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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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«- Sire, lui dit alors le roi Saleh, après la confiance que Votre Majesté veut bien que je prenne sur sa bonne volonté, je ne dissimulerai pas davantage que je viens la supplier de nous honorer de son alliance par le mariage de la princesse Giauhare, son honorable fille, et de fortifier par-là la bonne intelligence qui unit les deux royaumes depuis si longtemps.»

À ce discours, le roi de Samandal fit de grands éclats de rire en se laissant aller à la renverse sur le coussin où il avait le dos appuyé, d’une manière fort injurieuse au roi Saleh. «Roi Saleh, lui dit-il d’un air de mépris, je m’étais imaginé que vous étiez un prince de bon sens, sage et avisé, et votre discours, au contraire, me fait connaître combien je me suis trompé. Dites-moi, je vous prie, où était votre esprit quand vous vous êtes formé une aussi grande chimère que celle dont vous venez de me parler. Avez-vous bien pu concevoir seulement la pensée d’aspirer au mariage d’une princesse, fille d’un roi aussi grand et aussi puissant que je le suis? Vous deviez mieux considérer auparavant la grande distance qu’il y a de vous à moi, et ne pas venir perdre en un moment l’estime que je faisais de votre personne.»

Le roi Saleh fut extrêmement offensé d’une réponse si outrageante, et il eut bien de la peine à retenir son juste ressentiment. «Que Dieu, sire, reprit-il avec toute la modération possible, récompense Votre Majesté comme elle le mérite! elle voudra bien que j’aie l’honneur de lui dire que je ne demande pas la princesse sa fille en mariage pour moi. Quand cela serait, bien loin que Votre Majesté dût s’en offenser ou la princesse elle-même, je croirais faire beaucoup d’honneur à l’un et à l’autre. Votre Majesté sait bien que je suis un des rois de la mer, comme elle, que les rois mes prédécesseurs ne cèdent en rien par leur ancienneté à aucune des autres familles royales, et que le royaume que je tiens d’eux n’est pas moins florissant ni moins puissant que de leur temps. Si elle ne m’eût pas interrompu, elle eût bientôt compris que la grâce que je lui demande ne me regarde pas, mais le jeune roi de Perse, mon neveu, dont la puissance et la grandeur, non plus que ses qualités personnelles, ne doivent pas lui être inconnues. Tout le monde reconnaît que la princesse Giauhare est la plus belle personne qu’il y ait sous les cieux; mais il n’est pas moins vrai que le jeune roi de Perse est le prince le mieux fait et le plus accompli qu’il y ait sur la terre et dans tous les royaumes de la mer, et les avis ne sont point partagés là-dessus. Ainsi, comme la grâce que je demande ne peut tourner qu’à une grande gloire pour elle et pour la princesse Giauhare, elle ne doit pas douter que le consentement qu’elle donnera à une alliance si proportionnée ne soit suivi d’une approbation universelle. La princesse est digne du roi de Perse, et le roi de Perse n’est pas moins digne d’elle. Il n’y a ni roi ni prince au monde qui puisse le lui disputer.»

Le roi de Samandal n’eût pas donné le loisir au roi Saleh de lui parler si longtemps, si l’emportement où il le mit lui en eût laissé la liberté. Il fut encore du temps sans prendre la parole, après qu’il eut cessé, tant il était hors de lui-même. Il éclata enfin par des injures atroces et indignes d’un grand roi: «Chien, s’écria-t-il, tu oses me tenir ce discours et proférer seulement le nom de ma fille devant moi! Penses-tu que le fils de ta sœur Gulnare puisse entrer en comparaison avec ma fille? Qui es-tu, toi? qui était ton père? qui est ta sœur et qui est ton neveu? Son père n’était-il pas un chien et fils de chien comme toi? Qu’on arrête l’insolent et qu’on lui coupe le cou!»

Les officiers, en petit nombre, qui étaient autour du roi de Samandal, se mirent aussitôt en devoir d’obéir; mais comme le roi Saleh était dans la force de son âge, léger et dispos, il s’échappa avant qu’ils eussent tiré le sabre, et il gagna la porte du palais, où il trouva mille hommes de ses parents et de sa maison bien armés et bien équipés, qui ne faisaient que d’arriver. La reine sa mère avait fait réflexion sur le peu de monde qu’il avait pris avec lui, et comme elle avait pressenti la mauvaise réception que le roi de Samandal pouvait lui faire, elle les avait envoyés et priés de faire grande diligence. Ceux de ses parents qui se trouvèrent à la tête se surent bon gré d’être arrivés si à propos quand ils le virent venir avec ses gens, qui le suivaient dans un grand désordre, et qu’on le poursuivait. «Sire, s’écrièrent-ils au moment qu’il les joignit, de quoi s’agit-il? nous voici prêts à vous venger; vous n’avez qu’à commander.»

Le roi Saleh leur raconta la chose en peu de mots, se mit à la tête d’une grosse troupe, pendant que les autres restèrent à la porte, dont ils se saisirent, et il retourna sur ses pas. Comme le peu d’officiers et de gardes qui l’avaient poursuivi se furent dissipés, il rentra dans l’appartement du roi de Samandal, qui fut d’abord abandonné des autres et arrêté en même temps. Le roi Saleh laissa du monde suffisamment auprès de lui pour s’assurer de sa personne, et il alla d’appartement en appartement, en cherchant celui de la princesse Giauhare. Mais, au premier bruit, cette princesse s’était élancée à la surface de la mer avec les femmes qui s’étaient trouvées auprès d’elle, et s’était sauvée dans une île déserte.

Comme ces choses se passaient au palais du roi de Samandal, des gens du roi Saleh, qui avaient pris la fuite dès les premières menaces de ce roi, mirent la reine sa mère dans une grande alarme, en lui annonçant le danger où ils l’avaient laissé. Le jeune roi Beder, qui était présent à leur arrivée, en fut d’autant plus alarmé qu’il se regarda comme la première cause de tout le mal qui en pouvait arriver. Il ne se sentit pas assez de courage pour soutenir la présence de la reine sa grand’mère, après le danger où était le roi Saleh à son occasion. Pendant qu’il la vit occupée à donner des ordres qu’elle jugea nécessaires dans cette conjoncture, il s’élança du fond de la mer, et, comme il ne savait quel chemin prendre pour retourner au royaume de Perse, il se sauva dans la même île où la princesse Giauhare s’était sauvée.

Comme ce prince était hors de lui-même, il alla s’asseoir au pied d’un grand arbre qui était environné de plusieurs autres. Dans le temps qu’il reprenait ses esprits, il entendit que l’on parlait; il prêta aussitôt l’oreille, mais il était un peu trop éloigné pour rien comprendre de ce que l’on disait. Il se leva, et s’avançant sans faire de bruit du côté d’où venait le son des paroles, il aperçut entre des feuillages une beauté dont il fut ébloui. «Sans doute, dit-il en lui-même en s’arrêtant et en la considérant avec admiration, que c’est la princesse Giauhare, que la frayeur a peut-être obligée d’abandonner le palais du roi son père; si ce n’est pas elle, elle ne mérite pas moins que je l’aime de toute mon âme.» Il ne s’arrêta pas davantage, il se fit voir, et en s’approchant de la princesse avec une profonde révérence: «Madame, lui dit-il, je ne puis assez remercier le ciel de la faveur qu’il me fait aujourd’hui d’offrir à mes yeux ce qu’il voit de plus beau. Il ne pouvait m’arriver un plus grand bonheur que l’occasion de vous faire l’offre de mes très-humbles services. Je vous supplie, madame, de l’accepter; une personne comme vous ne se trouve pas dans cette solitude sans avoir besoin de secours.

«- Il est vrai, seigneur, reprit la princesse Giauhare d’un air fort triste, qu’il est très-extraordinaire à une dame de mon rang de se trouver dans l’état où je suis. Je suis princesse, fille du roi de Samandal, et je m’appelle Giauhare. J’étais tranquillement dans son palais et dans mon appartement, lorsque tout à coup j’ai entendu un bruit effroyable; on est venu m’annoncer aussitôt que le roi Saleh, je ne sais pour quel sujet, avait forcé le palais et s’était saisi du roi mon père, après avoir fait main basse sur tous ceux de sa garde qui lui avaient fait résistance. Je n’ai eu que le temps de me sauver et de chercher ici un asile contre sa violence.»

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