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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Les conditions d’hygiène, la concentration des corps et la malnutrition avaient engendré des épidémies, que propageaient les armées de punaises, de morpions et de puces, et les essaims de mouches. Il y eut tout d’abord la gale. Les gens se grattaient furieusement, à s’écorcher la peau, et les plaies s’infectaient, transmettant la gale à ceux qu’ils touchaient. Quand arrivèrent la fièvre typhoïde et ses diarrhées dévastatrices, la queue devant les latrines devint interminable. Beaucoup en moururent. Des chiens et des chats, mordus par les renards que l’abondance de détritus attiraient, furent contaminés par la rage. La gueule écumante, ils mordaient les gens et leur transmettaient la maladie. Certains se mirent à cracher du sang à cause de la phtisie, tandis que la malnutrition affligeait les vieillards et les enfants de cécité nocturne, et ils finissaient souvent par mourir de consomption.

Les hospices des frères étaient pleins. Ils ne soignaient plus qu’en échange d’une donation en espèces sonnantes et trébuchantes à leur monastère. Dans une église, un prélat défendait le “vrai pape”, et ses adversaires couvraient sa voix pour appeler les fidèles dans l’église voisine, où l’on chantait les louanges de l’autre pape.

« On dirait un marché, dit un jour Mikael.

— C’est un marché », répliqua Volod.

Chaque soir, Emöke chantait près du feu. Des mélodies déchirantes, dont les notes longues et douloureuses se répandaient dans l’air nauséabond. De plus en plus de gens, intrigués, se rassemblaient autour de la tente.

« Qui c’est ? On sait qui c’est ? demanda un soir la fille aux cheveux noirs et aux yeux maquillés.

— On dirait que les anges lui soufflent les notes », commenta une vieille femme.

Mikael vit des spectateurs acquiescer, touchés par la mélodie.

Deux soirs plus tard, il y avait le double de gens autour d’eux, certains venus d’autres campements.

« Qui c’est ? demandait-on.

— Une qui parle avec les anges », répondit quelqu’un.

Ainsi grandissait, soir après soir, le nombre de ceux qui venaient écouter Emöke.

Elle ne semblait pas s’en apercevoir. Assise devant la tente, elle chantait. Et les gens, désespérés et en quête de réconfort, reconnaissaient leurs sentiments dans ses mélodies, leur tristesse, leurs espoirs et leurs peurs. Quand elle cessait de chanter, beaucoup disaient se sentir mieux.

Un soir qu’elle chantait devant une foule encore plus nombreuse, un petit enfant dénutri qui tenait à peine sur ses jambes et présentait tous les symptômes de la cécité nocturne avait lâché la main de sa mère. Il errait au hasard en pleurant, et tomba presque dans les bras d’Emöke.

Elle cessa de chanter et le prit dans ses bras. Puis elle le serra contre elle pour le bercer et entonna une nouvelle mélodie, douce, rassurante. Épuisé, le petit se calma. Sans cesser de chanter, Emöke prit un bout de viande salée, qu’elle lui donna. L’enfant le dévora. Elle fit signe à Mikael de lui passer un bout de pain, que l’enfant dévora aussi. Puis il s’endormit.

Le lendemain, comme la foule se pressait de nouveau autour d’eux, une femme sale, à la robe déchirée, se fraya un passage et s’agenouilla devant Emöke. Elle tenait le petit enfant par la main, et ses joues étaient sillonnées de larmes. Elle regarda Emöke, puis le petit garçon. Incapable de dire un mot, elle se prosterna et baisa les pieds d’Emöke. Alors, tournée vers la foule, d’une voix brisée d’émotion, elle cria : « Il voit ! Mon fils voit à nouveau ! »

Un murmure de stupéfaction parcourut l’assistance.

« Miracle ! hurla une vieille femme qui tomba à genoux et se signa.

— Miracle ! » répondirent d’autres en écho.

La femme poussa son fils dans les bras d’Emöke. « Bénis-le, sainte femme », dit-elle.

Tous avaient entendu.

Mikael vit qu’Emöke avait toujours le regard absent, comme si elle n’était pas là. Mais elle caressa la tête de l’enfant et lui donna un morceau de pain.

« Qu’est-ce qui se passe ? », demanda Mikael à Volod.

Volod, pensif, ne répondit pas.

« Bénis nos âmes ! », s’exclama une voix.

Un homme bien vêtu, peut-être un marchand, se détacha des autres et ôta de son cou une mince chaîne en or. Il la déposa aux pieds d’Emöke, lui prit la main et la baisa. « C’est une sainte ! », dit-il en se retournant vers la foule.

« Sainte, chante pour nous ! cria une femme.

— Sainte, chante pour nous ! », répétèrent plusieurs voix.

Emöke recommença à chanter, tandis que, les uns après les autres, les gens fendaient la foule pour arriver jusqu’à elle, lui toucher la main, ou le pied, ou les cheveux, et déposer une obole. De petites pièces de monnaie, des bracelets, de la nourriture, le peu qu’ils avaient.

« Mais enfin, qu’est-ce qui se passe ? répéta Mikael.

— Il se passe que nous aussi maintenant on fait partie du grand marché de Constance, tu vois bien », répondit Volod.

57

Après deux semaines passées sans sortir de son lit, Eloisa fut jugée hors de danger.

Agomar dépêcha un messager à Constance pour apporter la bonne nouvelle à Ojsternig, puis monta dans la chambre d’Eloisa. « En tout cas, tu n’as pas le droit de sortir de cette chambre. Tu prendras tes repas ici et…

— Pas du tout, intervint aussitôt Agnete. Elle doit prendre l’air !

— Tais-toi, vieille femme. Le prince m’a bien recommandé qu’il ne lui arrive rien. Ici, dans cette chambre, elle sera en sécurité.

— Et l’enfant naîtra faible, difforme, pâle comme les monstres des abysses ! s’échauffa aussitôt Agnete. Tu diras quoi, à ton maître, ce jour-là ?

— De quoi tu parles ? dit Agomar, perplexe.

— Tu t’y connais en bébés ? Tu t’y connais en femmes enceintes ? Moi, si. C’est mon métier. La femme doit pouvoir respirer l’air pur, prendre le soleil, marcher, faire courir le sang dans ses veines. Sinon le bébé dépérira dans son ventre et…

—Ça va, coupa Agomar. Elle sortira aux heures chaudes, elle marchera dans la cour…

— Dans les bois !

— Pas question, trancha Agomar d’un ton décidé. Le soleil brille aussi dans la cour. Ta fille ne quittera le château sous aucun prétexte. Elle sera toujours escortée par deux soldats. Et personne ne pourra l’approcher ni lui parler, sauf la princesse Lukrécia.

— Comme une prisonnière ! »

Agomar marcha sur Agnete, menaçant. « Vieille femme, ta fille est prisonnière, au cas où tu t’en serais pas aperçue. » Il quitta la pièce et dit aux deux soldats qui montaient la garde devant la porte : « Personne n’entre ici, à part moi, la princesse, et la servante chargée du ménage et des repas. Si vous désobéissez à ces ordres, je vous fais bouffer les couilles par les chiens. »

La porte refermée, le silence retomba.

Eloisa porta les mains à son ventre, qui grossissait. Depuis qu’elle avait failli le perdre, un amour qu’elle n’avait pas soupçonné l’attachait à cet enfant. Mais de toute façon on le lui enlèverait. C’était un tourment quotidien. Elle le perdrait. Assise devant l’étroite fenêtre qui s’ouvrait sur la vallée, elle laissa errer son regard brouillé par les larmes. « Mère, est-ce que l’enfant peut sentir la douleur de mon cœur ?

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