Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Eloisa, toute pâle, parvint à s’asseoir. Une lueur se mit soudain à briller dans ses yeux. « Mikael ? », répéta-t-elle, comme pour se convaincre.
L’homme s’approcha. « Il m’envoie te dire qu’il est vivant et qu’il va bien », chuchota-t-il.
Les yeux d’Eloisa s’emplirent de larmes, elle ouvrit et referma les lèvres, comme pour parler. De sa bouche ne sortirent que des sons inarticulés. Mais elle souriait.
L’homme lui prit la main. « Il dit que tu dois pas désespérer, continua-t-il du ton chaud de celui qui connaît l’amour et ses chagrins. Il dit qu’il reviendra dès qu’il pourra. »
Eloisa commença à pleurer silencieusement, sans cesser de sourire.
Agnete se balançait d’un pied sur l’autre pour lutter contre son émotion.
« Et il dit… ajouta l’homme en serrant plus fort sa main, il dit…
— Allons, brave homme, il dit quoi ? lâcha Agnete, la voix brisée par l’émotion.
— Il dit… qu’il… qu’il est à toi. »
Eloisa éclata d’un sanglot terrible qui sonna bizarrement, parce que c’était un rire de joie.
« Qu’il est à toi… entièrement », conclut l’homme.
Eloisa, dans un élan, le prit dans ses bras.
L’homme était embarrassé. Il se dégagea de son étreinte. « Je dois y aller, dit-il, gêné. Si on m’attrape, je suis fichu…
— Non, attends ! s’écria Eloisa en le saisissant par la manche. Dis-lui que je…
— Non, ma petite, l’interrompit l’homme. Je ne crois pas que je le reverrai. » Il se leva et alla vers la porte.
« Comment tu t’appelles ? lui demanda Agnete.
— Lucio.
— Tu as ramené la joie dans cette maison, Lucio, dit Agnete en ouvrant la porte. Que Dieu te bénisse. »
Lucio hocha la tête et sortit. « Dis à Dieu de me donner encore un jour. Ça devrait suffire. Ma vie est redevenue belle comme autrefois », murmura-t-il en s’en allant, les yeux pleins d’émotion.
Agnete se retourna, et vit qu’Eloisa s’était levée. « Qu’est-ce que tu fais debout, malheureuse ?
— Où est cette mixture que vous vouliez me donner hier soir, mère ? dit Eloisa avec un sourire radieux. Nous devons garder votre petit-fils en bonne santé. » Elle prit les mains d’Agnete et esquissa une danse vacillante, pendant qu’Harro aboyait de joie et d’excitation sans comprendre pourquoi.
Épuisée, le souffle court, elle s’assit sur la paillasse. Et pour la première fois depuis qu’elle était enceinte, elle caressa tendrement son ventre gonflé. « Mikael reviendra, dit-elle, le regard rêveur. Il reviendra et je lui montrerai son fils. » Elle se tourna vers sa mère, heureuse.
À ce moment-là, la porte fut ouverte d’un violent coup de pied.
Eberwolf apparut sur le seuil. Une expression mauvaise se lisait sur son visage.
« Suis-moi au château, putain, dit-il. Le prince veut te voir. »
54
Si Ojsternig avait été furieux de la fuite d’Emöke, la disparition de Mikael l’avait rendu fou. Une folie sourde, qui battait sous son crâne comme une infection.
Il s’était senti trahi. Il se répétait que cela n’avait aucun sens. Pourtant, le ramasse-merde lui manquait, et ce manque le mettait mal à l’aise.
Il l’avait déclaré rebelle et avait mis sa tête à prix, donnant l’ordre de le ramener vivant. Tous pensaient que c’était pour le tuer de ses propres mains.
Lui aussi l’avait cru.
Mais une nuit, il avait compris qu’il ne lui en voulait pas.
Ce lien qui le reliait avec ce garçon, il ne se l’expliquait pas. De sombres pressentiments l’assaillaient, pesant sur lui comme une seconde malédiction. Il avait presque le sentiment qu’elle était semblable à celle de la Folle. À présent, la tête basse et plongé dans ses pensées, il serrait nerveusement les accoudoirs de son haut trône de chêne que surmontaient des figures de monstres ailés. Une émotion nouvelle l’agitait. Quelque chose avait changé depuis la veille, depuis qu’il attendait cette fille qu’on allait lui amener.
La veille, la chiffe molle était venue pérorer en faveur de l’ignoble vigile de la Raühnvahl, racontant qu’une fille du village attendait un enfant conçu hors mariage, sans la permission de son seigneur. La fille avait offensé le vigile et poussé les serfs à la révolte, disait Marcus. Elle méritait une punition exemplaire. Le vigile suggérait qu’elle devienne la putain des soldats, comme le méritaient les fornicatrices dévergondées.
Ojsternig avait écouté distraitement, décidé de toute façon à ne rien lui accorder, ne serait-ce que pour le contrarier, jusqu’au moment où le mollasson avait ajouté un détail surprenant.
La dévergondée en question était la fille de la sage-femme.
Ojsternig se souvenait très bien d’elle. Elle tenait la main de Mikael le jour des combats qu’il avait organisés entre les jeunes du village. La femme de Mikael.
« Et de qui serait ce fils ? » Marcus avait haussé les épaules. Il l’ignorait.
Le vigile, aussitôt convoqué, confirma son soupçon.
« C’est sûrement le bâtard du ramasse-merde », avait dit Eberwolf.
Ojsternig savait parfaitement la haine qui opposait cet Eberwolf et Marcus, et cela lui était complètement indifférent. Les yeux sur le vigile puis sur Marcus, il avait ordonné : « Qu’on m’amène cette fille ».
Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit.
“Le fils de Mikael !”
Il attendait impatiemment l’arrivée de la fille. Il savait déjà ce qu’il ferait d’elle.
Un serviteur toussota discrètement.
Ojsternig leva la tête. « La fille est là. »
Ojsternig le fixa en silence. Son sang courut plus vite dans ses veines. « Fais-la venir », dit-il enfin.
La double porte de la grande salle s’ouvrit pour la faire entrer. Elle avançait d’un pas mal assuré, aidée par la sage-femme, dont le regard disait toute l’angoisse. Derrière elles, le vigile et le prince Marcus, toujours aussi onctueux et affecté.
Ojsternig n’avait d’yeux que pour la fille.
Pâle et fatiguée, elle soutint son regard.
Il se souvenait qu’elle avait été la seule pendant les combats à le fixer sans peur.
« Débarrassez-moi de votre présence, tous les deux, dit-il à l’adresse de Marcus et d’Eberwolf.
— Vous ne voulez pas que le vigile reçoive sa juste récompense devant cette putain dévergondée ? s’étonna Marcus.
— Va-t-en », dit froidement Ojsternig.
Muet, Marcus s’inclina et quitta la grande salle de son pas indolent, suivi par Eberwolf.
Ojsternig ordonna qu’on ferme la porte. « Laissez-nous seuls. »
Un des serviteurs saisit Agnete par le bras.
Elle se rebella.
« La sage-femme peut rester », dit Ojsternig.
Dès que les battants de la porte furent refermés, il pointa du doigt le ventre d’Eloisa.
« Tu sais que l’enfant que tu portes m’appartient, n’est-ce pas ? »
Eloisa posa la main sur son ventre, sans répondre.
Ojsternig la fixait en silence.
« Votre Seigneurie… intervint Agnete.
— Tais-toi ! » Il reporta son regard sur Eloisa. « En vertu du droit féodal, ton enfant, comme tous les enfants de mes serfs, est ma propriété. De même que toi. Et que ta mère. »
Eloisa ne disait rien. Mais elle ne baissait pas les yeux, bien qu’elle se sente encore faible.
« Sais-tu ce que m’a rapporté mon vigile ? continua Ojsternig. Il m’a dit que tu as incité mes serfs à la révolte.