Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Le roi de Perse, qui ne s’attendait pas à ce spectacle, poussa des cris épouvantables, dans la croyance qu’il ne reverrait plus le prince son cher fils, ou, s’il avait à le revoir, qu’il ne le reverrait que noyé. Peu s’en fallut qu’il ne rendît l’âme au milieu de son affliction, de sa douleur et de ses pleurs. «Sire, lui dit la reine Gulnare, d’un visage et d’un ton assurés à le rassurer lui-même, que Votre Majesté ne craigne rien. Le petit prince est mon fils comme il est le vôtre, et je ne l’aime pas moins que vous l’aimez: vous voyez cependant que je n’en suis pas alarmée; je ne le dois pas être aussi. En effet, il ne court aucun risque, et vous verrez bientôt reparaître le roi son oncle, qui le rapportera sain et sauf. Quoiqu’il soit né de votre sang, par l’endroit néanmoins qu’il m’appartient, il ne laisse pas d’avoir le même avantage que nous de pouvoir vivre également dans la mer et sur la terre. La reine sa mère et les princesses ses parentes lui confirmèrent la même chose; mais leurs discours ne firent pas un grand effet pour le guérir de sa frayeur: il ne lui fut pas possible d’en revenir tout le temps que le prince Beder ne parut plus à ses yeux.
La mer enfin se troubla, et l’on revit bientôt le roi Saleh qui s’en éleva avec le petit prince entre les bras, et qui, en se soutenant en l’air, rentra par la même fenêtre qu’il était sorti. Le roi de Perse fut ravi et dans une grande admiration de revoir le prince Beder aussi tranquille que quand il avait cessé de le voir. Le roi Saleh lui demanda: «Sire, Votre Majesté n’a-t-elle pas eu une grande peur quand elle m’a vu plonger dans la mer avec le prince mon neveu? – Ah! prince, reprit le roi de Perse, je ne puis vous l’exprimer: je l’ai cru perdu de ce moment, et vous m’avez redonné la vie en me le rapportant. – Sire, repartit le roi Saleh, je m’en étais douté; mais il n’y avait pas le moindre sujet de crainte. Avant de me plonger, j’avais prononcé sur lui les paroles mystérieuses qui étaient gravées sur le sceau du grand roi Salomon, fils de David. Nous pratiquons la même chose à l’égard de tous les enfants qui nous naissent dans les régions du fond de la mer, et en vertu de ces paroles ils reçoivent le même privilège que nous avons par-dessus les hommes qui demeurent sur la terre. De ce que Votre Majesté vient de voir, elle peut juger de l’avantage que le prince Beder a acquis par sa naissance du côté de la reine Gulnare ma sœur. Tant qu’il vivra, et toutes les fois qu’il le voudra, il lui sera libre de se plonger dans la mer et de parcourir les vastes empires qu’elle renferme dans son sein.»
Après ces paroles, le roi Saleh, qui avait déjà remis le petit Beder entre les bras de sa nourrice, ouvrit une caisse qu’il était allé prendre dans son palais, dans le peu de temps qu’il avait disparu, et qu’il avait apportée remplie de trois cents diamants gros comme des œufs de pigeon, d’un pareil nombre de rubis d’une grosseur extraordinaire, d’autant de verges d’émeraudes de la longueur d’un demi-pied, et de trente filets ou colliers de perles, chacun de dix. «Sire, dit-il au roi de Perse en lui faisant présent de cette caisse, lorsque nous avons été appelés par la reine ma sœur, nous ignorions en quel endroit de la terre elle était, et qu’elle eût l’honneur d’être l’épouse d’un si grand monarque, c’est ce qui a fait que nous sommes arrivés les mains vides. Comme nous ne pouvons assez témoigner notre reconnaissance à Votre Majesté, nous la supplions d’en agréer cette faible marque, en considération des faveurs singulières qu’il lui a plu de lui faire, auxquelles nous ne prenons pas moins de part qu’elle-même.»
On ne peut exprimer quelle fut la surprise du roi de Perse quand il vit tant de richesses renfermées dans un si petit espace. «Hé quoi! prince, s’écria-t-il, appelez-vous une faible marque de votre reconnaissance, lorsque vous ne me devez rien, un présent d’un prix inestimable? Je vous déclare encore une fois que vous ne m’êtes redevables de rien, ni la reine votre mère, ni vous; je m’estime trop heureux du consentement que vous avez donné à l’alliance que j’ai contractée avec vous. Madame, dit-il à la reine Gulnare en se tournant de son côté, le roi votre frère me met dans une confusion dont je ne puis revenir, et je le supplierais de trouver bon que je refusasse son présent, si je ne craignais qu’il ne s’en offensât: priez-le d’agréer que je me dispense de l’accepter.
«- Sire, repartit le roi Saleh, je ne suis pas surpris que Votre Majesté trouve le présent extraordinaire: je sais qu’on n’est pas accoutumé sur la terre à voir des pierreries de cette qualité et en si grand nombre tout à la fois. Mais si elle savait que je sais où sont les minières d’où on les tire, et qu’il est en ma disposition d’en faire un trésor plus riche que tout ce qu’il y en a dans les trésors des rois de la terre, elle s’étonnerait que nous ayons pris la hardiesse de lui faire un présent de si peu de chose. Aussi nous vous supplions de ne les pas regarder par cet endroit, mais par l’amitié sincère qui nous oblige de vous l’offrir, et de ne nous pas donner la mortification de ne pas le recevoir de même.» Des manières si honnêtes obligèrent le roi de Perse de l’accepter, et il lui en fit de grands remerciements, de même qu’à la reine sa mère.
Quelques jours après, le roi Saleh témoigna au roi de Perse que la reine sa mère, les princesses ses parentes et lui n’auraient pas un plus grand plaisir que de passer toute leur vie à sa cour, mais que comme il y avait longtemps qu’ils étaient absents de leur royaume, et que leur présence y était nécessaire, ils le priaient de trouver bon qu’ils prissent congé de lui et de la reine Gulnare. Le roi de Perse leur marqua qu’il était bien fâché de ce qu’il n’était pas en son pouvoir de leur rendre la même civilité, d’aller leur rendre visite dans leurs états: «Mais comme je suis persuadé, ajouta-t-il, que vous n’oublierez pas la reine Gulnare et que vous la viendrez voir de temps en temps, j’espère que j’aurai l’honneur de vous revoir plus d’une fois.»
Il y eut beaucoup de larmes de répandues de part et d’autre dans leur séparation. Le roi Saleh se sépara le premier, mais la reine sa mère et les princesses furent obligées, pour le suivre, de s’arracher en quelque manière des embrassements de la reine Gulnare, qui ne pouvait se résoudre à les laisser partir. Dès que cette troupe royale eut disparu, le roi de Perse ne put s’empêcher de dire à la reine Gulnare: «Madame, j’eusse regardé comme un homme qui eût voulu abuser de ma crédulité celui qui eût entrepris de me faire passer pour véritables les merveilles dont j’ai été témoin depuis le moment que votre illustre famille a honoré mon palais de sa présence. Mais je ne puis démentir mes yeux; je m’en souviendrai toute ma vie, et je ne cesserai de bénir le ciel de ce qu’il vous a adressé à moi préférablement à tout autre prince.»
Le petit prince Beder fut nourri et élevé dans le palais, sous les yeux du roi et de la reine de Perse, qui le virent croître et augmenter en beauté avec une grande satisfaction. Il leur en donna beaucoup plus à mesure qu’il avança en âge, par son enjouement continuel, par ses manières agréables en tout ce qu’il faisait, et par les marques de la justesse et de la vivacité de son esprit en tout ce qu’il disait; et cette satisfaction leur était d’autant plus sensible, que le roi Saleh, son oncle, la reine sa grand’mère et les princesses ses cousines, venaient souvent en prendre leur part. On n’eut point de peine à lui apprendre à lire et à écrire, et on lui enseigna avec la même facilité toutes les sciences qui convenaient à un prince de son rang.
Quand le prince de Perse eut atteint l’âge de quinze ans, il s’acquittait déjà de tous ses exercices, infiniment avec plus d’adresse et de bonne grâce que ses maîtres. Avec cela, il était d’une sagesse et d’une prudence admirables. Le roi de Perse, qui avait reconnu en lui, presque dès sa naissance, ces vertus si nécessaires à un monarque, qui l’avait vu s’y fortifier jusqu’alors, et qui d’ailleurs s’apercevait tous les jours des grandes infirmités de la vieillesse, ne voulut pas attendre que sa mort lui donnât lieu de le mettre en possession du royaume. Il n’eut pas de peine à faire consentir son conseil à ce qu’il souhaitait là-dessus; et les peuples apprirent sa résolution avec d’autant plus de joie, que le prince Beder était digne de les commander. En effet, comme il y avait longtemps qu’il paraissait en public, ils avaient eu tout le loisir de remarquer qu’il n’avait pas cet air dédaigneux, fier et rebutant, si familier à la plupart des autres princes, qui regardent tout ce qui est au-dessous d’eux avec une hauteur et un mépris insupportables. Ils savaient au contraire qu’il regardait tout le monde avec une bonté qui invitait à s’approcher de lui; qu’il écoutait favorablement ceux qui avaient à lui parler; qu’il leur répondait avec une bienveillance qui lui était particulière, et qu’il ne refusait rien à personne, pour peu que ce qu’on lui demandait fût juste.