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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Olivier travaille d’arrache-pied et son père va se distraire à Angers en assistant aux préparatifs du départ du 59e Tour de France cycliste. Il se promène dans le vaste hall de la foire-exposition où sont installés les services officiels, s’arrête dans la salle de presse, dans l’atelier des mécaniciens, dans « le local où les coureurs viennent subir la visite médicale. Là, il y croise Félix Lévitan, le patron du Tour, auquel il dit : “Il y a longtemps que je m’étais promis de voir le Tour de près. C’est une organisation vraiment extraordinaire et cela me donne envie de suivre une étape.” “Qu’à cela ne tienne, lui répond Lévitan, vous êtes d’ores et déjà notre invité pour le Tour 1973.” En attendant, Louis de Funès peut déjà se mettre en maillot jaune. Les organisateurs lui en ont offert un, le premier du Tour 1972  », conclut le journaliste du Parisien libéré[516] présent sur place. Louis musarde pendant qu’Olivier pédale sur sa « machine » à mémoriser son texte et à se montrer digne de la confiance de son père car, dit-il, « je ne peux me résoudre à une performance moyenne. La pièce en souffrirait et les spectateurs me jugeraient définitivement. Ce serait un échec. Il faut être bon[517] ».

À l’occasion de fréquents séjours à Paris, Louis écoute religieusement Gérard Oury lui narrer les tribulations de ce catholique contraint de vivre en compagnie de trois rabbins. Si Oury envisageait au commencement de tourner son film à New York, Tel-Aviv, en Jamaïque et à Paris, il en a rapidement abandonné l’idée pour d’évidentes questions budgétaires imposées par Alain Poiré. Épaulé par Danièle Thompson et le rabbin Josy Eisenberg[518], il a troussé un scénario basé sur l’affaire Ben Barka qui secoua l’opinion publique dans les années soixante. Cet opposant socialiste marocain enlevé devant la brasserie Lipp, le 29 octobre 1965, par des policiers français aidés de truands a mystérieusement disparu, son corps, s’il a été exécuté, n’ayant jamais été retrouvé. Sur cette base, Oury n’entend nullement faire un film à vocation politique. Il souhaite seulement se servir de ce « fait divers » pour entraîner son héros, un industriel parisien, dans une aventure le plongeant dans les milieux juifs ashkénazes de Paris et aux prises avec de dangereux activistes d’un pays arabe. Le tout sous la forme d’une comédie. Ce concept audacieux ne manque pas d’en inquiéter certains qui lui conseillent de ne pas se lancer dans cette entreprise. « Vous délirez ! Alors qu’à chaque instant le Proche-Orient risque de s’embraser à nouveau. Et de Funès bourgeois français raciste, xénophobe, antisémite, déguisé en rabbin orthodoxe, avec barbe et papillotes, lancé dans une affaire de prise d’otages ! Les Arabes le prendront mal, les Juifs encore plus ! Vous voulez prouver quoi ? » ne cesse-t-on de lui seriner. Oury ne veut rien prouver, il veut simplement distraire. Il souhaite encore réunir autour de Louis de Funès une distribution originale, confiant ce soin à l’imprésario Margot Capelier qui lui propose d’engager deux « légendes du cinéma français » : Suzy Delair et Marcel Dalio. Elle va chercher au Café de la Gare, animé par Romain Bouteille, les jeunes et peu expérimentés Henri Guybet et Miou-Miou auxquels viennent s’ajouter Claude Giraud, Denise Provence, Mike Marshall, Claude Piéplu, André Falcon… Un casting approuvé par Louis de Funès qui suit pas à pas l’évolution de cette histoire où, afin d’échapper à des terroristes, il prend l’identité d’un vrai rabbin arrivé des États-Unis pour marier sa fille. Il sait trop le soin apporté par Oury dans la finalisation des dialogues et situations burlesques pour le laisser œuvrer à sa guise sans intervenir avant que tout soit bouclé. Cela ne l’empêche pas d’étudier la proposition de Michel Audiard d’adapter le roman de René Fallet, Le Braconnier de Dieu, mais, explique-t-il, « je l’ai déjà prévenu. Je suis devenu plus prudent qu’avant. […] Je ne donne mon accord qu’avec la livraison du manuscrit complet. Quand Jean Anouilh propose une pièce à un comédien, il lui donne un texte de trois cents pages. J’en demande autant au cinéma[519] ». Cette collaboration Audiard-de Funès n’aura finalement pas de suite[520].

Le 15 septembre, sur les planches du Théâtre du Palais-Royal sonne l’heure de vérité pour Olivier de Funès. La trouille au ventre, après avoir une dernière fois répété quelques passages du texte avec son père dans le foyer, Louis « me pousse sur scène, raconte Olivier de Funès[521]. Je suis comme un parachutiste que l’on précipite dans le vide. […] Je ne sais pas si je joue bien ou mal, mais à ses yeux, je lis une approbation lorsque je trouve le mot juste. Je l’entends presque me dire : “Là, c’est très bien ! Continue comme ça !”  ». À l’issue du spectacle, les applaudissements fusent. Olivier respire. Son père est aux anges même s’il estime qu’il peut encore s’améliorer. Cette seconde reprise d’Oscar est un nouveau triomphe. On joue à guichets fermés au point qu’il faut réserver plusieurs semaines à l’avance. Il en est ainsi jusqu’au 7 janvier 1973 où le rideau se baisse définitivement. Quelques jours plus tôt, Louis a accordé un entretien-fleuve à Guy Teisseire[522] où il aborde une kyrielle de sujets comme la jalousie, la télévision, ses rapports avec l’argent ou Olivier qui « est très bien en scène et, sans s’en douter lui-même, a déjà beaucoup de métier. Vous savez, c’est un enfant de la balle. Il a vu peut-être trois cents fois Oscar quand je le jouais à la Porte Saint-Martin. Il se mettait dans la loge du pompier. […] Il est très équilibré. Son handicap, c’est son nom. Moi, j’avais la chance de sortir du néant  ». Sur la jalousie, il confie : « C’était mon pire défaut. Maintenant, j’ai réussi à le dominer un peu. Autrefois, c’était atroce. Je me souviens qu’un jour un de mes amis jouait dans une pièce qui marchait et moi dans une autre qui ne marchait pas. Eh bien, j’éprouvais un sentiment d’une épouvantable laideur. D’année en année, je suis parvenu à réduire la durée de la jalousie : deux jours, puis un, et maintenant c’est une question de minutes.  » Son absence dans les fictions télévisées : « Je n’ai pas le temps. J’en ai un peu fait jadis mais je trouvais qu’on ne répétait pas assez. J’aurais trop peur d’être mauvais. Quand on a un nom à défendre, cela peut être fatal. Il suffit qu’on soit mal filmé, que le son soit médiocre et voilà votre carrière compromise. Parce que la télévision, ça ne pardonne pas : vous avez des millions de spectateurs.  » L’argent compte-t-il pour lui ? « Pas mal, j’ai couru assez longtemps après. Maintenant, cela me donne un grand sentiment de sécurité.  » Son meilleur souvenir ? « Tous les souvenirs, même les pires, deviennent bons avec le temps. […] Qu’est-ce que je me suis emm… pendant la drôle de guerre… eh bien, ça fait encore de bons souvenirs. » Quant à la fatigue qu’il ressent actuellement au théâtre, il n’en fait pas mystère, « d’autant que certaines scènes particulièrement délirantes ont été étirées de trois à douze minutes. Comme le dimanche, il y a une matinée et une soirée, cela fait cinq heures en scène ! Lundi dernier, je suis resté au lit toute la journée. C’est un excellent passe-temps. Parce que circuler dans Paris, ça n’est pas drôle du tout. On ne voit que des têtes de gens mécontents. Si je veux voir une tête de mécontent, je n’ai qu’à me regarder dans la glace !  ». Aussi apprécie-t-il de pouvoir aller enfin respirer l’air pur en Bretagne après avoir reçu des mains du président du Groupement autonome des commerçants non sédentaires le titre de Camelot Honoris Causa.

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516

Article paru le 1er juillet 1972.

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517

Olivier de Funès, op. cit., p. 212.

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518

Josy Eisenberg anime depuis 1962 chaque dimanche à la télévision l’émission À Bible ouverte.

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519

Louis de Funès à Guy Teisseire in Ciné Revue daté du 4 janvier 1973.

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520

Le Braconnier de Dieu sera réalisé en 1983 par Jean-Pierre Darras dans une adaptation et des dialogues signés Henri Coupon avec à l’affiche Pierre Mondy et Annie Cordy.

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521

Olivier de Funès, op. cit., p. 216.

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522

Ciné Revue daté du 4 janvier 1973.

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