Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Albin Michel
- ISBN: 978-2-226-22436-1
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:
« Ginny ? demanda Piper. Ça va ? »
Piper craignait que Ginny ne lui rétorque quelque chose de bien senti, mais elle lui offrit un sourire fatigué au lieu de l’agresser. Et s’assit à côté d’elle. « Ça va. Juste fatiguée… Ed Carty vient de mourir. »
Piper lui prit la main. « Je suis tout à fait désolée de l’apprendre. »
Ginny lui serra les doigts. « Oh, il ne faut pas. Tu sais comment les femmes parlent des accouchements en termes de délivrance ? Celle-ci en a eu un facile, celle-là difficile ? »
Piper hocha la tête.
« La mort, c’est pareil. Le travail a duré longtemps, pour Mr Carty, mais à présent il est délivré. »
Piper trouva cette idée belle. Elle se dit qu’elle pourrait l’utiliser dans un sermon… pensant aussitôt que ses paroissiens n’auraient pas envie d’un sermon sur la mort, dimanche prochain. Pas si le Dôme était toujours en place.
Elles restèrent assises ainsi un moment, Piper essayant de trouver le meilleur moyen de poser la question qui lui brûlait les lèvres. Finalement, ce ne fut pas nécessaire.
« Elle a été violée, dit Ginny. Probablement plusieurs fois. J’ai craint à un moment donné que Twitch ne soit obligé de la suturer, mais j’ai pu finalement arrêter l’hémorragie avec un pack vaginal. » Elle se tut un instant. « Je pleurais. Heureusement, la fille était trop stone pour s’en rendre compte.
— Et le petit ?
— Un bébé de dix-huit mois en bonne santé, mais il nous a fait une de ces peurs ! Il a eu une sorte de mini-crise d’épilepsie. Probablement pour être resté trop longtemps au soleil. Sans compter la déshydratation… la faim… et il a lui aussi une blessure. »
Elle traça du doigt une ligne sur son front.
Twitch arriva à son tour et se joignit aux deux femmes. Il était à cent lieues de son personnage habituel de joyeux drille.
« Crois-tu que les hommes qui l’ont violée ont aussi fait mal au bébé ? » Piper avait parlé d’une voix calme, mais une sorte de fissure écarlate venait de s’ouvrir dans son esprit.
« Little Walter ? » Je crois qu’il est juste tombé, répondit Twitch. Sammy a vaguement fait allusion au berceau qui se serait effondré. Ce n’était pas très cohérent, mais je suis à peu près certain que c’était accidentel. Ce truc-là, au moins. »
Piper le regarda, amusée. « Alors c’était ça qu’elle disait ? Je pensais qu’il était question d’eau.
— Je suis sûre qu’elle avait soif, aussi, dit Ginny, mais le bébé de Sammy s’appelle vraiment Little, premier prénom et Walter, second prénom. D’après un joueur de blues à l’harmonica, je crois. Elle et Phil… », Ginny mima le geste de tirer sur un joint et de garder la fumée.
« Oh, si seulement Phil s’était contenté de fumer de l’herbe, observa Twitch. Question drogue, Phil était du genre multicartes.
— Il est mort ? » demanda Piper.
Twitch haussa les épaules. « On ne l’a pas vu dans le secteur depuis le printemps. Si c’est ça, bon débarras. »
Piper lui adressa un regard de reproche.
Twitch baissa un peu la tête. « Désolé, révérende. » Il se tourna vers Ginny. « Aucune nouvelle de Rusty ?
— Il avait besoin de souffler un peu et je lui ai dit de partir. Il ne devrait pas tarder. »
Assise entre eux, Piper paraissait calme. Mais à l’intérieur, la fissure écarlate s’agrandissait. Elle avait un goût amer dans la bouche. Elle se rappela un soir où son père lui avait interdit de sortir à la patinoire parce qu’elle avait répondu à sa mère. En faisant de l’esprit. (Adolescente, Piper Libby adorait faire de l’esprit.) Elle était montée dans sa chambre, avait appelé l’amie avec laquelle elle aurait dû sortir et lui avait expliqué, d’une voix parfaitement calme et sur un ton agréable, qu’elle avait un empêchement de dernière minute. La semaine prochaine ? Bien sûr, d’accord, j’y compte bien, passe une bonne soirée, non, ça ira. Salut. Après quoi elle avait saccagé sa chambre. En apothéose, elle avait arraché le poster d’Oasis (pourtant un trésor) du mur et l’avait déchiré. À ce moment-là elle pleurait à gros sanglots, non pas de chagrin, mais parce qu’elle était prise de l’une de ces rages qui l’avaient secouée comme un ouragan de force cinq pendant toute son adolescence. Son père était venu, à un moment donné pendant les festivités, et était resté dans l’embrasure de la porte. Quand elle s’était finalement aperçue de sa présence, elle l’avait fixé, le défiant du regard, haletante, se disant à quel point elle le haïssait. À quel point elle les haïssait tous les deux. S’ils mouraient, elle pourrait au moins aller vivre chez sa tante Ruth, à New York. Tante Ruth, elle, savait prendre du bon temps. Pas comme certains. Il avait tendu les mains vers elle, paumes ouvertes. Un geste dont l’humilité avait broyé sa colère et lui avait presque broyé le cœur.
Si tu ne contrôles pas ton mauvais caractère, ton mauvais caractère te contrôlera, avait-il dit. Puis il était reparti, marchant tête baissée dans le couloir. Elle n’avait pas claqué la porte dans son dos. Elle l’avait refermée, très doucement.
Ce fut cette année-là qu’elle avait fait de ses débordements souvent ignobles de colère sa priorité numéro un. En venir à bout serait détruire une part d’elle-même, mais elle pensait que si elle ne procédait pas à des changements fondamentaux, une importante partie d’elle-même resterait calée sur quinze ans pendant très, très longtemps. Elle avait commencé un travail sur soi pour se contrôler, et pour l’essentiel, elle y était parvenue. Quand elle sentait qu’elle risquait de nouveau perdre le contrôle d’elle-même, elle se rappelait ce que son père lui avait dit, son geste, mains tendues, ses pas lents dans le couloir, au premier étage de la maison dans laquelle elle avait grandi.
Elle avait parlé lors de ses funérailles, neuf ans plus tard, et déclaré : Mon père m’a dit la chose la plus importante que personne m’ait jamais dite de ma vie. Elle n’avait pas expliqué ce que c’était, mais sa mère avait compris ; elle était assise sur le premier banc de l’église dont sa fille était à présent le pasteur.
Au cours des vingt dernières années, quand elle avait ressenti le besoin d’agresser quelqu’un — et ce besoin était parfois presque incontrôlable, car les gens peuvent se montrer tellement stupides, tellement volontairement crétins —, elle évoquait la voix de son père. Si tu ne contrôles pas ton mauvais caractère, ton mauvais caractère te contrôlera.
Mais en ce moment, la fissure écarlate s’élargissait et elle ressentait à nouveau ce vieux besoin de tout casser. De se gratter jusqu’à se faire saigner.
« Tu lui as demandé qui lui a fait ça ?
— Oui, bien sûr, dit Ginny. Elle n’a pas voulu le dire. Elle a peur. »
Piper se souvint comment elle avait pris la jeune femme et son bébé allongés sur le bord de la route pour un sac de détritus. Exactement ce qu’elle était pour celui ou ceux qui l’avaient agressée. Elle se leva. « Je vais lui parler.
— Ce n’est peut-être pas une bonne idée, pour le moment, objecta Ginny. Je lui ai donné un sédatif, et…
— Laisse-la au moins essayer », intervint Twitch. Il était pâle. Il tenait ses mains serrées entre ses genoux, faisant craquer ses articulations. « Et réussissez votre coup, révérende. »
13
Sammy avait les yeux mi-clos. Ils s’ouvrirent lentement lorsque Piper s’assit à côté d’elle sur le lit. « C’est vous… c’est vous qui…
— Oui, dit Piper, lui prenant la main. Je m’appelle Piper Libby.
— Merci. »
Les paupières de Sammy commencèrent à s’abaisser à nouveau.
« Remercie-moi en me disant le nom des hommes qui t’ont violée. »
Dans la chambre faiblement éclairée — mais où il faisait chaud, la climatisation étant arrêtée — Sammy secoua la tête. « Ils ont dit qu’ils me feraient du mal. Si je parlais. » Elle jeta un coup d’œil à Piper. Un regard bovin, plein d’une résignation bovine. « Ils pourraient faire du mal à Little Walter aussi.
Piper acquiesça. « Je comprends que tu aies peur. Et maintenant, dis-moi qui c’était. Donne-moi les noms.
— Vous n’avez pas entendu ce que je vous ai dit ? » Sammy détourna les yeux. « Ils ont dit qu’ils me feraient du mal si… »
Piper n’avait pas le temps de l’écouter divaguer ; la fille risquait de tomber dans les vapes d’un moment à l’autre. Elle la saisit par le poignet.
« Je veux ces noms et tu vas me les donner.
— J’ose pas. »
Des larmes se mirent à grossir dans ses yeux.
« Tu vas le faire, parce que si je n’étais pas passée, tu serais peut-être morte, à l’heure actuelle. » Piper marqua une pause, puis finit d’enfoncer le clou. Piper allait peut-être le regretter, mais pas en cet instant. En cet instant, la jeune femme dans le lit était le seul obstacle entre elle et ce qu’elle avait besoin de savoir. « Sans parler de ton bébé. Lui aussi serait peut-être mort. Je t’ai sauvé la vie, j’ai sauvé la vie de ton bébé, et je veux ces noms.
— Non. »
Sammy faiblissait, cependant, et une partie de la révérende prenait plaisir à ce qui se passait. Plus tard, elle se sentirait dégoûtée ; plus tard, elle se dirait : Au fond, tu n’es pas tellement différente de ces types, forcer est toujours forcer. Mais en ce moment, oui, elle ressentait du plaisir, tout comme elle avait ressenti du plaisir à arracher du mur et à déchirer le poster qu’elle adorait.
J’aime ça parce que c’est plein d’amertume, pensa-t-elle. Et parce que tel est mon cœur.
Elle se pencha sur la fille en larmes. « Débouche-toi les oreilles, Sammy, parce qu’il faut que tu entendes bien ce que je vais te dire. Ce qu’ils t’ont fait, ils le referont. Et lorsqu’ils l’auront fait, lorsqu’une autre femme arrivera ici en sang et peut-être portant aussi l’enfant d’un violeur, je viendrai te voir et te dirai…
— Non ! Arrêtez !
— … que tu étais avec eux. Que tu étais là, que tu les encourageais.
— Non ! cria Sammy. C’était pas moi, c’était Georgia ! C’est Georgia qui les encourageait ! »
Piper se sentit envahie d’une onde glacée de dégoût. Une femme. Une femme avait été là. Dans sa tête, la fissure écarlate s’agrandit encore. Elle n’allait pas tarder à cracher de la lave.
« Donne-moi les noms. »
Et Sammy les donna.