Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
« Si votre père le permet, dit Eloisa en se levant et secouant la tête. S’il ne me tue pas. S’il ne me vend pas à un autre seigneur. » Elle s’en alla.
Lukrécia ne dit rien. Elle baissa les yeux sur le coussin en laine de mouton qui gonflait son ventre.
Le lendemain, elle prit Eloisa par le bras pendant qu’elles se promenaient dans la cour sous la surveillance des gardes, et lui chuchota : « Je n’ai jamais lutté pour moi. J’ai toujours pensé que je n’en avais pas la force. Mais pour toi et pour ton fils, je me battrai. Je t’en fais la promesse. Je ne sais pas ce que je pourrai faire, mais je le ferai. Tu me crois ? »
Eloisa la regarda, dans l’air tiède du printemps. « Oui, lui répondit-elle. Vous êtes une bonne personne. »
À mesure qu’elles se fréquentaient et s’échangeaient leurs secrets les plus intimes, leurs peurs et leurs espoirs, naissait un sentiment profond, comme une amitié absurde entre les deux femmes, qui étaient encore de très jeunes filles. Pour chacune d’elles, les journées devinrent moins dures, moins effrayantes, parfois même tranquilles.
Un jour qu’Eloisa se sentait plus confiante en l’avenir et qu’à son retour de promenade elle s’était jetée sur son lit, un sourire rêveur aux lèvres en pensant à Mikael, elle entendit du bruit à l’extérieur de sa chambre, et une conversation qui se tenait à voix basse devant sa porte. Agnete était partie s’occuper du vieil Harro. Tout doucement, Eloisa entrouvrit le battant.
Elle vit les gardes endormis. Puis le prince Marcus qui parlait avec Lelio, un jeune ambitieux engagé par Arialdo de Tarvis pour l’aider dans la comptabilité des deux royaumes.
« Votre Seigneurie, chuchota Lelio, — assez fort pour qu’elle entende —, vous rendez-vous compte que le jour où il aura son héritier, vous… comment dire ?… vous deviendrez un obstacle ?
— Et alors ? demanda Marcus de sa voix hypocrite, sondant le terrain avec prudence. Qu’y puis-je ?
— S’il n’y avait pas d’héritier, reprit Lelio, vous auriez le temps de réfléchir à ce que vous voulez faire. » Il s’inclina avec onctuosité. « Et je serais très honoré de vous servir et de vous conseiller.
— Et comment faire pour qu’il ne naisse pas ? dit Marcus, une lueur rusée dans les yeux, pour pousser Lelio à se compromettre.
— Certains poisons ne laissent pas de traces. Si Votre Seigneurie m’y autorise…
— Je ne t’autoriserai jamais à commettre un meurtre. »
Lelio baissa les épaules, effrayé. « Votre Seigneurie, je ne voulais pas dire…
— Mais si un accident arrivait au bâtard de cette putain…, le coupa Marcus, je pourrais t’en être très reconnaissant. »
58
« C’est vous deux qui êtes responsables des affaires de la Sainte, non ? »
Mikael se retourna. Un jeune homme dans les vingt-cinq ans s’était approché de leur tente. C’était lui qui leur avait posé la question. Un estropié, à la jambe gauche plus courte que l’autre d’un bon empan. Son corps penchait à chaque pas, comme si son pied tombait dans un trou. Il était vêtu d’un costume aux couleurs voyantes, fait de pièces bigarrées, orné de longues manches bouffantes qui flottaient au vent, et il portait au cou une clarine dorée.
Volod eut une moue méprisante. « Qu’est-ce que tu veux, l’éclopé ? »
L’étrange personnage écarquilla ses yeux verts et vifs. Il ouvrit les bras pour esquisser une théâtrale et hasardeuse révérence. « Oh, seigneur courtois et bienveillant, si je suis tordu, c’est à cause des tempêtes et des ouragans de la vie. Ne m’en blâmez pas », répondit-il en s’arrêtant devant Volod, avant de le regarder avec une admiration feinte. « Mais vous ! Vous êtes en revanche droit comme le membre d’un adolescent en chaleur. Que Dieu vous garde toujours aussi dur ! »
Mikael sourit et éprouva pour cet homme une sympathie immédiate.
Une ombre passa sur le visage intelligent du jeune homme, comme si une préoccupation soudaine lui avait traversé l’esprit. Il fixait toujours Volod. « Je me demande cependant ce que vous ferez au premier coup de vent, raide comme vous l’êtes ? Plier ou rompre ?
— Plutôt que devenir un lèche-cul comme toi, je préférerais me rompre, répliqua Volod avec dédain.
— Oh ! La merveilleuse merveille de l’intégrité ! s’exclama l’autre en joignant les mains. Que pourrait donner de plus que sa propre vie un homme prêt à mourir pour une raison idiote ? » Il s’inclina de nouveau. « Je vous admire tant, Monseigneur, que je pourrais vomir ici même, à l’instant ! »
Mikael sourit ouvertement.
Volod le foudroya du regard. « Tu ne vois donc pas que c’est un jongleur ? Un homme de rien, qui vit pour faire rire les nobles ?
— Pas seulement les nobles, excellent seigneur. Je suis sûr que si vous aviez le cul plus détendu, vous pourriez nous péter un petit rire, à votre façon. »
Mikael éclata de rire.
« Stupéfiant ! dit le jongleur en désignant Mikael. Ce baudet empaillé sait même faire du bruit. Vous devriez le produire dans un cirque, avec d’autres créatures admirables, comme le chat qui miaule ou le chien qui aboie ou le cheval qui hennit. Ce serait un grand succès ! »
Nullement offensé, Mikael rit de nouveau.
« Bref, honorables membre érigé et baudet empaillé, on dit que c’est vous qui conduisez les affaires de la Sainte, reprit le jongleur. Or mon très estimé Seigneur, un âne incapable même de braire, a entendu parler de cette dernière bizarrerie surgie des égouts de Constance. Il voudrait engager votre Sainte Chanteuse pour une soirée à sa cour. Si Vos Seigneuries n’étaient pas trop indisposées par un public moins odorant que votre public habituel, bien sûr. Quoique, sous leurs soieries, leurs parfums et leurs peaux blanches, ces nobles aient les âmes aussi propres qu’une merde rincée par l’orage. » Il tapa la main sur sa hanche, où était accrochée une bourse de cuir. « Pourriez-vous donner votre accord pour cinq pauvres pièces d’or pur ?
— Et si je te coupais la gorge pour te les prendre, tes pièces de monnaie ? dit Volod. Crois-tu que ton maître viendrait ici te chercher, l’estropié ? »
Le jongleur feignit la frayeur. Il détacha sa bourse et la lança à Volod, qui l’attrapa au vol. « Par la grâce de Dieu ! Prenez mon trésor tout de suite ! »
Volod versa le contenu de sa bourse dans la paume de sa main. « Des boutons…
— D’excellente facture, cependant », précisa le jongleur.
Mikael rit encore.
« Mon seigneur est sans doute un âne, fit le jongleur en haussant les épaules, mais pas un couillon. Et comme tous les riches, il tient à son argent. » Il sourit. « Si vous vouliez accepter son invitation, vous seriez payés sur place. Sans faute. » Il reprit sa bourse avec les boutons et tout à coup posa l’index sur sa tempe, comme s’il se souvenait de quelque chose. « Ah ! dit-il à Volod. Bien que le terme d’“estropié” soit résolument original pour me définir… bien qu’il démontre tout votre talent pour les surnoms raffinés… si vous vous lassiez de l’employer pour m’appeler plutôt monstre, avorton, horreur, boiteux, immonde, farce de la nature, je promets que je vous répondrais toujours. Sinon, vous pourriez utiliser mon vrai nom, qui est Berni.
— La femme n’est pas à vendre, l’estropié, répondit Volod.