Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Le roi de Perse, ravi d’avoir entendu parler la belle esclave et lui annoncer une nouvelle qui l’intéressait si fort, l’embrassa tendrement. «Lumière éclatante de mes yeux, lui dit-il, je ne pouvais recevoir une plus grande joie que celle dont vous venez de me combler. Vous m’avez parlé et vous m’avez annoncé votre grossesse! Je ne me sens pas moi-même, après ces deux sujets de me réjouir que je n’attendais pas.»
Dans le transport de joie où était le roi de Perse, il n’en dit pas davantage à la belle esclave. Il la quitta, mais d’une manière à faire connaître qu’il allait revenir bientôt. Comme il voulait que le sujet de sa joie fût rendu public, il l’annonça à ses officiers et fit appeler son grand vizir. Dès qu’il fut arrivé, il le chargea de distribuer cent mille pièces d’or aux ministres de sa religion qui faisaient vœu de pauvreté, aux hôpitaux et aux pauvres, en action de grâces à Dieu, et sa volonté fut exécutée par les ordres de ce ministre.
Cet ordre donné, le roi de Perse vint retrouver la belle esclave. «Madame, lui dit-il, excusez-moi si je vous ai quittée si brusquement, vous m’en avez donné l’occasion vous-même; mais vous voudrez bien que je remette à vous en entretenir une autre fois: je désire savoir de vous des choses d’une conséquence beaucoup plus grande. Dites-moi, je vous en supplie, ma chère âme, quelle raison si forte vous avez eue de me voir, de m’entendre parler, de manger et de coucher avec moi chaque jour, toute une année, et d’avoir eu cette constance inébranlable, je ne dis point de ne pas ouvrir la bouche pour me parler, mais même de ne pas donner à comprendre que vous entendiez fort bien tout ce que je vous disais. Cela me passe, et je ne comprends pas comment vous avez pu vous contraindre jusqu’à ce point; il faut que le sujet en soit bien extraordinaire.»
Pour satisfaire la curiosité du roi de Perse: «Sire, reprit cette belle personne, être esclave, être éloignée de son pays, avoir perdu l’espérance d’y retourner jamais, avoir le cœur percé de douleur de me voir séparée pour toujours d’avec ma mère, mon frère, mes parents, mes connaissances, ne sont-ce pas des motifs assez grands pour avoir gardé le silence que Votre Majesté trouve si étrange? L’amour de la patrie n’est pas moins naturel que l’amour paternel, et la perte de la liberté est insupportable à quiconque n’est pas assez dépourvu de bon sens pour n’en pas connaître tout le prix. Le corps peut bien être assujetti à l’autorité d’un maître qui a la force et la puissance en main, mais la volonté ne peut pas être maîtrisée, elle est toujours à elle-même: Votre Majesté en a vu un exemple dans ma personne. C’est beaucoup que je n’aie pas imité une infinité de malheureux et de malheureuses que l’amour de la liberté réduit à la triste résolution de se procurer la mort en mille manières, par une liberté qui ne peut leur être ôtée.
«- Madame, reprit le roi de Perse, je suis persuadé de ce que vous me dites; mais il m’avait semblé jusqu’à présent qu’une personne belle, bien faite, de bon sens et de bon esprit comme vous, madame, esclave par sa mauvaise destinée, devait s’estimer heureuse de trouver un roi pour maître.
«- Sire, repartit la belle esclave, quelque esclave que ce soit, comme je viens de le dire à Votre Majesté, un roi ne peut maîtriser sa volonté. Comme elle parle néanmoins d’une esclave capable de plaire à un monarque et de s’en faire aimer, si l’esclave est d’un état inférieur, qu’il n’y ait pas de proportion, je veux croire qu’elle peut s’estimer heureuse dans son malheur. Quel bonheur cependant! Elle ne laissera pas de se regarder comme une esclave arrachée d’entre les bras de son père et de sa mère, et peut-être d’un amant qu’elle ne laissera pas d’aimer toute sa vie. Mais si la même esclave ne cède en rien au roi qui l’a acquise, que Votre Majesté elle-même juge de la rigueur de son sort, de sa misère, de son affliction, de sa douleur, et de quoi elle peut être capable!»
Le roi de Perse, étonné de ce discours: «Quoi! madame, répliqua-t-il, serait-il possible, comme vous me le faites entendre, que vous fussiez d’un sang royal? Éclaircissez-moi, de grâce, là-dessus, et n’augmentez pas mon impatience. Apprenez-moi qui sont l’heureux père et l’heureuse mère d’un si grand prodige de beauté, qui sont vos frères, vos sœurs, vos parents, et surtout comment vous vous appelez.
«- Sire, dit alors la belle esclave, mon nom est Gulnare de la Mer: mon père, qui est mort, était un des plus puissants rois de la mer, et en mourant il nous laissa son royaume, à un frère que j’ai, nommé Saleh, à la reine ma mère, et à moi. Ma mère est aussi princesse, fille d’un autre roi de la mer, très-puissant. Nous vivions tranquillement dans notre royaume et dans une paix profonde, lorsqu’un ennemi, envieux de notre bonheur, entra dans nos états avec une puissante armée, pénétra jusqu’à notre capitale, s’en empara, et ne nous donna que le temps de nous sauver dans un lieu impénétrable et inaccessible avec quelques officiers fidèles qui ne nous abandonnèrent pas.
«Dans cette retraite, mon frère ne négligea pas de songer aux moyens de chasser l’injuste possesseur de nos états; et, dans cet intervalle, il me prit un jour en particulier: «Ma sœur, me dit-il, les événements des moindres entreprises sont toujours très-incertains; je puis succomber dans celle que je médite pour rentrer dans nos états, et je serais moins fâché de ma disgrâce que de celle qui pourrait vous en arriver. Pour la prévenir et vous en préserver, je voudrais bien vous voir mariée auparavant. Mais, dans le mauvais état où sont nos affaires, je ne vois pas que vous puissiez vous donner à aucun de nos princes de la mer. Je souhaiterais que vous pussiez vous résoudre à entrer dans mon sentiment, qui est que vous épousiez un prince de la terre. Je suis prêt à y employer tous mes soins; de la beauté dont vous êtes, je suis sûr qu’il n’y en a pas un, si puissant qu’il soit, qui ne fût ravi de vous faire part de sa couronne.»
«Ce discours de mon frère me mit dans une grande colère contre lui: «Mon frère, lui dis-je, du côté de mon père et de ma mère je descends comme vous de rois et de reines de la mer, sans aucune alliance avec les rois et reines de la terre. Je ne prétends pas me mésallier plus qu’eux, et j’en ai fait le serment dès que j’ai eu assez de connaissance pour m’apercevoir de la noblesse et de l’ancienneté de notre maison. L’état où nous sommes réduits ne m’obligera pas de changer de résolution, et si vous avez à périr dans l’exécution de votre dessein, je suis prête à périr avec vous plutôt que de suivre un conseil que je n’attendais pas de votre part.»
«Mon frère, entêté de ce mariage qui ne me convenait pas, à mon sens, voulut me représenter qu’il y avait des rois de la terre qui ne céderaient pas à ceux de la mer. Cela me mit dans une colère et dans un emportement contre lui qui m’attirèrent des duretés de sa part dont je fus piquée au vif. Il me quitta aussi peu satisfait de moi que j’étais mal satisfaite de lui. Dans le dépit où j’étais, je m’élançai du fond de la mer et j’allai aborder à l’île de la Lune.