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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Cette princesse confirma ce que le roi son fils venait d’avancer. «Ma fille, reprit-elle en s’adressant aussi à la reine Gulnare, je suis ravie que vous soyez contente, et je n’ai rien à ajouter à ce que le roi votre frère vient de vous témoigner. Je serais la première à vous condamner, si vous n’aviez toute la reconnaissance que vous devez pour un monarque qui vous aime avec tant de passion et qui a fait de si grandes choses pour vous.»

Autant le roi de Perse, qui était dans le cabinet, avait été affligé par la crainte de perdre la reine Gulnare, autant il eut de joie de voir qu’elle était résolue de ne le pas abandonner. Comme il ne pouvait plus douter de son amour après une déclaration si authentique, il l’en aima mille fois davantage, et il se promit bien de lui en marquer sa reconnaissance par tous les endroits qu’il lui serait possible.

Pendant que le roi de Perse s’entretenait ainsi avec un plaisir incroyable, la reine Gulnare avait frappé des mains et avait commandé à des esclaves qui étaient entrées aussitôt de servir la collation. Quand elle fut servie, elle invita la reine sa mère, le roi son frère et ses parentes de s’approcher et de manger. Mais ils eurent tous la même pensée que, sans en avoir demandé la permission, ils se trouvaient dans le palais d’un puissant roi qui ne les avait jamais vus et qui ne les connaissait pas, et qu’il y aurait une grande incivilité de manger à la table sans lui. La rougeur leur en monta au visage, et de l’émotion où ils en étaient, ils jetèrent des flammes par les narines et par la bouche, avec des yeux enflammés.

Le roi de Perse fut dans une frayeur inexprimable à ce spectacle, auquel il ne s’attendait pas et dont il ignorait la cause. La reine Gulnare, qui se douta de ce qui en était et qui avait compris l’intention de ses parents, ne fit que le leur marquer en se levant de sa place, et dit qu’elle allait revenir. Elle passa au cabinet, où elle rassura le roi par sa présence. «Sire, lui dit-elle, je ne doute pas que Votre Majesté ne soit bien contente du témoignage que je viens de rendre des grandes obligations dont je lui suis redevable. Il n’a tenu qu’à moi de m’abandonner à leurs désirs et de retourner avec eux dans nos états; mais je ne suis pas capable d’une ingratitude dont je me condamnerais la première – Ah! ma reine, s’écria le roi de Perse, ne parlez pas des obligations que vous m’avez: vous ne m’en avez aucune. Je vous en ai moi-même de si grandes que jamais je ne pourrai vous en témoigner assez de reconnaissance. Je n’avais pas cru que vous m’aimassiez au point que je vois que vous m’aimez: vous venez de me le faire connaître de la manière la plus éclatante. – Eh! sire, reprit la reine Gulnare, pouvait-je en faire moins que ce que je viens de faire? Je n’en fais pas encore assez après tous les honneurs que j’ai reçus, après tant de bienfaits dont vous m’avez comblée, après tant de marques d’amour auxquelles il n’est pas possible que je sois insensible.

«Mais, sire, ajouta la reine Gulnare, laissons là ce discours pour vous assurer de l’amitié sincère dont la reine ma mère et le roi mon frère vous honorent. Ils meurent de l’envie de vous voir et de vous en assurer eux-mêmes. J’ai même pensé me faire une affaire avec eux en voulant leur donner la collation avant de leur procurer cet honneur. Je supplie donc Votre Majesté de vouloir bien entrer et de les honorer de votre présence.

«- Madame, repartit le roi de Perse, j’aurai un grand plaisir de saluer des personnes qui vous appartiennent de si près; mais ces flammes que j’ai vues sortir de leurs narines et de leurs bouches me donnent de la frayeur – Sire, répliqua la reine en riant, ces flammes ne doivent pas faire la moindre peine à Votre Majesté: elles ne signifient autre chose que leur répugnance à manger de ses biens dans son palais, qu’elle ne les honore de sa présence et ne mange avec eux.»

Le roi de Perse, rassuré par ces paroles, se leva de sa place et entra dans la chambre avec la reine Gulnare, et la reine Gulnare le présenta à la reine sa mère, au roi son frère et à ses parentes, qui se prosternèrent aussitôt la face contre terre. Le roi de Perse courut aussitôt à eux, les obligea de se relever et les embrassa l’un après l’autre. Après qu’ils se furent tous assis, le roi Saleh prit la parole: «Sire, dit-il au roi de Perse, nous ne pouvons assez témoigner notre joie à Votre Majesté de ce que la reine Gulnare, ma sœur, dans sa disgrâce, a eu le bonheur de se trouver sous la protection d’un monarque si puissant. Nous pouvons l’assurer qu’elle n’est pas indigne du haut rang où il lui a fait l’honneur de l’élever. Nous avons toujours eu une si grande amitié et tant de tendresse pour elle, que nous n’avons pu nous résoudre à l’accorder à aucun des puissants princes de la mer, qui nous l’avaient demandée en mariage avant même qu’elle fût en âge. Le ciel vous la réservait, sire, et nous ne pouvons mieux le remercier de la faveur qu’il lui a faite qu’en lui demandant d’accorder à Votre Majesté la grâce de vivre de longues années avec elle, avec toute sorte de prospérités et de satisfactions.

«- Il fallait bien, reprit le roi de Perse, que le ciel me l’eût réservée, comme vous le remarquez. En effet, la passion ardente dont je l’aime me fait connaître que je n’avais jamais rien aimé avant de l’avoir vue. Je ne puis assez témoigner de reconnaissance à la reine sa mère, ni à vous, prince, ni à votre parenté, de la générosité avec laquelle vous consentez à me recevoir dans une alliance qui m’est si glorieuse.» En achevant ces paroles, il les invita à se mettre à table et il s’y mit aussi avec la reine Gulnare. La collation achevée, le roi de Perse s’entretint avec eux bien avant dans la nuit, et, lorsqu’il fut temps de se retirer, il les conduisit lui-même chacun à l’appartement qu’il leur avait fait préparer.

Le roi de Perse régala ses illustres hôtes par des fêtes continuelles, dans lesquelles il n’oublia rien de tout ce qui pouvait faire paraître sa grandeur et sa magnificence, et insensiblement il les engagea à demeurer à la cour jusqu’aux couches de la reine. Dès qu’elle en sentit les approches, il donna ordre à ce que rien ne lui manquât de toutes les choses dont elle pouvait avoir besoin dans cette conjoncture. Elle accoucha enfin, et elle mit au monde un fils, avec une grande joie de la reine sa mère, qui l’accoucha, et qui alla présenter l’enfant au roi dès qu’il fut dans ses premières langes, qui étaient magnifiques.

Le roi de Perse reçut ce présent avec une joie qu’il est plus aisé d’imaginer que d’exprimer. Comme le visage du petit prince son fils était plein et éclatant de beauté, il ne crut pas pouvoir lui donner un nom plus convenable que celui de Beder [16]. En action de grâce au ciel, il assigna de grandes aumônes aux pauvres, il fit sortir les prisonniers hors des prisons, il donna la liberté à tous les esclaves de l’un et de l’autre sexe, et il fit distribuer de grosses sommes aux ministres et aux dévots de sa religion. Il fit aussi de grandes largesses à sa cour et au peuple, et l’on publia, par son ordre, des réjouissances de plusieurs jours par toute la ville.

Après que la reine Gulnare fut relevée de ses couches, un jour que le roi de Perse, la reine Gulnare, la reine sa mère, le roi Saleh son frère et les princesses leurs parentes, s’entretenaient ensemble dans la chambre de la reine, la nourrice y entra avec le petit prince Beder qu’elle portait entre ses bras. Le roi Saleh se leva aussitôt de sa place, courut au petit prince, et après l’avoir pris entre les bras de la nourrice dans les siens, il se mit à le baiser et à le caresser avec de grandes démonstrations de tendresse. Il fit plusieurs tours par la chambre en jouant et en le tenant en l’air entre les mains, et tout d’un coup, dans le transport de sa joie, il s’élança par une fenêtre qui était ouverte, et se plongea dans la mer avec le prince.

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[16] Pleine lune, en arabe. (Galland.)

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