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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Antipape ! cria le chanoine romain.

— Antipape ! dit en écho l’abbé français.

— Hérétiques ! répliqua le frère prêcheur avec plus de fougue encore. Vous êtes les héritiers de Sodome et Gomorrhe ! De Babel et de sa tour emplie des péchés capitaux ! » Il s’adressa aux autres. « Regardez leurs chevaux ! Leurs habits ! Regardez leurs mulets, chargés de biens terrestres ! »

La foule commença à gronder.

« Antéchrists ! hurla le frère, les veines du cou gonflées. Regardez-les, et dites-moi si vous voyez dans leurs yeux la moindre lueur de Dieu ! »

Un petit garçon ramassa une poignée de boue qu’il lança en direction de l’abbé français, crottant sa soutane. Ce fut comme un signal. Tous ramassèrent de la boue et des pierres, visant les deux religieux qui, à la vue du danger, éperonnèrent leurs chevaux et s’enfuirent.

La voix tonnante du frère les poursuivit : « Vous n’échapperez pas à la colère et à la justice de l’empereur ! Il vous mettra sur le billot et vous punira pour vos offenses à l’égard de Dieu ! »

Les gens acclamèrent le frère comme un héros. Et, sans rien savoir du schisme ni des trois papes ni des motifs du concile, décidèrent que le vrai pape était celui du frère.

« Ça va être comme ça jusqu’au moment où un nouveau prédicateur aura le dessus et leur dira ce qu’au contraire il faut penser », murmura Volod avec consternation, en regardant la foule. Il hocha la tête puis descendit de cheval et s’approcha du frère.

« Qu’est-ce que vous savez d’un religieux nommé Jan Hus ? lui demanda-t-il. Mikael s’était placé à ses côtés. On raconte que c’est un saint homme, qu’il se bat pour la justice et la liberté… »

Le frère le foudroya du regard. « Un saint homme ? », s’exclama-t-il. Il pointa vers Volod un doigt jaunâtre aux ongles longs et noircis. « Il a été excommunié ! Comment pourrait-il être saint ?

— Qui l’a excommunié ? demanda Volod, surpris.

— L’Église !

— Quelle Église ? demanda Mikael.

— Comment ça “quelle Église”, jeune homme ? dit le frère, les yeux roulant dans leurs orbites. Il n’y a qu’une seule Église !

— Mais trois papes, répondit Mikael. Lequel des trois l’a excommunié ? »

Le frère devint écarlate. « Dieu lui-même l’a excommunié ! répondit-il.

— Personnellement ? insista Mikael.

— Ne blasphème pas.

— Je ne veux pas blasphémer, lui répliqua Mikael. Mais de la façon dont vous le dites, il semblerait que Dieu en personne a parlé pour excommunier Jan Hus.

— Fais attention, le chemin de l’hérésie est au bout de ta langue. » Le frère n’était pas à l’aise dans cette conversation.

Les gens commençaient à ricaner en le voyant en difficulté face à ce jeune garçon.

« Je ne veux rien dire de mal, mon père, continua Mikael. Je veux seulement comprendre. Et je vous le demande à vous, qui en savez certainement plus long que moi. »

Le frère devint encore plus rouge. « Dieu a parlé par l’intermédiaire de ses ministres, paysan ignorant que tu es ! s’exclama-t-il, considérant l’affaire close.

— Le pape ? insista Mikael. Dieu parle à travers le pape, c’est ce qu’on nous a enseigné.

—Évidemment que Dieu parle à travers le pape, imbécile !

— Mais lequel des trois ? », demanda Mikael, un sourire aux lèvres.

Les gens ricanèrent.

Le frère, frémissant de rage, leva son crucifix devant le visage de Mikael.

« Frère, demanda une femme, vous voulez dire que les trois papes sont d’accord pour excommunier cet homme-là ?

— Qu’est-ce qu’il a fait, ce Jan Hus ? demanda quelqu’un d’autre.

— Moi, je viens d’Allemagne, dit un troisième. Jan Hus prêchait la pauvreté de l’Église, il est contre le commerce des indulgences, la simonie, la corruption…

— Tais-toi, hérétique ! cria le frère.

— Vous allez voir, si on essaie de leur enlever la moindre pièce de monnaie de la poche, les trois papes seront tout de suite d’accord ! », dit encore un autre, en riant.

La foule commençait à grommeler.

« Que Dieu ait pitié de vos âmes ! hurla le frère.

— Et que les papes aient pitié de nos poches ! », répondit une femme en écho.

Il y eut un éclat de rire général, suivi d’autres plaisanteries contre les prêtres. Le frère marchait plus vite et leur tournait maintenant le dos. Le petit garçon qui avait lancé une poignée de boue à l’abbé français ramassa du crottin de cheval et atteignit le religieux en pleine tête, exactement sur sa tonsure.

« Voilà un chapeau digne de toi, frère ! », s’écria quelqu’un, et la foule éclata de rire à nouveau.

Le frère pressa le pas, courant presque, la croix levée au-dessus de sa tête.

« Rejoins tes compères, lui cria-t-on. Vous êtes tous de la même race ! »

Volod, un sourire amusé sur les lèvres, regarda Mikael.

« Tu vois combien de temps il a duré, ce Jean XXIII, comme seul vrai pape ? Il a suffi d’un simple paysan comme toi pour le renverser de son trône », ajouta-t-il avec une note de mélancolie dans la voix.

Beaucoup de ceux qui avaient suivi la discussion s’approchèrent de Mikael et lui tapèrent sur l’épaule en lui faisant des compliments.

« Ils te feraient pape à l’instant, s’ils pouvaient », dit Volod avec un rire, en remontant en selle. Quand Mikael fut lui aussi à cheval, il lui dit : « Un jour, tu m’as demandé comment feraient les gens de la Raühnvahl si je m’en allais. Et je t’ai répondu qu’ils chercheraient seulement un autre prince qui déciderait à leur place. Tu te souviens ?

— Non. Tu m’as dit : “Quelqu’un qui leur torcherait le cul parce qu’ils ne savent pas le faire tout seuls”, répondit Mikael, riant à son tour.

— Tu comprends maintenant ? Ce sont des moutons qui suivent le troupeau.

— Peut-être parce que ceux qui les manœuvrent sont malhonnêtes et qu’ils sentent bien qu’ils ne peuvent pas leur faire confiance, répliqua Mikael. S’ils trouvaient un chef sincère, ils le suivraient sans avoir de doutes. »

Volod le regarda, sérieux. « Tu deviendras un chef honnête. Et peut-être qu’ils te suivront. Mais pour le moment tu es juste un paysan qui fait des beaux discours. »

Mikael garda le silence. Tout lui paraissait soudain compliqué. « Mais alors, demanda-t-il une demi-lieue plus loin, c’est quoi le chemin qui mène vers la liberté ? »

Volod lui montra la ville de Constance, toute proche à présent. « Ce chemin-là est le seul que j’arrive à imaginer, avec mon esprit limité. S’il y a une réponse à nos questions, j’espère qu’on la trouvera ici. »

Mikael sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il ne savait pas si c’était de l’excitation ou de la peur.

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