Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Conformément au plan imaginé par Everard, ils devaient commencer par entrer en contact avec les Conti. Ils auraient besoin pour cela de s’introduire dans l’aristocratie et, grâce à son séjour auprès de Lorenzo en 1138 – un séjour qui n’avait jamais eu lieu pour ce dernier mais qui était resté gravé dans le cerveau du Patrouilleur –, il en avait beaucoup appris sur sa famille. Les deux hommes s’étaient liés d’amitié et avaient parlé de quantité de choses. C’est ainsi qu’Everard avait appris l’existence de lointains cousins flamands. Une excellente ouverture, semblait-il. De même, le nom de Jérusalem lui avait ouvert bien des portes, alors pourquoi ne pas récidiver dans ce sens ?
Peut-il exister une autre Ilaria di Gaetani ? Emil et moi avons évoqué cette hypothèse. Non, c’est trop improbable. Nous devrons le vérifier, mais ma religion est faite. Et je n’arrive pas à croire que c’est par l’effet d’une coïncidence que Lorenzo est à nouveau le pivot de l’histoire. C’est la main de la Destinée que tu tiens là, ma fille.
Il la lâcha, avec une lenteur qui se prêtait à toutes sortes d’interprétations, sans pouvoir cependant être jugée grossière. Pas le moins du monde. « Voilà une occasion de se réjouir, conclut-il. Je ne doute point que votre compagnie m’apporte grand plaisir. »
Est-ce le rouge que je sens monter à mes joues ? C’est ridicule ! Tamberly fouilla sa mémoire en quête des notions de politesse locale qu’on lui avait inculquées. Celles-ci étaient limitées, mais elle conclut de leur examen qu’une certaine gaucherie ne surprendrait personne de la part d’une jeune Flamande. « Allons, allons, sire », répondit-elle. Comme il lui était facile de sourire à cet homme ! « Vous avez sûrement mieux à faire, vous qui vous mariez bientôt.
— Certes, il me tarde de voir ma promise, rétorqua Lorenzo comme s’il récitait une leçon. Toutefois…» Il haussa les épaules, ouvrit les bras et leva les yeux au ciel.
« Le futur époux ne fait hélas que gêner ceux qui préparent la cérémonie, renchérit Cencio avec un petit rire. Et comme je suis veuf, je vois mes tâches redoublées, tant il importe que rien dans ces festivités ne soit préjudiciable à l’honneur de notre famille. » Il marqua une pause. « Étant donné les circonstances présentes, autant vouloir accomplir l’un des travaux d’Hercule. Et d’ailleurs, je me vois contraint de vous quitter précisément pour retourner à mes devoirs. Il sera difficile de nous faire livrer de la viande fraîche de qualité. Je vous laisse aux bons soins de mon fils, en espérant pouvoir dès ce soir boire et bavarder en votre compagnie. » Il s’en fut après les salutations d’usage.
Lorenzo arqua un sourcil. « A ce propos, s’il n’est pas trop tôt pour vous, désirez-vous boire quelque chose ou bien êtes-vous fatigués par la route ? Dans quelques minutes, les serviteurs auront porté vos bagages dans vos appartements et préparé ceux-ci. Vous pouvez vous reposer un peu si vous le souhaitez. »
L’occasion est trop belle pour la laisser passer. « Oh ! non merci, sire, répondit Tamberly. Nous avons passé une excellente nuit dans une auberge des environs. Des rafraîchissements et un peu de conversation, voilà qui serait délicieux. »
Était-il un peu déconcerté par son audace ? Faisant preuve d’un tact certain, il se tourna vers Volstrup, qui lui assura : « C’est ma foi vrai, à condition que nous n’abusions pas de votre patience.
— Bien au contraire, leur assura Lorenzo. Venez, je vais vous faire visiter le domaine. Mais ne vous attendez pas à des merveilles. Ceci n’est que notre maison de campagne. À Rome…» Un soudain rictus. « Mais vous avez vu Rome. »
Volstrup réagit au quart de tour. « Oui. C’est horrible. Ils sont allés jusqu’à frapper les pèlerins d’une taxe. »
L’année précédente, sous l’impulsion du moine puritain Arnaud de Brescia, la cité s’était affranchie de toute autorité, ecclésiastique comme séculière, pour devenir une république indépendante. À peine élu, le pape Eugène III avait dû prendre la fuite, ne revenant que le temps de proclamer la deuxième croisade avant de se faire chasser une nouvelle fois. La plupart des aristocrates avaient quitté la ville. Il faudrait attendre 1155 pour voir la république s’effondrer et Arnaud finir sur le bûcher. (À moins que, dans cette nouvelle histoire…) « Vous avez donc débarqué à Ostie ?
— Si fait, puis nous avons gagné Rome, pour y visiter les lieux saints. » Entre autres choses. Comme il était étrange de voir ces reliques de la grandeur passée entourées de mendiants, de taudis, de feux de camp et d’enclos à bestiaux. Pour mieux asseoir leur identité, ils avaient joué les touristes pendant plusieurs jours après qu’un véhicule de la Patrouille les avait déposés dans le port.
Tamberly sentait reposer sur sa gorge le médaillon qui faisait office de radio. Elle était rassurée de savoir qu’un agent se tenait sur le qui-vive non loin de là. Certes, il ne restait pas à l’écoute en permanence, car cela aurait épuisé les batteries. Et si jamais ils l’appelaient à l’aide, il ne surgirait pas instantanément. Il n’était pas question d’affecter des événements qui n’avaient peut-être pas encore altéré leur cours. Mais il trouverait certainement un moyen de les tirer d’affaire en cas de besoin.
Mais nous ne courons aucun danger. Ces gens sont fort courtois. Et tout à fait fascinants. D’accord, notre mission est vitale, mais pourquoi ne pas profiter de ce séjour comme il le mérite ?
Lorenzo attira leur attention sur les fresques. C’étaient des représentations naïves mais vivantes des dieux de l’Olympe, et il partagea avec eux l’admiration qu’elles lui inspiraient, tout en leur assurant que ses sentiments n’avaient rien de païen. Dommage qu’il ne soit pas né durant la Renaissance. Il aurait été plus à sa place à cette époque. Ces fresques relevaient d’une mode relativement récente. « Dans le Nord, nous préférons les tapisseries, fit remarquer Volstrup, mais nous en avons aussi besoin pour nous protéger de la froidure hivernale.
— C’est ce que j’ai entendu dire. Ah ! si je pouvais un jour voir votre pays par moi-même – voir dans son entier ce monde merveilleux, la Création, l’œuvre de Dieu ! » Soupir. « Comment se fait-il que vous connaissiez une langue italienne, votre épouse et vous ? »
Eh bien, voilà. La Patrouille dispose d’un gadget qui…
« Pour ma part, j’ai déjà eu à commercer avec des Lombards, répondit Volstrup. Bien qu’issu d’une noble maison et n’ayant pas été destiné au négoce, je suis un fils cadet et dois gagner ma subsistance par mes propres moyens ; comme vous le voyez, je ne suis guère fait pour la carrière des armes, et mon caractère se serait mal accommodé d’une vie au service de l’Église. Ainsi donc, j’ai pris en main la gestion de certaines propriétés familiales, notamment un domaine sis en Rhétie. » Le choix de cette région obscure était délibéré. « Quant à mon épouse, nous avons entamé notre pèlerinage par un voyage terrestre qui nous a conduits jusqu’à Bari. » Si primitives et dangereuses fussent les routes, un voyage par mer eût été plus périlleux encore. « Comme elle désirait pouvoir s’entretenir avec les gens que nous serions amenés à rencontrer, j’ai engagé un précepteur lombard pour nous accompagner ; et une fois embarqués, nous avons parlé italien dans l’intimité sachant que nous traverserions votre contrée au retour.
— Il est aussi rare qu’admirable de trouver une femme douée d’un tel esprit. Tout aussi rare de la voir s’embarquer pour un si long voyage alors que, dans son pays, elle n’a pu manquer de susciter l’émoi des jeunes hommes et l’inspiration des poètes.