocher la lumière en reflets irisés mauve et bleuté. Mais la chose bougea. Elle était vivante… et Abby découvrit un visage, des yeux.

William porta un doigt à ses lèvres. Chhht ! Et Abby réprima le hurlement qui montait à sa gorge.

— N’ayez pas peur, murmura-t-il.

Ce qui ne l’empêcha pas d’être terrorisée. Surtout quand elle aperçut le cocon ouvert sur le dessus-de-lit fané. Elle qui avait toujours eu une sainte horreur des insectes. Ses frères aînés avaient eu la sale manie de la tourmenter avec des chenilles. Elle ne fut pas longue à faire le rapport entre le cocon sur le lit et cette créature : un insecte humain ! Cette idée lui donna la nausée. Elle eut envie de s’enfuir ou d’appeler à l’aide.

William parut ressentir sa détresse.

— Abby, dit-il…

C’était la première fois qu’il l’appelait par son prénom, comme l’aurait fait un adulte.

— Cette femme s’appelle Rosa Connor. Elle ne peut pas parler. Mais elle ne vous fera aucun mal. Tout ce qu’elle souhaite, c’est s’envoler. Elle est très fragile, et j’ai peur qu’elle ne soit blessée si les autres la découvrent ici. Abby, vous me comprenez ?

Bien sûr que non. Comment pourrait-on comprendre une chose pareille ?

Mais elle sut cependant saisir la sincérité de William. Curieux enfant, se dit-elle. Les enfants, pourtant, elle connaissait. Elle avait élevé sa fille, et les deux garçons de sa fille. Contact les avait emportés. William ressemblait un peu à Cory, l’aîné de ses petits-fils. Cory ne rentrait jamais à la maison les mains vides ; chaque fois qu’il revenait de l’école, il étalait triomphalement ses trophées : cailloux, capsules de bouteille, pommes de pin – cocons. Elle s’était efforcée de partager son intérêt, de le rejoindre dans ce monde de l’enfance où tout est mystère et fascination. Peut-être William était-il fasciné par ce… cette créature.

Le cœur d’Abby cognait sourdement dans sa poitrine. Mais elle songea à Paul Jacopetti dans le sous-sol de l’hôpital, et refusa de céder à la même panique, de répéter la même erreur.

Elle ferma les yeux, avala sa salive.

— Si elle veut partir, dit-elle, pourquoi ne le fait-elle pas ?

— Abby, avez-vous déjà vu un papillon quand il vient de naître ? Les ailes sont mouillées. Elles doivent sécher avant qu’il puisse s’envoler. Sinon, il tombe.

— Oh… et combien de temps doit-elle encore attendre ?

— Quelques minutes.

— William… je ne pourrai pas les empêcher de monter.

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