Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Le roi eut d’autant moins de peine à ajouter foi à tout ce que la reine lui raconta de cette histoire, qu’il savait qu’elle était une magicienne des plus habiles qu’il y eût jamais eu au monde, et que, comme elle n’ignorait rien de tout ce qui s’y passait, il était d’abord informé par son moyen des mauvais desseins des rois ses voisins contre lui, et les prévenait. Il eut compassion du roi de Perse, et il pria la reine avec instance de rompre l’enchantement qui le retenait sous cette forme.
La reine y consentit avec beaucoup de plaisir. «Sire, dit-elle au roi, que Votre Majesté prenne la peine d’entrer dans son cabinet avec l’oiseau, je lui ferai voir en peu de moments un roi digne de la considération qu’elle a pour lui.» L’oiseau, qui avait cessé de manger pour être attentif à l’entretien du roi et de la reine, ne donna pas au roi la peine de le prendre; il passa le premier dans le cabinet, et la reine y entra bientôt après avec un vase plein d’eau à la main. Elle prononça sur le vase des paroles inconnues au roi, jusqu’à ce que l’eau commençât à bouillonner; elle en prit aussitôt dans la main, et en la jetant sur l’oiseau: «Par la vertu des paroles saintes et mystérieuses que je viens de prononcer, dit-elle, et au nom du Créateur du ciel et de la terre, qui ressuscite les morts et maintient l’univers dans son état, quitte cette forme d’oiseau et reprends celle que tu as reçue de ton Créateur.»
La reine avait à peine achevé ces paroles, qu’au lieu de l’oiseau, le roi vit paraître un jeune prince de belle taille, dont le bel air et la bonne mine le charmèrent. Le roi Beder se prosterna d’abord et rendit grâces à Dieu de celle qu’il venait de lui faire. Il prit la main du roi en se relevant, et la baisa pour lui marquer sa parfaite reconnaissance. Mais le roi l’embrassa avec bien de la joie, et lui témoigna combien il avait de satisfaction de le voir. Il voulut aussi remercier la reine, mais elle était déjà retirée dans son appartement. Le roi le fit mettre à table avec lui, et, après le repas, il le pria de lui raconter comment la princesse Giauhare avait eu l’inhumanité de transformer en oiseau un prince aussi aimable qu’il l’était, et le roi de Perse le satisfit d’abord. Quand il eut achevé, le roi, indigné du procédé de la princesse, ne put s’empêcher de la blâmer. «Il était louable à la princesse de Samandal, reprit-il, de n’être pas insensible au traitement qu’on avait fait au roi son père; mais qu’elle ait poussé la vengeance à un si grand excès contre un prince qui ne devait pas en être accusé, c’est de quoi elle ne se justifiera jamais auprès de personne. Mais laissons ce discours, et dites-moi en quoi je puis vous obliger davantage.
«- Sire, repartit le roi Beder, l’obligation que j’ai à Votre Majesté est si grande, que je devrais demeurer toute ma vie auprès d’elle pour lui en témoigner ma reconnaissance. Mais, puisqu’elle ne met pas de bornes à sa générosité, je la supplie de vouloir bien m’accorder un de ses vaisseaux pour me ramener en Perse, où je crains que mon absence, qui n’est déjà que trop longue, n’ait causé du désordre, et même que la reine ma mère, à qui j’ai caché mon départ, ne soit morte de douleur, dans l’incertitude où elle doit avoir été de ma vie ou de ma mort.»
Le roi lui accorda ce qu’il demandait de la meilleure grâce du monde, et, sans différer, il donna l’ordre pour l’équipement d’un vaisseau le plus fort et le meilleur voilier qu’il eût dans sa flotte nombreuse. Le vaisseau fut bientôt fourni de tous ses agrès, de matelots, de soldats, de provisions et de munitions nécessaires; et, dès que le vent fut favorable, le roi Beder s’y embarqua, après avoir pris congé du roi et l’avoir remercié de tous les bienfaits dont il lui était redevable.
Le vaisseau mit à la voile avec le vent en poupe, qui le fit avancer considérablement dans sa route dix jours sans discontinuer; le onzième jour, il devint un peu contraire; il augmenta, et enfin il fut si violent, qu’il causa une tempête furieuse. Le vaisseau ne s’écarta pas seulement de sa route, il fut encore si fortement agité, que tous ses mâts se rompirent, et que, porté au gré du vent, il donna sur une sèche et s’y brisa.
La plus grande partie de l’équipage fut submergée d’abord; des autres, les uns se fièrent à la force de leurs bras pour se sauver à la nage, et les autres se prirent à quelque pièce de bois ou à une planche. Beder fut des derniers, et, emporté, tantôt par les courants et tantôt par les vagues, dans une grande incertitude de sa destinée, il s’aperçut enfin qu’il était près de terre, et peu loin d’une ville de grande apparence. Il profita de ce qui lui restait de force pour y aborder, et arriva enfin si près du rivage, où la mer était tranquille, qu’il toucha le fond. Il abandonna aussitôt la pièce de bois qui lui avait été d’un grand secours. Mais en s’avançant dans l’eau pour gagner la grève, il fut fort surpris de voir accourir de toutes parts des chevaux, des chameaux, des mulets, des ânes, des bœufs, des vaches, des taureaux, et d’autres animaux, qui bordèrent le rivage et se mirent en état de l’empêcher d’y mettre le pied. Il eut toutes les peines du monde à vaincre leur obstination et à se faire passage. Quand il en fut venu à bout, il se mit à l’abri de quelques rochers, jusqu’à ce qu’il eût un peu repris haleine, et qu’il eût séché son habit au soleil.
Lorsque ce prince voulut s’avancer pour entrer dans la ville, il eut encore la même difficulté avec les mêmes animaux, comme s’ils eussent voulu le détourner de son dessein et lui faire comprendre qu’il y avait du danger pour lui.
Le roi Beder entra dans la ville, et il vit plusieurs rues belles et spacieuses, mais avec un grand étonnement de ce qu’il ne rencontrait personne. Cette grande solitude lui fit considérer que ce n’était pas sans sujet que tant d’animaux avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour l’obliger de s’en éloigner plutôt que d’entrer. En avançant néanmoins, il remarqua plusieurs boutiques ouvertes, qui lui firent connaître que la ville n’était pas aussi dépeuplée qu’il se l’était imaginé. Il s’approcha d’une de ces boutiques où il y avait plusieurs sortes de fruits, exposés en vente d’une manière fort propre, et salua un vieillard qui y était assis.
Le vieillard, qui était occupé à quelque chose, leva la tête, et, comme il vit un jeune homme qui marquait quelque chose de grand, il lui demanda d’un air qui témoignait beaucoup de surprise d’où il venait, et quelle occasion l’avait amené. Le roi Beder le satisfit en peu de mots, et le vieillard lui demanda encore s’il n’avait rencontré personne en son chemin. «Vous êtes le premier que j’aie vu, reprit le roi, et je ne puis comprendre qu’une ville si belle et de tant d’apparence soit déserte comme elle l’est. – Entrez, ne demeurez pas davantage à la porte, répliqua le vieillard; peut-être vous en arriverait-il quelque mal. Je satisferai à votre curiosité à loisir, et je vous dirai la raison pourquoi il est bon que vous preniez cette précaution.»
Le roi Beder ne se le fit pas dire deux fois; il entra, et s’assit près du vieillard. Mais, comme le vieillard avait compris par le récit de sa disgrâce que le prince avait besoin de nourriture, il lui présenta d’abord de quoi reprendre des forces, et, quoique le roi Beder l’eût prié de lui expliquer pourquoi il avait pris la précaution de le faire entrer, il ne voulut néanmoins lui rien dire qu’il n’eût achevé de manger. C’est qu’il craignait que les choses fâcheuses qu’il avait à lui dire ne l’empêchassent de manger tranquillement. En effet, quand il vit qu’il ne mangeait plus: «Vous devez bien remercier Dieu, lui dit-il, de ce que vous êtes venu jusque chez moi sans aucun accident. – Eh! pour quel sujet? reprit le roi Beder, effrayé et alarmé.