Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Je te parlerai selon tes coutumes et les lignes de pente de ton c�ur. Et mes dons seront signification des choses, et route lue � travers, et soif qui engage sur la route. Et moi le roi, je te ferai don du seul rosier qui te puisse augmenter car j'en exigerai la rose. D�s lors voil� construit pour toi l'escalier vers ta d�livrance. Tu seras d'abord piocheur de terre, b�cheur de terre, et tu te l�veras matin pour arroser. Et tu surveilleras ton �uvre et la prot�geras contre les vers et les chenilles. Puis te sera path�tique le bouton qui s'en ouvrira, et viendra la f�te, la rose �close, qui sera pour toi de la cueillir. Et l'ayant cueillie, de me la tendre. Je la recevrai de tes mains et tu attendras. Tu n'avais que faire d'une rose. Tu l'as �chang�e contre mon sourire� et te voil� qui retournes vers ta maison, ensoleill� par le sourire de ton roi.
CLXXXVI
Ceux-l� n'ont point le sens du temps. Ils veulent cueillir des fleurs, lesquelles ne sont point devenues: et il n'est point de fleurs. Ou bien ils en trouvent une �close ailleurs, laquelle n'est point pour eux aboutissement du c�r�monial du rosier, mais ni plus ni moins qu'objet de bazar. Et quel plaisir leur procurerait-elle?
Moi, je m'achemine vers le jardin. Il laisse dans le vent le sillage d'un navire charg� de citrons doux, ou d'une caravane pour les mandarines, ou encore de l'�le � gagner qui embaume la mer.
J'ai re�u non une provision mais une promesse. Il en est du jardin comme de la colonie � conqu�rir ou de l'�pouse non encore poss�d�e mais qui ploie dans les bras. Le jardin s'offre � moi. Il est, derri�re le petit mur, une patrie de mandariniers et de citronniers o� sera re�ue ma promenade. Cependant nul n'habite en permanence ni l'odeur des citronniers, ni celle des mandariniers, ni le sourire. Pour moi qui sais, tout conserve une signification. J'attends l'heure du jardin ou de l'�pouse.
Ceux-l� ne savent point attendre et ne comprendront aucun po�me, car leur est ennemi le temps qui r�pare le d�sir, habille la fleur ou m�rit le fruit. Ils cherchent � tirer leur plaisir des objets, quand il ne se tire que de la route qui se lit au travers. Moi je vais, je vais, et je vais. Et quand me voici dans le jardin qui m'est une patrie d'odeurs, je m'assieds sur le banc. Je regarde. Il est des feuilles qui s'envolent et des fleurs qui se fanent. Je sens tout qui meurt et se recompose. Je n'en �prouve point de deuil. Je suis vigilance, comme en haute mer. Non patience, car il ne s'agit point d'un but, le plaisir �tant de la marche. Nous allons, mon jardin et moi, des fleurs vers les fruits. Mais � travers les fruits vers les graines. Et � travers les graines vers les fleurs de l'ann�e prochaine. Je ne me trompe point sur les objets. Ils ne sont jamais qu'objets d'un culte. Je touche aux instruments du c�r�monial et leur trouve couleur de pri�re. Mais ceux-l� qui ignorent le temps butent contre. L'enfant lui-m�me leur devient un objet qu'ils ne saisissent point dans sa perfection (car il est chemin pour un Dieu que l'on ne saurait retenir). Ils le voudraient fixer dans sa gr�ce enfantine comme s'il �tait des provisions. Mais moi, si je croise un enfant, je le vois qui tente un sourire et qui rougit et cherche � fuir. Je connais ce qui le d�chire. Et je pose la main sur son front, comme pour calmer la mer.
Ceux-l� te disent: �Je suis celui-ci. Tel ou tel. Je poss�de ceci ou cela.� Ils ne te disent point: �Je suis scieur de planches, je suis passage de l'arbre en voie de devenir mari� pour la mer. Je suis en marche d'une f�te vers l'autre. P�re devenu et � devenir, car est f�conde mon �pouse. Je suis jardinier pour printemps car il use de moi, de ma b�che et de mon r�teau. Je suis celui qui vais vers.� Car ceux-l� ne vont nulle part. Et la mort ne leur sera point port pour navire.
Ceux-l� dans la famine te diront: �Je ne mange point. Mon ventre se fatigue. Et d'entendre mes voisins eux-m�mes parler des fatigues de leur ventre, j'en ai l'�me aussi qui se fatigue.� Car ils ne connaissent point, de la souffrance, qu'elle est marche vers une gu�rison, ou arrachement d'avec les morts, ou signe d'une mue n�cessaire, ou appel path�tique vers la solution d'un litige. Il n'est pour eux ni mue, ni solution, ni gu�rison promise, ni deuil. Mais le seul inconfort de l'instant qui est de souffrance. De m�me que, quand il est de joie, la maigre joie que tu puisses tirer de l'instant, comme de satisfaire tes app�tits ou ton d�sir, est la seule que tu saches go�ter, et non celle qui vaut pour l'homme, laquelle te vient de te reconna�tre tout � coup comme chemin, v�hicule et charroi pour le conducteur des conducteurs.
La signification de la caravane ne se lit point dans les pas monotones qui, l'un apr�s l'autre, se ressemblent. Mais si tu tires sur la corde pour serrer tel n�ud qui se d�noue, si tu exhortes les tra�nards, si tu pr�pares le campement nocturne, si tu verses � boire � tes b�tes, te voil� entr� d�j� dans les rites du c�r�monial de l'amour, ni plus ni moins que, plus loin, de p�n�trer sous la palmeraie, quand la couronne de l'oasis t'aura clos ton voyage, ni plus ni moins que de d�ambuler d�j� dans la ville dont d'abord ne t'appara�-tront que les murs bas des quartiers pauvres, cependant rayonnants d�j� de ce qu'ils sont de la ville o� r�gne ton dieu.
Car il n'est point de distance o� ton dieu se fatigue de r�gner. Et d'abord tu le reconnais dans les silex et dans les ronces. Ils sont objets du culte et mat�riaux de son �l�vation. Ni plus ni moins que les marches de l'escalier qui m�ne � la chambre de l'�pouse. Ni plus ni moins que les mots quelconques pour le po�me. Ils sont ingr�dients de ta magie, car, de suer contre ou de t'y �corcher les genoux, tu pr�pares l'apparition de la ville. Tu trouves d�j� qu'ils lui ressemblent, � la fa�on dont le fruit ressemble au soleil, ou les empreintes dans la glaise � quelque mouvement du c�ur du sculpteur qui l'aura p�trie. Tu connais d�j� qu'au trenti�me jour tes silex livreront leur marbre, tes chardons leurs ros�s, ton aridit� ses fontaines. Comment te lasserais-tu de ta cr�ation puisque tu connais que, de pas en pas, tu construis ta ville? Moi, j'ai toujours dit � mes chameliers, quand ils semblaient las, qu'ils b�tissaient une ville aux citernes bleues et qu'ils plantaient des mandariniers � mandarines, ni plus ni moins que des charrieurs de pierres ou des jardiniers. Je leur disais: �Vous faites des gestes de c�r�monie. Vous commencez de r�veiller la ville absente. A travers vos mat�riaux vous sculptez dans leur gr�ce les filles tendres. C'est pourquoi vos silex et vos ronces ont d�j� parfum de chair bien-aim�e.�
Mais les autres lisent l'usuel. Myopes et le nez contre, ils ne voient du navire que ce clou dans la planche. De la caravane dans le d�sert ils ne voient que ce pas et ce pas et ce pas. Et toute femme leur est prostitu�e, car ils se l'accordent comme cadeau et signification de l'instant, alors qu'il e�t fallu l'atteindre par la voie des silex et des ronces, par l'approche des palmeraies, par le geste du doigt qui heurte doucement la porte. Lequel, quand on vient de si loin, est miracle pour r�veil d'un mort.
Ah! alors seulement elle te sera �close et ranim�e de la poussi�re du temps, extraite lentement de tes nuits solitaires, parfum qui vient de se d�livrer, jeunesse du monde une fois encore pour toi-m�me recommenc�e. Et commencera pour vous l'amour. Ceux-l� seuls ont re�u quelque r�compense des gazelles qui les ont lentement apprivois�es.