Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«- Il faut que vous sachiez, repartit le vieillard, que cette ville s’appelle la ville des Enchantements, et qu’elle est gouvernée, non pas par un roi, mais par une reine; et cette reine, qui est la plus belle personne de son sexe dont on ait jamais entendu parler, est aussi magicienne, mais la plus insigne et la plus dangereuse que l’on puisse connaître. Vous en serez convaincu quand vous saurez que tous ces chevaux, ces mulets ou autres animaux que vous avez vus, sont autant d’hommes comme vous et moi, qu’elle a ainsi métamorphosés par son art diabolique. Autant de jeunes gens bien faits comme vous qui entrent dans la ville, elle a des gens apostés qui les arrêtent et qui, de gré ou de force, les conduisent devant elle. Elle les reçoit avec un accueil des plus obligeants; elle les caresse, elles les régale, elle les loge magnifiquement, et elle leur donne tant de facilités pour leur persuader qu’elle les aime, qu’elle n’a pas de peine à y réussir; mais elle ne les laisse pas jouir longtemps de leur bonheur prétendu; il n’y en a pas un qu’elle ne métamorphose en quelque animal ou en quelque oiseau, au bout de quarante jours, selon qu’elle le juge à propos. Vous m’avez parlé de tous ces animaux qui se sont présentés pour vous empêcher d’aborder à terre et d’entrer dans la ville: c’est qu’ils ne pouvaient vous faire comprendre d’une autre manière le danger auquel vous vous exposiez, et qu’ils faisaient ce qui était en leur pouvoir pour vous en détourner.»
Ce discours affligea très-sensiblement le jeune roi de Perse. «Hélas! s’écria-t-il, à quelle extrémité suis-je réduit par ma mauvaise destinée! je suis à peine délivré d’un enchantement dont j’ai encore horreur, que je me vois exposé à quelque autre plus terrible.» Cela lui donna lieu de raconter son histoire au vieillard plus au long, de lui parler de sa naissance, de sa qualité, de sa passion pour la princesse de Samandal et de la cruauté qu’elle avait eue de le changer en oiseau, au moment qu’il venait de la voir et de lui faire une déclaration de son amour.
Quand ce prince eut achevé par le bonheur qu’il avait eu de trouver une reine qui avait rompu cet enchantement, et par des témoignages de la peur qu’il avait de retomber dans un plus grand malheur, le vieillard, qui voulut le rassurer: «Quoique ce que je vous ai dit de la reine magicienne et de sa méchanceté, lui dit-il, soit véritable, cela ne doit pas néanmoins vous donner la grande inquiétude où je vois que vous en êtes. Je suis aimé de toute la ville, je ne suis pas même inconnu de la reine, et je puis dire qu’elle a beaucoup de considération pour moi. Ainsi c’est un grand bonheur pour vous que votre bonne fortune vous ait adressé à moi plutôt qu’à un autre. Vous êtes en sûreté dans ma maison, où je vous conseille de demeurer si vous l’agréez ainsi; pourvu que vous ne vous en écartiez pas, je vous garantis qu’il ne vous arrivera rien qui puisse vous donner sujet de vous plaindre de ma mauvaise foi. De la sorte, il n’est pas besoin que vous vous contraigniez en quoi que ce soit.»
Le roi Beder remercia le vieillard de l’hospitalité qu’il exerçait envers lui, et de la protection qu’il lui donnait avec tant de bonne volonté. Il s’assit à l’entrée de la boutique, et il n’y parut pas plutôt, que sa jeunesse et sa bonne mine attirèrent les regards de tous les passants. Plusieurs s’arrêtèrent même et firent compliment au vieillard sur ce qu’il avait acquis un esclave si bien fait, comme ils se l’imaginaient. Et ils en paraissaient d’autant plus surpris, qu’ils ne pouvaient comprendre qu’un si beau jeune homme eût échappé à la diligence de la reine. «Ne croyez pas que ce soit un esclave, leur disait le vieillard; vous savez que je ne suis ni assez riche ni de condition pour en avoir de cette conséquence. C’est mon neveu, fils d’un frère que j’avais, qui est mort, et comme je n’ai pas d’enfants, je l’ai fait venir pour me tenir compagnie.» Ils se réjouirent avec lui de la satisfaction qu’il devait avoir de son arrivée; mais en même temps ils ne purent s’empêcher de lui témoigner la crainte qu’ils avaient que la reine ne le lui enlevât.» Vous la connaissez, lui disaient-ils, et vous ne devez pas ignorer le danger auquel vous vous êtes exposé, après tous les exemples que vous en avez. Quelle douleur serait la vôtre si elle lui faisait le même traitement qu’à tant d’autres que nous savons!
«- Je vous suis bien obligé, reprenait le vieillard, de la bonne amitié que vous me témoignez et de la part que vous prenez à mes intérêts, et je vous en remercie avec toute la reconnaissance qu’il m’est possible. Mais je me garderai bien de penser même que la reine voulût me faire le moindre déplaisir, après toutes les bontés qu’elle ne cesse d’avoir pour moi. Au cas qu’elle en apprenne quelque chose et qu’elle m’en parle, j’espère qu’elle ne songera pas seulement à lui dès que je lui aurai marqué qu’il est mon neveu.»
Le vieillard était ravi d’entendre les louanges qu’on donnait au jeune roi de Perse: il y prenait part comme si véritablement il eût été son propre fils, et il conçut pour lui une amitié qui augmenta à mesure que le séjour qu’il fit chez lui, lui donna lieu de le mieux connaître. Il y avait environ un mois qu’ils vivaient ensemble, lorsqu’un jour, que le roi Beder était assis à l’entrée de la boutique, à son ordinaire, la reine Labe, c’est ainsi que s’appelait la reine magicienne, vint passer devant la maison du vieillard avec grande pompe. Le roi Beder n’eut pas plutôt aperçu la tête des gardes qui marchaient devant elle, qu’il se leva, rentra dans la boutique, et demanda au vieillard, son hôte, ce que cela signifiait. «C’est la reine qui va passer, reprit-il; mais demeurez et ne craignez rien.»
Les gardes de la reine Labe, habillés d’un habit uniforme, couleur de pourpre, montés et équipés avantageusement, passeront en quatre files, le sabre haut, au nombre de mille, et il n’y eut pas un officier qui ne saluât le vieillard en passant devant sa boutique. Ils furent suivis d’un pareil nombre d’eunuques, habillés de brocart et mieux montés, dont les officiers lui firent le même honneur. Après eux, autant de jeunes demoiselles, presque toutes également belles, richement habillées et ornées de pierreries, venaient à pied, d’un pas grave, avec la demi-pique à la main, et la reine Labe paraissait au milieu d’elles sur un cheval tout brillant de diamants, avec une selle d’or et une housse d’un prix inestimable. Les jeunes demoiselles saluèrent aussi le vieillard à mesure qu’elles passaient, et la reine, frappée de la bonne mine du roi Beder, s’arrêta devant la boutique. «Abdallah, lui dit-elle, c’est ainsi qu’il s’appelait, dites-moi, je vous prie, est-ce à vous cet esclave si bien fait et si charmant? Y a-t-il longtemps que vous avez fait cette acquisition?»
Avant de répondre à la reine, Abdallah se prosterna contre terre, et en se relevant: «Madame, lui dit-il, c’est mon neveu, fils d’un frère que j’avais, qui est mort il n’y a pas longtemps. Comme je n’ai pas d’enfants je le regarde comme mon fils, et je l’ai fait venir pour ma condition, et pour recueillir, après ma mort, le peu de bien que je laisserai.»
La reine Labe, qui n’avait encore vu personne de comparable au roi Beder, et qui venait de concevoir une forte passion pour lui, songea, sur ce discours, à faire en sorte que le vieillard le lui abandonnât. «Bon père, reprit-elle, ne voulez-vous pas bien me faire l’amitié de m’en faire un présent? Ne me refusez pas, je vous en prie: je jure par le feu et par la lumière que je le ferai si grand et si puissant, que jamais particulier au monde n’aura fait une si haute fortune! Quand j’aurais le dessein de faire mal à tout le genre humain, il sera le seul à qui je me garderai bien d’en faire. J’ai confiance que vous m’accorderez ce que je vous demande, plus sur l’amitié que je sais que vous avez pour moi, que sur l’estime que je fais et que j’ai toujours faite de votre personne.