Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
— Votre Seigneurie ! C’est pas vrai ! intervint Agnete. Il avait arraché ses vêtements et il voulait la…
— Je t’ai dit de te taire ! », siffla Ojsternig.
Agnete baissa la tête.
Eloisa continuait de planter son regard fier dans celui d’Ojsternig. « Qui est le père ? demanda Ojsternig, attendant une confirmation.
— Je ne sais pas », répondit Eloisa d’une voix lasse.
Ojsternig sourit.
« Tu le sais très bien, au contraire. »
Eloisa ne dit rien.
« Si tu ne parles pas immédiatement, je te ferai ouvrir le ventre et je lui couperai moi-même la gorge. »
Eloisa continuait de le regarder et de se taire.
« Par la grâce de Dieu, ma petite, dis-lui ! supplia Agnete.
—Écoute ta mère, avant que je perde patience.
— Le père de mon enfant est Mikael Veedon, finit par dire Eloisa d’un air de défi, en s’efforçant de se tenir droite.
— Le fils du rebelle ! » Le visage d’Ojsternig s’illumina. C’était le moment de dire à cette fille quel destin l’attendait. « Je devrais te faire pendre, dit-il, envahi d’une sensation qu’il ne croyait pas pouvoir éprouver. Au lieu de cela, je me contenterai de prendre l’enfant qui va naître. »
La surprise se peignit d’abord sur le visage d’Eloisa, aussitôt suivie par la peur puis par la fierté. Elle recula d’un pas. « Je ne vous permettrai pas de lui faire du mal ! », dit-elle, les mains sur son ventre.
Ojsternig éclata d’un grand rire. « Lui faire du mal ? Je ferai beaucoup plus de bien à cet enfant que tu ne pourras jamais lui en faire. » Il la fixa en silence, un sourire sur sa bouche de serpent, amusé de son effarement. L’idée avait surgi dans son esprit à l’aube, après cette nuit d’insomnie. « Tous les enfants qui naissent dans mon royaume m’appartiennent, dit-il d’un ton suave, savourant ses propres mots. Mais cet enfant m’appartiendra plus que n’importe quel autre… » Il laissa sa phrase en suspens.
Eloisa s’agita, prise d’anxiété. Elle ne comprenait pas. Son cœur pressentait pourtant que le prince allait lui dire quelque chose de monstrueux.
Ojsternig se leva de son trône et s’approcha. Il posa la main sur son ventre. Eloisa voulut reculer, mais il la saisit par le cou. Sa prise était forte et décidée. Ojsternig souriait. Il lui caressa le ventre.
« Ma fille ne veut toujours pas me donner d’héritier… », susurra Ojsternig.
Eloisa écarquilla les yeux et commença à secouer la tête en signe de refus silencieux.
« … et cette chiffe molle qu’est son mari n’est qu’un dégoûtant sodomite. C’est pourquoi j’ai décidé…
— Non… non… murmura Eloisa.
— … de prendre cet enfant… »
Les yeux d’Eloisa s’emplirent de larmes.
« … et de feindre qu’il a été mis au monde par la princesse Lukrécia…
— Non ! », s’écria Eloisa en tentant de se libérer.
Ojsternig la lâcha en riant. « Si ! », lui cria-t-il au visage.
Eloisa fit un bond en arrière et courut tant bien que mal vers la grande porte, essayant en vain de l’ouvrir. Elle s’effondra sur le sol, le souffle coupé.
« Votre Seigneurie… », dit Agnete.
Ojsternig la gifla violemment. « Je dois te le dire comment, de te taire ? » Il se rassit tranquillement sur son trône. Quand il parla, ce fut d’une voix ferme et décidée. « À partir de maintenant, tu vivras au château. Tu auras une chambre chauffée, tu dormiras sous des couvertures de loup et tu mangeras la meilleure nourriture de ma table… parce que je veux que mon petit-fils soit fort et en bonne santé. » Il eut un sourire satisfait. « J’annoncerai aujourd’hui même que ma fille Lukrécia est enceinte. » Il fit une autre pause. « De mon héritier », dit-il solennellement.
« Vous ne pouvez pas ! Tout le monde sait que j’attends un enfant ! », cria faiblement Eloisa, toujours prostrée près de la porte. Elle sentit alors une troisième douleur à l’abdomen, plus forte encore.
« Ton fils sera mort à la naissance, dit Ojsternig avec un sourire. C’est ce que nous raconterons. Et si vous ne gardez pas le secret, ta mère et toi, je dirai que vous êtes des menteuses et je vous ferai couper les pieds avant de vous suspendre au plafond de ma chambre, pour voir votre sang couler goutte à goutte jusqu’à votre mort.
— Non… », s’écria Eloisa, qui se tordit de douleur. Elle se recroquevilla sur elle-même en gémissant. La douleur revint, plus forte encore.
« Ma fille ! s’écria Agnete en s’agenouillant près d’elle.
— Que se passe-t-il ? demanda Ojsternig, qui bondit sur ses pieds, soudain alarmé.
— Votre maudit vigile ! cria Agnete, emportée par la rage. Il l’a poursuivie, nue, dans les bois, et il l’a jetée à terre ! Il voulait la tuer ! Voilà le résultat ! » Elle montra sa fille, qui se tordait de douleur. « Ce qui se passe, c’est que vous ne l’aurez pas, votre héritier ! »
Ojsternig se précipita sur Agnete et la saisit à la gorge, les yeux exorbités. « Sauve l’enfant, lui souffla-t-il. Ou tu t’en repentiras. » Il prit Eloisa dans ses bras et ouvrit la porte d’un coup de pied.
Il ordonna qu’on chauffe la chambre à côté de la sienne, et qu’on emmène de toute urgence la sage-femme chez elle en charrette prendre tous les remèdes dont elle aurait besoin. « Vous lui donnerez tout ce qu’elle demande ! Et s’il lui manque quelque chose, vous irez au couvent et vous obligerez le frère herboriste à vous fournir ce qu’il lui faut ! », hurla-t-il. Puis il monta les escaliers du château, portant toujours Eloisa, et la déposa avec délicatesse sur le lit de la chambre. « Me fais pas ça, ma fille », murmura-t-il.
Le lendemain, face à tout le village, en proie à une fureur aveugle, Ojsternig dessaisit Eberwolf de son épée. Il annonça qu’il n’était plus son vigile et ne jouissait donc plus de sa protection. De retour au château, il prit Marcus à part et lui dit : « Si je découvre d’une façon ou d’une autre que tu as aidé ton amant, je te castrerai de mes propres mains ».
Le prince Marcus ne cilla pas. « Vous aurez donc besoin d’un autre vigile », répliqua-t-il froidement. Et il ajouta, un sourire mielleux aux lèvres : « Puis-je avoir l’honneur de le choisir moi-même ? »
L’après-midi, Ojsternig s’informa de l’état d’Eloisa. « Comment va-t-elle ? demanda-t-il à Agnete, pour qui une couche avait été préparée au chevet de sa fille.
— C’est trop tôt pour le dire, répondit Agnete, qui avait passé toute la journée à faire prendre des remèdes à Eloisa. Mais je crois que la crise est conjurée. »
Ojsternig la regarda avec une sorte de reconnaissance dans les yeux.
« C’est pas pour vous que je le fais.
— Peu importe pour qui tu le fais, la vieille. »
Il fit appeler sa fille Lukrécia dans la chambre d’Eloisa. « Cette femme porte ton fils, lui dit-il. Traite-la comme tu voudrais être traitée.
— Je n’ai jamais été traitée comme je l’aurais voulu, père, lui répondit Lukrécia en le défiant du regard. J’espère que cette inconnue aura plus de chance que moi.
— Le père de cet enfant est le ramasse-merde, ajouta Ojsternig. Si je me souviens bien, tu avais une certaine préférence pour lui. » Voyant alors sa fille regarder avec plus d’intérêt Eloisa étendue sur le lit, pâle et défaite, il eut un sourire satisfait. « Bien, ma chère. Fais ce que tu dois », dit-il en s’en allant. Et il rejoignit Agomar au sommet de l’une des tours qui dominaient la vallée.
À son arrivée, le capitaine s’inclina.
« Je vais partir pour Constance, dit Ojsternig. Je dois obéir à l’empereur. Il m’est impossible de tarder plus longtemps.