Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Ce discours du roi de Perse embarrassa fort le roi Saleh. Le roi Saleh lui représenta combien il lui était difficile qu’il lui donnât la satisfaction qu’il demandait, qu’il ne pouvait le faire sans l’emmener avec lui: et comme sa présence était nécessaire dans son royaume, que tout était à craindre s’il s’en absentait; il le conjura de modérer sa passion jusqu’à ce qu’il eût mis les choses en état de pouvoir le contenter, en l’assurant qu’il y allait employer toute la diligence possible, et qu’il viendrait lui en rendre compte dans peu de jours. Le roi de Perse n’écouta pas ces raisons. «Oncle cruel, repartit-il, je vois bien que vous ne m’aimez pas autant que je me l’étais persuadé, et que vous aimez mieux que je meure que de m’accorder la première prière que je vous ai faite de ma vie. – Je suis prêt à faire voir à Votre Majesté, répliqua le roi Saleh, qu’il n’y a rien que je ne veuille faire pour vous obliger; mais je ne puis vous emmener avec moi que vous n’en ayez parlé à la reine votre mère: que dirait-elle de vous et de moi? Je le veux bien, si elle y consent, et je joindrai mes prières aux vôtres. – Vous n’ignorez pas, reprit le roi de Perse, que la reine ma mère ne voudra jamais que je l’abandonne, et cette excuse me fait mieux connaître la dureté que vous avez pour moi. Si vous m’aimez autant que vous voulez que je le croie, il faut que vous retourniez en votre royaume dès ce moment, et que vous m’emmeniez avec vous.»
Le roi Saleh, forcé de céder à la volonté du roi de Perse, tira une bague qu’il avait au doigt, où étaient gravés les mêmes noms mystérieux de Dieu que sur le sceau de Salomon, qui avait fait tant de prodiges par leur vertu. En la lui présentant: «Prenez cette bague, dit-il, mettez-la à votre doigt, et ne craignez ni les eaux de la mer ni sa profondeur.» Le roi de Perse prit la bague, et quand il l’eut mise au doigt: «Faites comme moi, lui dit encore le roi Saleh;» et en même temps ils s’élevèrent en l’air légèrement en avançant vers la mer, qui n’était pas éloignée, où ils se plongèrent.
Le roi marin ne mit pas beaucoup de temps à arriver à son palais avec le roi de Perse, son neveu, qu’il mena d’abord à l’appartement de la reine, à qui il le présenta. Le roi de Perse baisa la main de la reine sa grand’mère, et la reine l’embrassa avec une grande démonstration de joie. «Je ne vous demande pas de nouvelles de votre santé, lui dit-elle, je vois que vous vous portez bien, et j’en suis ravie; mais je vous prie de m’en apprendre de la reine Gulnare, votre mère et ma fille.» Le roi de Perse se garda bien de lui dire qu’il était parti sans prendre congé d’elle; il l’assura au contraire qu’il l’avait laissée en parfaite santé, et qu’elle l’avait chargé de lui bien faire ses compliments. La reine lui présenta ensuite les princesses, et pendant qu’elle lui donna lieu de s’entretenir avec elles, elle entra dans un cabinet avec le roi Saleh, qui lui apprit l’amour du roi de Perse pour la princesse Giauhare, sur le seul récit de sa beauté, contre son intention; qu’il l’avait amené sans avoir pu s’en défendre, et qu’il allait aviser aux moyens de la lui procurer en mariage.
Quoique le roi Saleh, à proprement parler, fût innocent de la passion du roi de Perse, la reine néanmoins lui sut fort mauvais gré d’avoir parlé de la princesse Giauhare devant lui avec si peu de précaution. «Votre imprudence n’est point pardonnable, lui dit-elle; espérez-vous que le roi de Samandal, dont le caractère vous est si connu, aura plus de considération pour vous que pour tant d’autres rois à qui il a refusé sa fille avec un mépris si éclatant? Voulez-vous qu’il vous renvoie avec la même confusion?
«- Madame, reprit le roi Saleh, je vous ai déjà marqué que c’est contre mon intention que le roi mon neveu a entendu ce que j’ai raconté de la beauté de la princesse Giauhare à la princesse ma sœur. La faute est faite, et nous devons songer qu’il aime très-passionnément, et qu’il mourra d’affliction et de douleur si nous ne la lui obtenons en quelque manière que ce soit. Je ne dois y rien oublier, puisque c’est moi, quoique innocemment, qui ai fait le mal, et j’emploierai tout ce qui est en mon pouvoir pour y apporter le remède. J’espère, madame, que vous approuverez ma résolution d’aller trouver moi-même le roi de Samandal avec un riche présent de pierreries, et de lui demander la princesse sa fille pour le roi de Perse votre petit-fils. J’ai quelque confiance qu’il ne me la refusera pas, et qu’il agréera de s’allier avec un des plus puissants monarques de la terre.
«- Il eût été à souhaiter, repartit la reine, que nous n’eussions pas été dans la nécessité de faire cette demande, dont il n’est pas sûr que nous ayons un succès aussi heureux que nous le souhaiterions; mais, comme il s’agit du repos et de la satisfaction du roi mon petit-fils, j’y donne mon consentement. Sur toute chose, puisque vous connaissez l’humeur du roi Samandal, prenez garde, je vous en supplie, de lui parler avec tous les égards qui lui sont dus, et d’une manière si obligeante qu’il ne s’en offense pas.»
La reine prépara le présent elle-même, et le composa de diamants, de rubis, d’émeraudes, et de files de perles, et les mit dans une cassette fort riche et fort propre. Le lendemain, le roi prit congé d’elle et du roi de Perse, et partit avec une troupe choisie et peu nombreuse de ses officiers et de ses gens. Il arriva bientôt au royaume, à la capitale et au palais du roi de Samandal, et le roi de Samandal ne différa pas de lui donner audience dès qu’il eut appris son arrivée. Il se leva de son trône dès qu’il le vit paraître, et le roi Saleh, qui voulut bien oublier ce qu’il était pour quelques moments, se prosterna à ses pieds en lui souhaitant l’accomplissement de tout ce qu’il pourrait désirer. Le roi de Samandal se baissa aussitôt pour le faire relever; et, après qu’il lui eut fait prendre place auprès de lui, il lui dit qu’il était le bienvenu, et lui demanda s’il avait quelque chose qu’il pût faire pour son service.
«Sire, répondit le roi Saleh, quand je n’aurais pas d’autres motifs que celui de rendre mes respects à un prince des plus puissants qu’il y ait au monde, et si distingué par sa sagesse et par sa valeur, je ne marquerais que faiblement à Votre Majesté combien je l’honore. Si elle pouvait pénétrer jusqu’au fond de mon cœur, elle connaîtrait la grande vénération dont il est rempli pour elle, et le désir ardent que j’ai de lui donner des témoignages de mon attachement.» En disant ces paroles, il prit la cassette des mains d’un de ses gens, l’ouvrit, et en la lui présentant, il le supplia de vouloir bien l’agréer.
«Prince, reprit le roi de Samandal, vous ne me faites pas un présent si considérable que vous n’ayez une demande proportionnée à me faire. Si c’est quelque chose qui dépende de mon pouvoir, je me ferai un très-grand plaisir de vous l’accorder. Parlez, et dites-moi librement en quoi je puis vous obliger.
«- Il est vrai, sire, repartit le roi Saleh, que j’ai une grâce à demander à Votre Majesté, et je me garderais bien de la lui demander s’il n’était en son pouvoir de me la faire. La chose dépend d’elle si absolument, que je la demanderais en vain à tout autre. Je la lui demande donc avec toutes les instances possibles, et je la supplie de ne me la pas refuser. – Si cela est ainsi, répliqua le roi de Samandal, vous n’avez qu’à m’apprendre ce que c’est, et vous verrez de quelle manière je sais obliger quand je le puis.