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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Vous devez être fier que l’empereur vous veuille à ses côtés, Votre Seigneurie, dit Agomar. C’est un grand honneur. »

Ojsternig sourit, méprisant.

« Sigismond de Luxembourg a été élu Rex Romanorum mais il n’a pas encore été couronné empereur, dit-il. Il veut seulement montrer sa force au monde. Il a convoqué tous les nobles, sans distinction. Pas de quoi être fier. La différence, c’est que les princes importants et puissants pourront trouver une excuse et éviter cette mascarade. Moi, je n’ai pas ce privilège.

— Je suis prêt à partir quand vous voulez.

— Non. Tu ne viendras pas. Je prendrai cinquante hommes pour le voyage. Les autres resteront ici sous ton commandement. Et tu exerceras mon pouvoir. Punis, tue, viole, je m’en moque. Mais je veux que la fille soit toujours protégée. S’il lui arrive quelque chose, je t’en tiendrai pour responsable.

— Il ne lui arrivera rien. »

Ils se tournèrent vers la Raühnvahl. Le soir tombait.

Agomar montra Eberwolf qui courait, poursuivi par une dizaine d’hommes. Ils le virent frapper à la porte d’une baraque, terrorisé.

« C’est chez ses parents », dit Agomar.

Ils restèrent en silence à regarder la porte qui ne s’ouvrait pas. À cette distance, on n’entendait pas le bruit que faisait Eberwolf, désespéré et frappant jusqu’au sang contre le battant.

Les paysans rattrapèrent Eberwolf et se jetèrent sur lui, armés de leurs serpes à élaguer les arbres fruitiers.

Ojsternig et Agomar n’entendirent pas non plus les gémissements d’Eberwolf, mourant de la main même de ceux avec qui il avait grandi.

La porte ne s’ouvrit que lorsqu’il fut mort, quand les hommes du village furent repartis. Le père d’Eberwolf resta sur le seuil, les mains dans les cheveux. Sa mère s’effondra sur le corps de son fils massacré, étendu dans une mare de boue et de sang.

Ojsternig et Agomar crurent un instant entendre les gémissements de la femme, portés jusqu’à eux par un souffle de vent. L’unique son de cette tragédie muette.

Ojsternig haussa les épaules, comme si tout cela était sans importance. Puis il alla donner ses instructions pour la préparation de son voyage à Constance.

55

« Il nous reste cent cinquante lieues », avait annoncé Volod à ses hommes deux semaines plus tôt, quand ils avaient repris la route. « Mais grâce au garçon, nous avons assez d’argent pour manger, dormir et trouver un hébergement décent à Constance. »

Depuis, les hommes avaient regardé Mikael d’un autre œil. Chaque fois qu’ils portaient la nourriture à leur bouche, ils lui lançaient un coup d’œil reconnaissant. Chaque fois qu’ils dormaient sous un toit, ils lui adressaient un signe de gratitude.

Quelques jours plus tard, Mikael était venu trouver Volod : « C’est faux, ce que tu dis.

— T’es plus agaçant qu’une mouche, mon gars. Quand est-ce que tu apprendras à ne plus te remplir la bouche de grandes phrases ?

— Dis-moi au moins pourquoi.

— La Folle m’a dit qu’un destin incroyable t’attendait. Et je veux que mes hommes sachent que si tu as besoin d’eux, ils peuvent aussi compter sur toi.

— Les hommes, c’est sur toi qu’ils comptent. »

Volod, pensif, était resté silencieux. La Folle lui avait aussi prédit que Constance serait sa tombe. Il en avait été profondément troublé.

Au bout de deux semaines et trois jours de marche forcée, l’immense lac de Constance, avec ses profondes eaux bleues, était apparu au fond de la plaine.

Un des hommes était mort pendant le trajet. On ne savait pas de quoi. Un matin qu’ils étaient sur le flanc enneigé des dernières montagnes escarpées à franchir, il ne s’était pas réveillé. Ils avaient creusé à l’épée un trou dans la terre dure et gelée. Volod avait récité une prière. Mais ils ne s’étaient pas arrêtés pour le pleurer, aucun d’eux n’avait le cœur faible. Ils étaient repartis.

Et le lac se profilait enfin à l’horizon.

« Tu vois, mon gars, le monde entier est réuni dans cette ville, dit Volod. Et on y sera, nous aussi. »

Il leur fallut toute la journée pour atteindre la rive sud-est. Dans un petit village de pêcheurs, ils apprirent que Constance était encore à vingt lieues. Ils dormirent dans une énorme remise à bateaux, avec d’autres voyageurs qui s’y rendaient aussi. Il y avait trois marchands avec une dizaine de commis, deux comédiens, un groupe de sept femmes se prétendant servantes, brodeuses et lavandières mais qui avaient plutôt l’air de prostituées, ainsi que deux prêtres, l’un italien, l’autre français, chacun accompagné de jeunes novices qui se regardaient en chiens de faïence.

Le lendemain, ils voyagèrent ensemble.

Les marchands sur des charrettes attelées à quatre chevaux, bâchées de lourdes toiles cirées et chargées à ras bord de marchandises. Des commis armés de poignards les surveillaient. Les femmes étaient dans une charrette à deux roues, tirée par deux maigres canassons. Les comédiens, à pied, avaient les chaussures trouées. Ils se relayaient pour traîner une sorte de carriole transportant leurs costumes de scène, leurs instruments de musique et les décors des histoires qu’ils chanteraient sur les places. Les deux ecclésiastiques montaient des chevaux richement parés. L’Italien, que ses novices appelaient Monsignore, venu de la cour de Rome, était un chanoine régulier de la congrégation de Saint-Sauveur du Latran. Le Français, l’abbé d’un couvent bénédictin d’Avignon. Tous les novices les suivaient à pied, tirant des mulets chargés des ornements de cérémonie de leur supérieur et de denrées de première nécessité.

Sur la route qui longeait le lac, leur groupe rencontra d’autres voyageurs, et grossit démesurément. Ils allaient tous à Constance. Au bout d’une dizaine de lieues, ils étaient plus d’une centaine. Aussi loin que le regard portait, on voyait encore des gens à perte de vue.

Les voyageurs qui se joignaient à eux s’approchaient des religieux et les interrogeaient sur leur position quant à la question du Schisme, et au Concile qu’avait convoqué l’empereur Sigismond de Luxembourg.

Mikael apprit ainsi que le prêtre italien était partisan de son pape Grégoire XII, et le Français du sien, Benoît XIII.

« Deux papes ? demanda-t-il étonné à l’un des novices qui suivait le Monsignore italien.

— Deux ? répondit l’autre. Trois !

— Mais un seul est le vrai pape ! précisa l’un des novices français. Vive Benoît XIII, Oint du Seigneur ! »

Le novice italien cracha par terre. « Comment le successeur de Clément VII pourrait-il être l’Oint du Seigneur ? »

Les autres novices italiens crachèrent vers les Français.

Ces derniers ramassèrent des pierres, et en un instant ce fut la bagarre générale.

Certains cherchaient à les séparer, mais ils avaient du mal à les contenir.

Le chanoine italien et l’abbé français se lancèrent un regard de défi.

« Schismatique ! dit l’Italien.

— Usurpateur ! répondit le Français. Même le peuple romain n’accepte pas son faux pape ! »

L’Italien haussa les épaules. « Le peuple n’est pas Dieu ! s’exclama-t-il avec une moue méprisante. Le peuple est de Dieu ! Il doit se plier à la volonté de Dieu ! Et Dieu veut que son Royaume soit gouverné par Grégoire XII ! »

Un frère prêcheur qui voyageait à pied, sa robe de bure usée couverte de poussière, leva alors une simple croix de bois vers le ciel et cria d’une voix de stentor : « Repentez-vous, antéchrists ! » Il se tourna vers la foule, qui le regardait avec curiosité. « Que peuvent-ils savoir de Dieu, ces hommes de Satan qui se goinfrent de viande à la cour sans respecter le jeûne, qui boivent jusqu’à s’enivrer, qui portent des bijoux comme des princes, qui fréquentent des femmes lascives, et peuplent Avignon et Rome de leurs bâtards ? » Il regardait à l’entour, hochant gravement la tête, conscient d’avoir capté l’attention des plus humbles. « Le Concile de Pise, au nom de Dieu et du Christ, son très-saint Fils, a reconnu et élu un seul pape ! Jean XXIII ! Gloire à Dieu au plus haut des Cieux !

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