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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Au discours de la princesse, le roi Beder eut de la confusion d’avoir abandonné la reine sa grand’mère si brusquement, sans attendre l’éclaircissement de la nouvelle qu’on lui avait apportée; mais il fut ravi que le roi, son oncle, se fût rendu maître de la personne du roi de Samandal. Il ne douta pas en effet que le roi de Samandal ne lui accordât la princesse pour avoir sa liberté. «Adorable princesse, repartit-il, votre douleur est très-juste, mais il est aisé de la faire cesser avec la captivité du roi votre père. Vous en tomberez d’accord lorsque vous saurez que je m’appelle Beder, que je suis roi de Perse, et que le roi Saleh est mon oncle. Je puis bien vous assurer qu’il n’a aucun dessein de s’emparer des états du roi votre père; il n’a d’autre but que d’obtenir que j’aie l’honneur et le bonheur d’être son gendre en vous recevant de sa main pour épouse. Je vous avais déjà abandonné mon cœur sur le seul récit de votre beauté et de vos charmes, loin de m’en repentir, je vous supplie de le recevoir et d’être persuadée qu’il ne brûlera jamais que pour vous. J’ose espérer que vous ne le refuserez pas, et que vous considérerez qu’un roi qui est sorti de ses états uniquement pour venir vous l’offrir, mérite de la reconnaissance. Souffrez donc, belle princesse, que j’aie l’honneur d’aller vous présenter au roi, mon oncle. Le roi, votre père, n’aura pas sitôt donné son consentement à notre mariage, que mon oncle le laissera maître de ses états comme auparavant.»

La déclaration du roi Beder ne produisit pas l’effet qu’il en avait attendu. La princesse ne l’avait pas plutôt aperçu, qu’à sa bonne mine, à son air et à la bonne grâce avec laquelle il l’avait abordée, elle l’avait regardé comme une personne qui ne lui eût pas déplu; mais dès qu’elle eut appris par lui-même qu’il était la cause du mauvais traitement qu’on venait de faire au roi son père, de la douleur qu’elle en avait, de la frayeur qu’elle en avait eue elle-même par rapport à sa propre personne, et de la nécessité où elle avait été réduite de prendre la fuite, elle le regarda comme un ennemi avec qui elle ne devait pas avoir de commerce. D’ailleurs, quelque disposition qu’elle eût à consentir elle-même au mariage qu’il désirait, comme elle jugea qu’une des raisons que le roi son père pouvait avoir de rejeter cette alliance, c’était que le roi Beder était né d’un roi de la terre, elle était résolue de se soumettre entièrement à sa volonté sur cet article. Elle ne voulut pas néanmoins témoigner rien de son ressentiment; elle imagina seulement un moyen de se délivrer adroitement des mains du roi Beder, et en faisant semblant de le voir avec plaisir: «Seigneur, reprit-elle avec toute l’honnêteté possible, vous êtes donc le fils de la reine Gulnare, si célèbre par sa beauté singulière? J’en ai bien de la joie, et je suis ravie de voir en vous un prince si digne d’elle. Le roi, mon père, a grand tort de s’opposer si fortement à nous unir ensemble; il ne vous aura pas plutôt vu qu’il n’hésitera pas à nous rendre heureux l’un et l’autre.» En disant ces paroles, elle lui présenta la main pour marque d’amitié.

Le roi Beder crut qu’il était au comble de son bonheur; il avança la main, et en prenant celle de la princesse, il se baissa pour la baiser par respect. La princesse ne lui en donna pas le temps.»Téméraire! lui dit-elle en le repoussant et en lui crachant au visage, faute d’eau, quitte cette forme d’homme et prends celle d’un oiseau blanc, avec le bec et les pieds rouges!» Dès qu’elle eut prononcé ces paroles, le roi Beder fut changé en un oiseau de cette forme, avec autant de mortification que d’étonnement. «Prenez-le, dit-elle aussitôt à une de ses femmes, et portez-le dans l’île sèche.» Cette île n’était qu’un rocher affreux où il n’y avait pas une goutte d’eau.

La femme prit l’oiseau, et en exécutant l’ordre de la princesse Giauhare, elle eut compassion de la destinée du roi Beder. «Ce serait dommage, dit-elle en elle-même, qu’un prince si digne de vivre mourût de faim et de soif. La princesse, si bonne et si douce, se repentira peut-être elle-même d’un ordre si cruel quand elle sera revenue de sa grande colère: il vaut mieux que je le porte dans un lieu où il puisse mourir de sa belle mort.» Elle le porta dans une île bien peuplée, et elle le laissa dans une campagne agréable plantée de toute sorte d’arbres fruitiers et arrosée de plusieurs ruisseaux.

Revenons au roi Saleh. Après qu’il eut cherché lui-même la princesse Giauhare et qu’il l’eut fait chercher dans tout le palais sans la trouver, il fit enfermer le roi de Samandal dans son propre palais, sous bonne garde, et quand il eut donné les ordres nécessaires pour le gouvernement du royaume en son absence, il vint rendre compte à la reine sa mère de l’action qu’il venait de faire. Il demanda où était le roi son neveu en arrivant, et il apprit, avec une grande surprise et beaucoup de chagrin, qu’il avait disparu. «On est venu nous apprendre, lui dit la reine, le grand danger où vous étiez au palais du roi de Samandal, et pendant que je donnais des ordres pour vous envoyer d’autres secours ou pour vous venger, il a disparu. Il faut qu’il ait été épouvanté d’apprendre que vous étiez en danger, et qu’il n’ait pas cru qu’il fût en sûreté avec nous.»

Cette nouvelle affligea extrêmement le roi Saleh, qui se repentit alors de la trop grande facilité qu’il avait eue de condescendre au désir du roi Beder sans en parler auparavant à la reine Gulnare. Il envoya après lui de tous les côtés; mais quelque diligence qu’il pût faire, on ne lui en apporta aucune nouvelle, et au lieu de la joie qu’il s’était faite d’avoir si fort avancé un mariage qu’il regardait comme son ouvrage, la douleur qu’il eut de cet incident, auquel il ne s’attendait pas, en fut plus mortifiante. En attendant qu’il apprît de ses nouvelles, bonnes ou mauvaises, il laissa son royaume sous l’administration de la reine sa mère, et alla gouverner celui du roi de Samandal, qu’il continua de faire garder avec beaucoup de vigilance, quoique avec tous les égards dus à son caractère.

Le même jour que le roi Saleh était parti pour retourner au royaume de Samandal, la reine Gulnare, mère du roi Beder, arriva chez la reine sa mère. Cette princesse ne s’était pas étonnée de n’avoir pas vu revenir le roi son fils le jour de son départ; elle s’était imaginé que l’ardeur de la chasse, comme cela lui était arrivé quelquefois, l’avait emporté plus loin qu’il ne se l’était proposé. Mais quand elle vit qu’il n’était pas revenu le lendemain ni le jour d’après, elle en fut dans une alarme dont il est aisé de juger par la tendresse qu’elle avait pour lui. Cette alarme fut beaucoup plus grande quand elle eut appris des officiers qui l’avaient accompagné et qui avaient été obligés de revenir après l’avoir cherché longtemps, lui et le roi Saleh, son oncle, sans les avoir trouvés, qu’il fallait qu’il leur fût arrivé quelque chose de fâcheux, ou qu’ils fussent ensemble en quelque endroit qu’ils ne pouvaient deviner; qu’ils avaient bien trouvé leurs chevaux, mais que, pour leurs personnes, ils n’en avaient eu aucune nouvelle, quelque diligence qu’ils eussent faite pour en apprendre. Sur ce rapport, elle avait pris le parti de dissimuler et de cacher son affliction, et les avait chargés de retourner sur leurs pas et de faire encore leurs diligences. Pendant ce temps-là, elle avait pris son parti sans rien dire à personne, et, après avoir dit à ses femmes qu’elle voulait être seule, elle s’était plongée dans la mer pour s’éclaircir sur le soupçon qu’elle avait que le roi Saleh pouvait avoir emmené le roi de Perse avec lui.

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