Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Hélas, nous n’avons pas d’enfants qui m’auraient contrainte à rester ; et je suis une bien grande pécheresse. » Tamberly n’avait pu retenir sa repartie.
Est-ce une lueur d’espoir que je vois dans ses yeux ? » Je ne puis le croire, ma dame, rétorqua Lorenzo. L’humilité est sûrement à compter au nombre élevé de vos vertus. » Sans doute se rendit-il compte qu’il allait un peu vite en besogne, car il se retourna vers Volstrup et reprit un air grave. « Un fils cadet. Je ne vous comprends que trop bien, sire. C’est aussi mon cas. Mais j’ai pris l’épée et ai acquis quelque renommée.
— Les hommes d’armes envoyés par votre père nous ont vanté votre vaillance au combat », répliqua le Patrouilleur. C’était la pure vérité. « Nous aimerions en entendre davantage.
— Ah ! une vaillance bien mal récompensée. Il y a deux ans, Roger de Sicile a remporté une victoire totale, imposant un traité valable sept ans et sans doute plus durable encore – tant que ce diable continuera à souiller ce bas monde, j’en ai peur –, et il profite aujourd’hui de la paix et de son butin. » Lorenzo s’ébroua comme pour chasser l’amertume de son corps. « Enfin, une plus noble cause nous appelle, une cause bénie entre toutes. Que vous importent ces vieilles histoires de la guerre contre Roger ? Dites-moi comment sont les choses aujourd’hui à Jérusalem ! »
Ils s’étaient promenés dans la demeure tout en conversant, pour arriver dans une pièce avec des tonnelets sur les étagères et des carafes sur la table. Lorenzo rayonna. « Nous y voilà, mes amis. Veuillez vous asseoir. » Il conduisit Tamberly devant un banc en faisant moult manières puis passa la tête par une porte pour appeler un domestique. Lorsque apparut un jeune garçon, il lui demanda de leur servir du pain, du fromage, des olives et des fruits. Mais ce fut lui-même qui remplit leurs gobelets de vin.
« Vous êtes trop aimable, gentil sire », lui dit Tamberly. Trop aimable pour ton bien. Je sais ce que tu mijotes, et la veille de ton mariage ou presque !
« Non, c’est vous dont la présence est une bénédiction, insista-t-il. Cela fait deux années que je me languis ici. Votre arrivée, et celle des nouvelles que vous apportez, c’est comme une brise venue de la mer.
— Oui, j’imagine qu’on doit souffrir de l’inaction après avoir mené une vie aventureuse comme la vôtre, acquiesça Volstrup. Euh… nous avons entendu parler de vos hauts faits à Rignano, lorsque le duc Rainulf a semé la déroute dans les troupes siciliennes. N’est-ce pas à un miracle que vous devez d’avoir eu la vie sauve ce jour-là ? »
Lorenzo se renfrogna une nouvelle fois. « Une victoire qui s’est révélée vaine, car nous avons échoué à capturer Roger. Pourquoi réveiller ce souvenir ?
— Oh ! mais il me tardait tellement d’entendre cette histoire de la bouche même de son héros, plutôt que de me contenter de simples rumeurs », roucoula Tamberly.
Lorenzo se rengorgea. « Vraiment ? Eh bien, à dire vrai, je ne me suis guère couvert de gloire. Lorsque l’ennemi a lancé sa charge, j’ai tenté une attaque sur son flanc gauche. Quelqu’un a dû me frapper par-derrière au cours de l’escarmouche, car, lorsque j’ai repris connaissance, j’avais les bras passés autour de l’encolure de mon étalon et notre attaque avait échoué. Le plus curieux dans l’histoire, c’est que je ne sois pas tombé de selle ; mais quand on a passé sa vie à cheval, le corps sait prendre soin de lui-même si l’esprit n’est plus là pour le guider. Et le coup que j’ai reçu ne devait pas être très violent, car je n’avais aucune migraine à mon réveil et j’ai pu à nouveau me jeter dans la mêlée. Et maintenant, parlez-moi un peu de vos voyages.
— Je présume que c’est la situation militaire qui vous intéresse au premier chef, dit Volstrup, mais, comme je vous l’ai dit, je n’ai rien d’un foudre de guerre. Toutefois, ce que j’ai vu et entendu ne me pousse guère à me réjouir, hélas ! »
Lorenzo l’écouta avec attention. Ses fréquentes questions montraient qu’il était bien informé. Pendant ce temps, Tamberly passa en revue tout ce qu’on lui avait inculqué.
En 1099, la première croisade avait accompli son objectif, au prix d’un massacre de civils qui aurait fait la fierté de Gengis Khan, et les conquérants s’étaient installés dans leur domaine. Ils y avaient fondé un chapelet de fiefs allant de la Palestine à ce qui correspondait à son époque au sud de la Turquie : le royaume de Jérusalem, le comté de Tripoli, la principauté d’Antioche, le comté d’Édesse. Petit à petit, ils tombèrent sous l’influence culturelle de leurs sujets. Rien à voir avec les Normands de Sicile, qui s’étaient bonifiés au contact des Arabes les plus civilisés ; on eût dit que les croisés et leurs descendants adoptaient les aspects les plus malsains de la société musulmane. Ils s’affaiblirent peu à peu et, en 1144, l’émir de Mossoul reconquérait Édesse et son fils Nur al-Din marchait sur Jérusalem. Le roi chrétien de cette ville lança alors un appel à l’aide. Bernard de Clairvaux prêcha une nouvelle croisade et le pape Eugène la proclama. Le jour de Pâques de cette année 1146, Louis VII le Jeune, roi de France, avait « pris la croix », faisant vœu de conduire cette expédition.
« Dès le début, j’ai souhaité partir en croisade, expliqua Lorenzo, mais nous autres, Italiens, nous sommes toujours montrés indécis dans ce genre d’entreprise, à notre grande honte. A quoi bon mettre mon épée au service de ces Français qui nous méprisent ? Et puis, père avait arrangé mon mariage avec dame Ilaria. C’est un très bon parti, presque trop bon pour un soldat qui n’a plus un sou vaillant ou presque. Je ne puis l’abandonner tant qu’il n’a pas consolidé sa maison, et je sais qu’il souhaite un petit-fils légitime pour éclairer ses vieux jours. »
Mais comme ces yeux d’épervier se languissent du combat ! se dit Tamberly. A sa façon, c’est un homme bon, et très certainement honorable. Doublé d’un soldat courageux et d’un tacticien doué, semble-t-il. Ouais, je parierais que c’est sa conduite en temps de guerre qui a conquis le cœur du papa d’Ilaria. Ça laisse espérer un joli butin au cas où il arriverait à partir pour la Palestine. Et si Lorenzo souhaite courir le guilledou avant la noce, eh bien, n’oublions pas que son mariage est un mariage de convenance, et je parierais qu’Ilaria n’a rien d’une beauté fatale. En plus, si j’en crois les notions que m’a inculquées la Patrouille, le fait que ces gens soient fort dévots ne les empêche pas d’avoir des mœurs plutôt libres en matière de sexualité. Les hommes comme les femmes, à condition de procéder dans la discrétion. Sans parler des gays, bien que la loi les condamne invariablement à la corde ou au bûcher. Ça ne te rappelle rien, jeune Californienne ?
« Et voilà que l’abbé prêche maintenant parmi les Germains, reprit Lorenzo de sa voix de stentor. J’entends dire qu’il a l’oreille du roi Conrad. Celui-ci a prouvé sa vaillance aux côtés de l’empereur Lothaire il y a dix ans, quand il est venu nous aider à affronter Roger. Je suis sûr qu’il prendra la croix, lui aussi. »
C’est ce qu’il ferait, en effet, à la fin de l’année. Abstraction faite de ses possessions transalpines, le Saint Empire avait des alliés dans toute l’Italie. (À noter que Conrad rencontrerait tellement de problèmes avec sa turbulente noblesse qu’il n’aurait jamais le loisir de se faire couronner empereur, mais ce n’était là qu’un détail.) Lorenzo recruterait sans peine des camarades prêts à rallier sa bannière et prendrait sans doute la tête d’une unité. Quand viendrait l’automne 1147, Conrad entamerait sa marche vers le sud en passant par la Hongrie. Lorenzo aurait amplement le temps d’engrosser son Ilaria, qui donnerait naissance à un enfant destiné à ne jamais devenir Grégoire IX…