Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«Le jour de la cérémonie fut arrêté, et ce jour-là, au milieu de son conseil, qui était plus nombreux qu’à l’ordinaire, le roi de Perse, qui d’abord s’était assis sur son trône, en descendit, ôta sa couronne de dessus sa tête, la mit sur celle du prince Beder, et après l’avoir aidé à monter à sa place, il lui baisa la main, pour marquer qu’il lui remettait toute son autorité et tout son pouvoir; après quoi, il se mit au-dessous de lui, au rang des vizirs et des émirs.
Aussitôt les vizirs, les émirs et tous les officiers principaux vinrent se jeter aux pieds du nouveau roi, et lui prêtèrent le serment de fidélité, chacun dans son rang. Le grand vizir fit ensuite le rapport de plusieurs affaires importantes, sur lesquelles il prononça avec une sagesse qui fit l’admiration de tout le conseil. Il déposa ensuite plusieurs gouverneurs convaincus de malversations, et en mit d’autres à leur place, avec un discernement si juste et si équitable, qu’il s’attira les acclamations de tout le monde, d’autant plus honorables que la flatterie n’y avait aucune part. Il sortit enfin du conseil, et, accompagné du roi son père, il alla à l’appartement de la reine Gulnare. La reine ne le vit pas plutôt avec la couronne sur la tête, qu’elle courut à lui et l’embrassa avec beaucoup de tendresse, en lui souhaitant un règne de longue durée.
La première année de son règne, le roi Beder s’acquitta de toutes les fonctions royales avec une grande assiduité. Sur toute chose il prit grand soin de s’instruire de l’état des affaires et de tout ce qui pouvait contribuer à la félicité de ses sujets. L’année suivante, après qu’il eut laissé l’administration des affaires à son conseil, sous le bon plaisir de l’ancien roi son père, il sortit de la capitale sous prétexte de prendre le divertissement de la chasse, mais c’était pour parcourir toutes les provinces de son royaume afin d’y corriger les abus, d’établir le bon ordre et la discipline partout, et d’ôter aux princes ses voisins, malintentionnés, l’envie de rien entreprendre contre la sûreté et la tranquillité de ses états, en se faisant voir sur les frontières.
Il ne fallut pas moins de temps qu’une année entière à ce jeune roi pour exécuter un dessein si digne de lui. Il n’y avait pas longtemps qu’il était de retour quand le roi son père tomba malade si dangereusement, que d’abord il connut lui-même qu’il n’en relèverait pas. Il attendit le dernier moment de sa vie avec une grande tranquillité, et l’unique soin qu’il eut, fut de recommander aux ministres et aux seigneurs de la cour du roi son fils, de persister dans la fidélité qu’ils lui avaient jurée, et il n’y en eut pas un qui n’en renouvelât le serment avec autant de bonne volonté que la première fois. Il mourut enfin avec un regret très-sensible du roi Beder et de la reine Gulnare, qui firent porter son corps dans un superbe mausolée, avec une pompe proportionnée à sa dignité.
Après que les funérailles furent achevées, le roi Beder n’eut pas de peine à suivre la coutume en Perse de pleurer les morts un mois entier, et de ne voir personne tout ce temps-là. Il eût pleuré son père toute sa vie, s’il eût écouté l’excès de son affliction, et s’il eût été permis à un grand roi de s’y abandonner tout entier. Dans cet intervalle, la reine, mère de la reine Gulnare, et le roi Saleh, avec les princesses leurs parentes, arrivèrent, et prirent une grande part à leur affliction avant de leur parler de se consoler.
Quand le mois fut écoulé, le roi ne put se dispenser de donner entrée à son grand vizir et à tous les seigneurs de sa cour, qui le supplièrent de quitter l’habit de deuil, de se faire voir à ses sujets et de reprendre le soin des affaires comme auparavant. Il témoigna une si grande répugnance à les écouter, que le grand vizir fut obligé de prendre la parole et de lui dire: «Sire, il n’est pas besoin de représenter à Votre Majesté qu’il n’appartient qu’à des femmes de s’opiniâtrer à demeurer dans un deuil perpétuel. Nous ne doutons pas qu’elle n’en soit très-persuadée et que ce n’est pas son intention de suivre leur exemple. Nos larmes ni les vôtres ne sont pas capables de redonner la vie au roi votre père, quand nous ne cesserions de pleurer toute notre vie. Il a subi la loi commune à tous les hommes, qui les soumet au tribut indispensable de la mort. Nous ne pouvons cependant dire absolument qu’il soit mort, puisque nous le revoyons en votre sacrée personne. Il n’a pas douté lui-même en mourant qu’il ne dût revivre en vous: c’est à Votre Majesté à faire voir qu’il ne s’est pas trompé.»
Le roi Beder ne put résister à des instances si pressantes; il quitta l’habit de deuil dès ce moment, et après qu’il eut repris l’habillement et les ornements royaux, il commença de pourvoir aux besoins de son royaume et de ses sujets, avec la même attention qu’avant la mort du roi son père. Il s’en acquitta avec une approbation universelle, et comme il était exact à maintenir l’observation des ordonnances de ses prédécesseurs, les peuples ne s’aperçurent pas d’avoir changé de maître.
Le roi Saleh, qui était retourné dans ses états de la mer avec la reine sa mère et les princesses, dès qu’il eut vu que le roi Beder avait repris le gouvernement, revint seul au bout d’un an, et le roi Beder et la reine Gulnare furent ravis de le revoir. Un soir, au sortir de table, après qu’on eut desservi et qu’on les eut laissés seuls, ils s’entretinrent de plusieurs choses.
Insensiblement le roi Saleh tomba sur les louanges du roi, son neveu, et témoigna à la reine sa sœur combien il était satisfait de la sagesse avec laquelle il gouvernait, qui lui avait acquis une si grande réputation, non-seulement auprès des rois ses voisins, mais même jusqu’aux royaumes les plus éloignés. Le roi Beder, qui ne pouvait entendre parler de sa personne si avantageusement, et ne voulait pas aussi par bienséance imposer silence au roi son oncle, se tourna de l’autre côté et fit semblant de dormir, en appuyant la tête sur un coussin qui était derrière lui.
Des louanges qui ne regardaient que la conduite merveilleuse et l’esprit supérieur en toutes choses du roi Beder, le roi Saleh passa à celle du corps, et en parla comme d’un prodige qui n’avait rien de semblable sur la terre ni dans les royaumes de dessous les eaux de la mer, dont il eût connaissance. «Ma sœur, s’écria-t-il tout d’un coup, tel qu’il est fait et tel que vous le voyez vous-même, je m’étonne que vous n’ayez pas encore songé à le marier. Si je ne me trompe, cependant, il est dans sa vingtième année, et à cet âge il n’est pas permis à un prince comme lui d’être sans femme. Je veux y penser moi-même, puisque vous n’y pensez pas, et lui donner pour épouse une princesse de nos royaumes, qui soit digne de lui.