Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
31
Lueurs nocturnes
Ils sortirent du restaurant en silence, plongés dans leurs pensées, jusqu’à ce que Tim Belanger pointe son doigt vers le ciel.
— Hé ! Vous ne remarquez rien ?
Tyler releva la tête.
— Le vaisseau, dit-il calmement en vérifiant sa montre. Il devrait être là, à cette heure.
Mon Dieu, songea Matt. Pour une fois, ce salaud a raison. L’affreuse lune extraterrestre était absente à l’appel.
— Doux Jésus, murmura Abby. Qu’est-ce qui va nous tomber dessus, maintenant ?
Le ciel était vide. Piqueté d’étoiles, mais vide. Plus de vaisseau, à part celui encore arrimé sur l’horizon.
La Terre était de nouveau seule. Matt avait attendu cet instant depuis si longtemps, avec un désir si intense, qu’il avait fini par ne plus y croire.
Pourtant le ciel nu du Wyoming ne laissait aucune place au doute.
Trop tard, songea-t-il avec amertume. S’ils étaient partis, c’est parce que leur tâche sur Terre était achevée.
La luminosité du second vaisseau, ledit « vaisseau humain », apparaissait froide, implacable. Sa conception, sa taille, n’appartenaient pas à la nature humaine, en dépit de ceux qui le peuplaient.
— Les Voyageurs sont partis ? demanda Abby.
— Pourquoi pas ? répondit Matt, à peine audible. Nous avons nos propres extraterrestres, maintenant.
C’était un augure qu’ils ne pouvaient interpréter, un présage trop sibyllin pour eux qui allèrent se coucher sans un mot, las des phénomènes.
Tout le monde, bientôt, dormait au plus profond de cette nuit froide de printemps.
Sauf une vieille femme et un garçon sans âge.
— William ?
Il avait les yeux grands ouverts, brillants.
— Oui ?
— Tu ne dors donc jamais ?
Il sourit.
— Quelquefois.
La pendulette digitale égrenait ses chiffres verts dans l’obscurité. 3:43. 3:44. Miriam grimaça. Une douleur nouvelle se manifestait dans son ventre.
— Les Voyageurs sont partis, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Mais tu es toujours là.
— Nous sommes toujours là.
L’humanité. Le monde contenu dans cet immense soleil sur l’horizon : le Vaisseau-Home.
— William ?
— Oui.
— Je ne t’ai jamais montré mes albums, je crois ?
— Non.
— Ça te ferait plaisir de les voir ?
Le sourire du garçon était indéchiffrable.
— Oui, Miriam. Très plaisir.
Elle descendit de son lit et tira de leur étagère les épais albums de coupures de l’Observer. Ils avaient pris la pluie pendant le cyclone et les couvertures gondolaient pitoyablement. Mais les articles, pour la plupart, étaient encore tout à fait lisibles.
William s’assit sur son matelas et feuilleta les albums, un par un.
Quelle étrange histoire ils racontaient, songea Miriam. Elle se rappelait l’angoisse qu’avait provoquée la première apparition du vaisseau dans le ciel. Mystérieux, terrifiant. L’émissaire d’un autre monde.
D’un univers bien plus étrange en réalité qu’il ne l’avait été dans les imaginations les plus débridées.
— Vous avez pris beaucoup de peine, pour ce travail, remarqua William.
— Oui. Sur le moment, ça me semblait important.
— Et plus maintenant ?
Elle s’était battue pour protéger ces albums. Mais qu’étaient-ils, en fin de compte ? Ce soir, elle ne voyait en eux que de l’encre et du papier.
— Non. Plus maintenant.
Quand il eut terminé, William les reposa à côté de lui, avec soin.
Miriam s’arma de courage pour poser LA question. Celle qu’elle ajournait depuis si longtemps. Celle qu’elle n’osait pas formuler.
Donne-moi le courage, songea-t-elle, le cœur battant. Donne-moi la force.
— William… est-il trop tard pour moi ?
Elle tremblait d’entendre sa réponse. Elle ferma les yeux. Fort.
— Non, Miriam, dit-il doucement. Il n’est pas trop tard. Pas encore.
Un chaste baiser sur les lèvres.
Les néocytes, se dit-il, se mettraient rapidement au travail en elle.
Avant que l’aube n’éclose, quand Miriam fut finalement endormie, le garçon sortit sans bruit de la caravane.
La lune, à son dernier quartier, affleurait l’horizon. Chaque souffle formait un petit nuage blanc sitôt évaporé dans la fraîcheur de la nuit ; du givre scintillait légèrement sur la surface dure du parking.
Le vaisseau avait repris sa course depuis des heures, repris sa longue errance dans les espaces inexplorés de la Galaxie. Sa présence n’était plus nécessaire. La connaissance universelle des Voyageurs avait été stockée dans le vaisseau humain qui, bientôt, commencerait son propre voyage – une fois dissipées certaines controverses.
Le V.T.T. de William était accroché à l’arrière de la caravane de Miriam. En silence, il le détacha et l’examina.
La chaîne semblait légèrement grippée par la couche de boue qui s’était déposée au cours de son voyage. Mais il n’avait pas loin à aller.
Il enfourcha le vélo et emprunta la I-80, pédalant avec toute l’énergie de son corps juvénile.
Après avoir bifurqué sur une petite route privée, il franchit une barrière ouverte et remonta vers le ranch des Connor.
Rosa, dépêche-toi. Ils seront là tout à l’heure, dès que le jour sera levé. Ne perds plus de temps, maintenant.
32
Libération
William était avec elle aux premiers rougeoiements du soleil.
Rosa était toujours allongée sur le lit. Sous l’action conjuguée du vent et du froid, la commode avait perdu son vernis, le miroir s’était terni. La grande fenêtre donnait plein sud, là où le vaisseau occupait une portion du ciel. L’aube teintait ses flancs d’une lueur vermillon.
Une déchirure fendait le cocon gris sur toute sa longueur et les deux parties de cette gousse commençaient à s’écarter l’une de l’autre. William, sans émotion apparente, regarda la forme qui palpitait à l’intérieur.
Rosa – ils vont arriver.
Alors aide-moi, dit-elle.
William s’approcha du lit et considéra le problème. Puis il empoigna les deux bords de la cosse dense et poreuse qu’il ouvrit d’un geste ferme.
Ça fait mal.
William formula quelques mots d’excuse muets.
Il n’y a plus le choix, maintenant, Rosa.
Il agrippa de nouveau le cocon et en écarta les bords jusqu’à ce qu’il se fende de l’autre côté – un petit son sec, fibreux, comme celui d’une noix que l’on brise.
Il sentit le soulagement de Rosa.
Lentement, il s’écarta afin de la laisser naître.
Le soleil était déjà haut sur l’horizon quand elle se dressa enfin sur le lit, ses grandes ailes translucides tremblant sous le courant d’air froid.
Rosa Perry Connor, dans son incarnation présente, pesait moins de sept kilos. Son corps n’était plus que la coque vide de ce qui, à une époque, avait été un organisme humain. Un organisme métamorphosé par les néocytes en quelque chose de beaucoup plus fragile et bien moins dense. Sa silhouette, rétrécie, était encore reconnaissable. Elle avait un beau visage, songea William. De grands yeux brillants.
Elle lui adressa un clin d’œil. Ses cordes vocales n’étaient plus qu’un souvenir. Ses pupilles, sous l’effet brutal de la lumière, étaient noires : de minuscules perles d’onyx. Ses ailes, moirées bleu et mauve, s’enroulaient en ellipses autour de son corps.