Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«- Madame, reprit le roi de Perse, vous êtes la maîtresse: faites ce qu’il vous plaira; je tâcherai de les recevoir avec tous les honneurs qu’ils méritent. Mais je voudrais bien savoir par quelle voie vous leur ferez savoir ce que vous désirez d’eux, et quand ils pourront arriver, afin que je donne ordre aux préparatifs pour leur réception, et que j’aille moi-même au-devant d’eux. – Sire, repartit la reine Gulnare, il n’est pas besoin de ces cérémonies: ils seront ici dans un moment; et Votre Majesté verra de quelle manière ils arriveront: elle n’a qu’à entrer dans ce petit cabinet et regarder par la jalousie.»
Quand le roi de Perse fut entré dans le cabinet, la reine Gulnare se fit apporter une cassolette avec du feu par une de ses femmes, qu’elle renvoya en lui disant de fermer la porte. Lorsqu’elle fut seule, elle prit un morceau de bois d’aloès dans une boîte; elle le mit dans la cassolette, et dès qu’elle vit paraître la fumée, elle prononça des paroles inconnues au roi de Perse, qui observait avec grande attention tout ce qu’elle faisait, et elle n’avait pas encore achevé, que l’eau de la mer se troubla. Le cabinet où était le roi était disposé de manière qu’il s’en aperçut au travers de la jalousie, en regardant du côté des fenêtres qui étaient sur la mer.
La mer enfin s’entr’ouvrit à quelque distance, et aussitôt il s’en éleva un jeune homme bien fait et de belle taille, avec la moustache de vert de mer. Une dame déjà sur l’âge, mais d’un air majestueux, s’en éleva de même un peu derrière lui, avec cinq jeunes dames qui ne cédaient en rien à la beauté de la reine Gulnare.
La reine Gulnare se présenta aussitôt à une des fenêtres, et elle reconnut le roi son frère, la reine sa mère et ses parentes, qui la reconnurent de même. La troupe s’avança comme portée sur la surface de l’eau, sans marcher, et quand ils furent tous sur le bord, ils s’élancèrent légèrement l’un après l’autre sur la fenêtre où la reine Gulnare avait paru, et d’où elle s’était retirée pour leur faire place. Le roi Saleh, la reine sa mère et ses parentes, l’embrassèrent avec beaucoup de tendresse et les larmes aux yeux à mesure qu’ils entrèrent.
Quand la reine Gulnare les eut reçus avec tout l’honneur possible, et quand elle leur eut fait prendre place sur le sofa, la reine sa mère prit la parole: «Ma fille, lui dit-elle, j’ai bien de la joie de vous revoir après une si longue absence, et je suis sûre que votre frère et vos parentes n’en ont pas moins que moi. Votre éloignement sans en avoir rien dit à personne nous a jetés dans une affliction inexprimable, et nous ne pourrions vous dire combien nous eu avons versé de larmes. Nous ne savons autre chose du sujet qui peut vous avoir obligée de prendre un parti si surprenant, que ce que votre frère nous a rapporté de l’entretien qu’il avait eu avec vous. Le conseil qu’il vous donna alors lui avait paru avantageux pour votre établissement, dans l’état où vous étiez aussi bien que nous. Il ne fallait pas vous alarmer si fort s’il ne vous plaisait pas, et vous voudrez bien que je vous dise que vous avez pris la chose tout autrement que vous ne le deviez. Mais laissons là ce discours qui ne ferait que renouveler des sujets de douleurs et de plaintes que vous devez oublier avec nous, et faites-nous part de tout ce qui vous est arrivé depuis un si long temps que nous ne vous avons vue, et de l’état où vous êtes présentement: sur toute chose, marquez-nous si vous êtes contente.»
La reine Gulnare se jeta aussitôt aux pieds de la reine sa mère, et après qu’elle lui eut baisé la main en se relevant: «Madame, reprit-elle, j’ai, commis une grande faute, je l’avoue, et je ne suis redevable qu’à votre bonté du pardon que vous voulez bien m’en accorder. Ce que j’ai à vous dire, pour vous obéir, vous fera connaître que c’est en vain bien souvent qu’on a de la répugnance pour de certaines choses. J’ai éprouvé par moi-même que la chose à quoi ma volonté était la plus opposée est justement celle où ma destinée m’a conduite malgré moi.» Elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé depuis que le dépit l’avait portée à se lever du fond de la mer pour venir sur la terre. Lorsqu’elle eut achevé en marquant qu’enfin elle avait été vendue au roi de Perse, chez qui elle se trouvait: «Ma sœur, lui dit le roi son frère, vous avez grand tort d’avoir souffert tant d’indignités, et vous ne pouvez vous en plaindre qu’à vous-même. Vous aviez le moyen de vous en délivrer, et je m’étonne de votre patience à demeurer si longtemps dans l’esclavage Levez-vous et revenez avec nous au royaume que j’ai reconquis sur le fier ennemi qui s’en était emparé.»
Le roi de Perse, qui entendit ces paroles du cabinet où il était, en fut dans la dernière alarme. «Ah! dit-il en lui-même, je suis perdu et ma mort est certaine si ma reine, si ma Gulnare écoute un conseil si pernicieux. Je ne puis plus vivre sans elle, et l’on m’en veut priver!» La reine Gulnare ne le laissa pas longtemps dans la crainte où il était.
«Mon frère, reprit-elle en souriant, ce que je viens d’entendre me fait mieux comprendre que jamais combien l’amitié que vous avez pour moi est sincère. Je ne pus supporter le conseil que vous me donniez de me marier à un prince de la terre. Aujourd’hui, peu s’en faut que je ne me mette en colère contre vous de celui que vous me donnez de quitter l’engagement que j’ai avec le plus puissant et le plus renommé de tous ses princes. Je ne parle pas de l’engagement d’une esclave avec un maître: il nous serait aisé de lui restituer les dix mille pièces d’or que je lui ai coûté. Je parle de celui d’une femme avec un mari, et d’une femme qui ne peut se plaindre d’aucun sujet de mécontentement de sa part. C’est un monarque religieux, sage, modéré, qui m’a donné les marques d’amour les plus essentielles. Il ne pouvait pas m’en donner une plus signalée que de congédier, dès les premiers jours que je fus à lui, le grand nombre de femmes qu’il avait, pour ne s’attacher qu’à moi uniquement. Je suis sa femme, et il vient de me déclarer reine de Perse pour participer à ses conseils. Je dis de plus que je suis grosse et que si j’ai le bonheur, avec la faveur du ciel, de lui donner un fils, ce sera un autre lien qui m’attachera à lui plus inséparablement.
«Ainsi, mon frère, poursuivit la reine Gulnare, bien loin de votre conseil, toutes ces considérations, comme vous le voyez, ne m’obligent pas seulement d’aimer le roi de Perse autant qu’il m’aime, mais même de demeurer et de passer ma vie avec lui, plus par reconnaissance que par devoir. J’espère que ni ma mère, ni vous avec mes bonnes cousines, vous ne désapprouverez pas ma résolution, non plus que l’alliance que j’ai faite sans l’avoir cherchée, qui fait honneur également aux princes de la mer et de la terre. Excusez-moi si je vous ai donné la peine de venir ici du plus profond des ondes pour vous en faire part et avoir le bien de vous voir après une si longue séparation.
«- Ma sœur, reprit le roi Saleh, la proposition que je vous ai faite de revenir avec nous, sur le récit de vos aventures, que je n’ai pu entendre sans douleur, n’a été que pour vous marquer combien nous vous aimons tous, combien je vous honore en particulier, et que rien ne nous touche davantage que tout ce qui peut contribuer à votre bonheur. Par ces mêmes motifs, je ne puis en mon particulier qu’approuver une résolution si raisonnable et si digne de vous, après ce que vous venez de nous dire de la personne du roi de Perse votre époux, et des grandes obligations que vous lui avez. Pour ce qui est de la reine votre mère et la mienne, je suis persuadé qu’elle n’est pas d’un autre sentiment.»