Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Nous allons l’écouter de votre propre bouche, dit Everard. Nous n’avons pas de temps propre à perdre. A en juger par ce que vous avez déjà transmis, vous avez déniché un indice plus prometteur que tous les autres, mais j’ignore encore sa nature exacte. Je vous écoute. »
La main de Volstrup tremblait un peu lorsqu’il porta son gobelet à ses lèvres. « C’est pourtant clair, répondit-il. Le pape Célestin IV a succédé directement à Honorius III.
— Ça crève les yeux, en effet, repartit Everard. Mais, si j’ai bien compris, vous avez une explication à nous proposer. »
Tamberly s’agita sur son tabouret. « Excuse-moi, mais je ne suis pas encore arrivée à faire le tri dans tous ces noms et toutes ces dates. En me concentrant un peu, je parviens à les remettre dans l’ordre, mais leur signification demeure encore obscure. Tu pourrais éclairer un peu ma lanterne ? »
Everard lui étreignit brièvement la main – peut-être que ça le rassurait encore plus qu’elle – et avala une gorgée de vin à son tour. « Vous y arriverez mieux que moi », dit-il à Volstrup.
A mesure qu’il avançait dans sa démonstration, le petit homme reprenait vigueur et assurance. L’histoire était sa passion, après tout.
« Permettez-moi de commencer par le moment présent. Les événements semblent se dérouler comme ils le devraient, de façon sans doute identique, pendant les décennies suivantes. En 1194, l’empereur germanique Henri VI acquiert la Sicile par son mariage, et aussi grâce à sa puissance militaire. Cette même année voit la naissance de Frédéric II, son fils et héritier. Innocent III est élu pape en 1198. C’est l’un des hommes les plus énergiques à s’asseoir sur le trône de saint Pierre – et aussi l’un des plus sinistres, bien que cela ne soit pas entièrement de sa faute. On écrira de lui qu’il aura eu l’honneur de présider à la destruction de trois civilisations. Car c’est pendant son règne que la quatrième croisade s’empare de Constantinople ; et même si l’Empire byzantin retrouve par la suite un souverain grec de confession orthodoxe, ce n’est plus qu’une coquille vide. C’est ce pape qui proclamera la croisade contre les albigeois, laquelle sonnera le glas de la brillante culture née en Provence. Le long conflit qui l’oppose à Frédéric II, dit lutte du Sacerdoce et de l’Empire, sera fatal à la société normando-sicilienne, si diverse et si tolérante, au cœur de laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.
» Il décède en 1216. Son successeur, Honorius III, est aussi énergique et décidé que lui. Il poursuit la lutte contre le catharisme, se montre actif en politique dans tous les domaines et semble en mesure de parvenir à un accord avec Frédéric. Mais cet accord tremble déjà sur ses bases lorsque Honorius meurt en 1227.
» Grégoire IX aurait dû lui succéder et régner jusqu’en 1241. Cette année-là aurait vu l’élection et le décès de Célestin IV, qui n’eut même pas le temps d’être intronisé. Aurait alors suivi Innocent IV, qui reprend de plus belle la lutte contre Frédéric.
» Sauf que Grégoire brille par son absence. Célestin succède tout de suite à Honorius. C’est un homme faible, les anti Impérialistes se voient privés de chef et Frédéric connaît un triomphe absolu. Le pontife suivant n’est que sa marionnette. »
Volstrup s’humecta le gosier une nouvelle fois. Le vent sanglotait au-dehors.
« Je vois, murmura Tamberly. Oui, ça met en perspective tout ce que j’ai pu ingurgiter. Donc, ce pape Grégoire est le chaînon manquant ?
— C’est évident, enchaîna Everard. Dans notre histoire, il n’a pas mis fin au conflit avec Frédéric mais l’a prolongé pendant quatorze ans sans jamais céder un pouce de terrain, et là est toute la différence. Un dur à cuire, ce pape. C’est lui qui crée l’Inquisition.
— Disons plutôt : qui l’institutionnalise », rectifia Volstrup d’un ton professoral. L’habitude reprit le dessus et il repassa au passé composé. « C’est au XIIIe siècle que la société médiévale a perdu la liberté, la tolérance et la mobilité sociale qui la caractérisaient jusque-là. On s’est mis à brûler les hérétiques, à parquer les juifs dans des ghettos, quand on ne se contentait pas de les expulser ou de les massacrer, et à réprimer les paysans qui revendiquaient des droits supplémentaires. Et cependant… cette histoire est la nôtre.
— Et elle a conduit à la Renaissance, ajouta vivement Everard. Ça m’étonnerait que le monde qui s’annonce soit préférable.
Mais vous… vous avez suivi ce qui est arrivé… ce qui va arriver… au pape Grégoire ?
— Je n’ai à vous offrir que des indices et des déductions, précisa Volstrup.
— Eh bien, allez-y, bon sang ! »
Volstrup se tourna vers Tamberly. Elle est nettement plus décorative que moi, songea Everard. Mais ce fut à tous deux que Volstrup s’adressa.
« Les chroniques ne sont guère disertes sur ses origines. Il avait déjà un âge avancé lors de son élection et il a vécu très vieux sans rien perdre de sa vigueur. Mais on ignore sa date de naissance. Les estimations faites par la suite ne donnent qu’une fourchette de vingt-cinq ans. La Patrouille n’a malheureusement pas jugé utile de déterminer une date plus précise. Sans doute que personne – moi y compris – n’a jugé que c’était important.
» Nous connaissons son nom de baptême, à savoir Ugolino Conti de Segni, et nous savons qu’il était noble, originaire d’Anagni et probablement apparenté à Innocent III. »
Conti ! répéta mentalement Everard en sursautant. Anagni !
« Qu’y a-t-il, Manse ? demanda Tamberly.
— Une idée, marmonna le Patrouilleur. Continuez, je vous en prie. »
Volstrup haussa les épaules. « Eh bien, j’ai pensé que nous pourrions commencer par déterminer ses origines, et j’ai lancé une série de requêtes dans ce sens. Personne n’a pu identifier un tel individu. Par conséquent, il n’a sans doute jamais vu le jour dans ce nouveau monde. Mais mon intervention a eu pour effet d’évoquer un vague souvenir à l’un des agents que j’avais contactés. Cet agent doit travailler durant le règne de Grégoire IX. Il se trouvait en congé dans le lointain passé et… Bref, avec l’aide du rafraîchissement mnémonique, il a retrouvé l’année de naissance de Grégoire ainsi que sa parentèle. Notre pape est né à Anagni en 1147, ce qui correspond aux suppositions de certains historiens. Il a donc vécu plus de quatre-vingt-dix ans. Son père se prénommait Bartolommeo, et sa mère, Ilaria de son prénom, appartenait à la famille Gaetano. » Il marqua une pause. « C’est tout ce que j’ai à vous proposer. Vous vous êtes déplacés pour pas grand-chose, j’en ai peur. »
Everard fixa les ombres qui envahissaient la pièce. La pluie coulait en sifflant sur les murs au-dehors. La froidure s’insinuait à travers les vêtements. « Non, souffla-t-il, je crois que vous avez tapé dans le mille, bien au contraire. »
Il s’ébroua. « Nous devons en apprendre davantage. Découvrir ce qui s’est passé. Par conséquent, il nous faut un ou deux agents capables de s’introduire sur la scène. Je m’y attendais et j’ai pensé à vous, tout en ignorant jusqu’ici où et quand nous devions dépêcher des éclaireurs. Ceux-ci doivent accomplir leur mission sans courir le moindre danger. Ça devrait être possible. Et j’ai bien peur…» Oh ! comme je le redoute ! «… que vous soyez les candidats les mieux placés, tous les deux.