Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
— Comme il sent ton amour.
— En ce moment, c’est la douleur qui est la plus forte », murmura Eloisa.
Agnete ne répondit rien.
Eloisa montra un point de l’autre côté du pont sur l’Uque. « C’est là-bas que nous avons fait l’amour pour la première fois. »
Agnete dut feindre de remettre la chambre en ordre pour maîtriser son émotion.
« Quand il reviendra… je ne pourrai pas lui donner son enfant.
— Vous en aurez d’autres…
— Mais pas celui-ci ! dit Eloisa en se retournant d’un bloc, pleine de colère et de désespoir. Il faut faire quelque chose, mère.
— Ma petite fille…
— Non ! Écoutez. Nous devons nous enfuir.
— C’est impossible…
— Non, ça ne peut pas être pas impossible ! insista Eloisa, qui s’accrochait de toutes ses forces à cet espoir ténu. Ça ne peut pas… répéta-t-elle d’une voix plus faible.
— Bien sûr que si, ma petite fille… », dit Agnete.
Eloisa se tourna de nouveau vers la vallée. Elle savait que sa mère avait raison. Que pouvaient-elles faire, seules, contre un prince ? Elle aperçut Harro devant leur baraque. « Vous donnez à manger au chien de Mikael ? », demanda-t-elle.
Agnete fit oui de la tête. « Sois tranquille, je m’occupe aussi de ce tas de puces. »
À l’heure du déjeuner, la princesse Lukrécia arriva, suivie de la servante qui apportait la nourriture.
« Il y a du bouillon de viande, annonça Lukrécia, et du cochon de lait aux pruneaux et aux châtaignes.
— Les pruneaux donnent la diarrhée aux femmes enceintes, répondit Agnete d’un ton hostile.
— Désolée, je l’ignorais », dit Lukrécia avec douceur.
Agnete haussa les épaules et bougonna : « On les enlèvera ».
Eloisa regardait toujours par la fenêtre. Quand elle se tourna, son regard tomba sur la robe de soie de la princesse. Un léger gonflement se voyait au niveau du ventre. Elle sentit une vague de haine pour cette femme qui lui volerait son enfant. D’une voix tranchante, elle lui demanda : « Comment se déroule votre grossesse, princesse ? »
Lukrécia rougit violemment.
Eloisa lui adressa un sourire de mépris.
« Laisse-nous seules », dit Lukrécia à la servante.
Celle-ci posa le repas sur la table près du lit et sortit.
La porte refermée, Lukrécia, gênée, toucha son ventre proéminent. « C’est du rembourrage… murmura-t-elle.
— Vous m’en direz tant ! », s’exclama Eloisa avec férocité.
Lukrécia recula, comme si on l’avait giflée. Elle rougit de nouveau. « Je sais que vous me haïssez… », dit-elle dans un murmure.
Eloisa la regardait sans parler, avec dureté.
« Je suis désolée », dit Lukrécia en baissant la tête, avant de se diriger vers la porte. « Bon appétit.
— Qu’est-ce ça fait de voler l’enfant d’une autre ? », dit Eloisa en serrant les poings, le regard débordant de haine.
Lukrécia resta immobile, la main sur la poignée. Elle ferma les yeux et pencha la tête, comme si la haine d’Eloisa était un poids physique. Puis, sans rien dire ni se retourner, elle ouvrit la porte et disparut.
Agnete cracha par terre. Elle tendit à sa fille le cochon de lait. « Mange. »
Eloisa commença par écarter les pruneaux.
« Mange-les, ça te fera du bien, idiote, dit Agnete.
— Mais vous…
— Les femmes enceintes ont tendance à être constipées. Les pruneaux font beaucoup de bien, ronchonna Agnete. J’aurais dit n’importe quoi pour être désagréable et la faire culpabiliser.
— Je la hais.
— Tu as été claire. Elle a compris, dit sa mère avec un soupçon de fierté dans les yeux. Mais n’exagère pas.
— Qu’est-ce qu’elle peut me faire ?
— Pour le moment, rien. Mais à l’avenir, qui sait. C’est une noble, et tu redeviendras une serve de la glèbe.
— Peu importe.
— Eh bien moi, ça m’importe, fit Agnete pour clore la discussion. Maintenant mange et tais-toi. »
Quand le soir tomba, Eloisa se glissa sous les couvertures de loup doublées de laine fine et Agnete, la chandelle éteinte, s’étendit sur la paillasse au pied du lit.
« Mère, dit Eloisa au bout d’un moment, vous vous souvenez de la première chose que Mikael a dite, quand il est descendu dans la trappe ? “Madame, il n’y a pas de lit” ?
— Oui…
— Et quand vous lui avez répondu que non, il a dit : “Mais moi… je suis habitué à dormir dans un lit” ».
Agnete sourit. « Oui, je me souviens très bien.
— Sur le moment j’ai trouvé que c’était bête, continua Eloisa tandis qu’un sourire fleurissait sur ses lèvres. Mais maintenant que je dors dans un lit… un vrai lit, je veux dire, comme celui dans lequel Mikael dormait avant… maintenant je comprends ce qu’il voulait dire. Vous savez quoi ? Jamais je n’avais imaginé ce que ça pouvait être de dormir, avant ces dernières semaines. Et malgré toute la douleur… » Elle fit une pause. « … malgré l’angoisse… certaines nuits, c’est magnifique de dormir. Je me sens coupable, je sens que ça n’est pas bien. Mais c’est comme si la fatigue de toutes ces années me tombait dessus tout d’un coup. » Elle pensa de nouveau à Mikael, un voile de mélancolie dans les yeux. « Il était si petit, si effrayé… Ça a dû être très dur pour lui de descendre dans cette trappe toute noire…
— Mikael était déjà plus fort que nous tous, dit Agnete. Mais un lion ne connaît pas sa force tant que personne ne l’a défié.
— Vous croyez que Mikael a compris qu’il était un lion ?
— J’en sais rien. Par bien des côtés, ce garçon est un mystère. » Son regard s’emplit d’orgueil. « Si tu entendais comment ils parlent de notre Mikael, au village… » Elle sourit et hocha la tête. « Dire qu’on n’aurait pas parié un sou sur lui quand il est arrivé… et maintenant…
— Maintenant ? répéta Eloisa d’une voix qui glissait vers le sommeil.
— Tu te souviens quand nos hommes l’ont aidé à porter les pierres au château ? Ce qu’ils ont fait pour lui, ils ne l’auraient jamais fait avant. » Agnete sourit à ce souvenir. « Déjà, ils le respectaient parce qu’il avait sauvé nos économies des griffes d’Ojsternig. Pourtant c’était un gamin, il n’avait que la peau sur les os. Mais après, le dimanche des combats… Les gens ne pourront jamais oublier comment il a fait face à Ojsternig, comment il a incité les autres jeunes gens à se rebeller… Personne ne croyait que c’était possible. Et après ça, il a sauvé Emöke. » Agnete, pleine d’orgueil, gonfla la poitrine. « Ils en parlent comme d’un héros. Et tu sais pourquoi ? Il ne nous a pas seulement sauvés, nous tous et Emöke… Il a montré qu’on peut essayer de briser nos chaînes… qu’on peut soutenir le regard des puissants… qu’on n’a pas toujours besoin de courber l’échine… Je crois qu’il a planté une graine qui germera, tôt ou tard. L’espoir.
— La dignité, ajouta Eloisa, les larmes aux yeux. Il parlait toujours de dignité, vous vous souvenez, mère ? » Elle regarda encore par la fenêtre, en contrebas, dans la vallée. « Il est spécial.
— Oui, répondit Agnete. Ce gamin est spécial. » Elle soupira. « Qui sait ? C’est peut-être vrai que les princes n’ont pas le même sang que nous. » Elle sourit dans le noir. « Maintenant, dors. T’as besoin de te reposer. »
Mais dans le silence Eloisa reprit bientôt la parole.
« Mère…
— Quoi encore ?