La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Maïa avait l’impression d’être à demi morte. À chacune de ses plaies semblait avoir été assigné un bouquet de nerfs exacerbés, et pour couronner le tout, elle tremblait de froid.
« Mais nous ne sommes pas morts. Et nous ne mourrons pas. À condition d’arriver à sortir d’ici avant la marée, sans quoi nous serons balayés comme de vulgaires épaves…»
Ce qui était plus facile à dire qu’à faire. Enfin, ils devaient bien avoir quelques heures devant eux. Elle ne croyait pas avoir autant à vivre lorsqu’ils avaient été précipités sur le flanc de la Dent du Dragon. « C’est toujours un sursis, se gourmanda-t-elle. Si seulement je savais à quoi l’utiliser…»
Elle s’en voulait rétrospectivement d’avoir foncé tête baissée à l’aide de Renna pour échouer si lamentablement. Elle était surtout navrée pour Brod qui avait commis l’erreur de la suivre. « Je n’aurais jamais dû l’emmener. Ce n’est qu’un homme. À sa mort, son histoire prend fin. » Comme la mienne. Ni les hommes ni les vars ne pouvaient se consoler, au moment ultime, en se disant qu’ils vivraient toujours dans leurs clones.
« Enfin, si Leie réussit à fonder un clan, j’aurai peut-être ma statue dans la cour de sa citadelle », se dit Maïa avec un reniflement sardonique. Et puis tout espoir n’était pas perdu. Même si elle avait parfois eu des différends mineurs avec sa jumelle, elles étaient toujours d’accord sur les points importants – les gens, par exemple. Il y avait donc une chance pour que, comme elle, Leie apprécie Renna. Elle laisserait peut-être tomber ses amies pirates pour aider l’homme venu de l’espace.
Puis l’eau se mit à monter graduellement sur le sable. Elle lui lécha bientôt les jambes. La marée… Maïa se leva péniblement, saisit l’adolescent sous les bras et le traîna sur le sable. Tout à coup, son dos heurta une surface dure, pleine d’aspérités. Elle étouffa un cri de douleur et reposa Brod.
Tout en se frottant l’échine d’une main, elle se retourna et, de l’autre main, explora prudemment, à tâtons, l’obstacle qui lui barrait le passage et qui se révéla être un mur hérissé de pointes… de minces ovoïdes couverts de vase. Des coquillages accrochés à la paroi et qui attendaient leur repas de matières organiques apportées par la mer.
« On dirait que c’est la fin des haricots », songea-t-elle, mais elle ne put se résigner à s’allonger sur le sable à côté de Brod, pour vivre ses derniers instants en paix. Elle reprit son exploration en grimaçant chaque fois qu’une coquille brisée lui éraflait la main. Le revêtement de carapaces visqueuses montait hors de portée de ses bras. Comme la marée, hélas.
Puis ses pieds rencontrèrent une pente douce… qui ne s’élevait que d’un mètre à peu près, mais c’était toujours ça. Elle se dressa sur la pointe des pieds. Le bout de ses doigts dépassa la croûte des coquillages gluants d’algues et toucha la roche nue et lisse. La marée n’arrivait donc pas jusqu’à la voûte de la grotte. Voilà qui ouvrait des perspectives.
« Nous pourrions peut-être faire la planche, monter avec le courant et garder le nez au-dessus de l’eau ?
« Pas sans rien à quoi nous agripper », conclut-elle, démoralisée. Les vagues commenceraient par les assommer contre les parois raboteuses, puis aspireraient leurs restes et les mêleraient aux débris laissés par la canonnade des pirates.
Leur seul espoir résidait dans la découverte d’une fissure ou d’une corniche, plus haut. « À condition que nous arrivions à y grimper à temps. »
Elle retourna auprès de Brod. Il dormait. Elle le traîna sur la petite pente qu’elle avait découverte, repartit explorer la caverne… Et manqua tomber de tout son long.
Elle s’était pris les pieds dans quelque chose. Elle reconnut à tâtons une planche brisée entortillée dans des bouts de tissu et de corde mouillés : tout ce qui restait de l’esquif qu’ils avaient détruit sans lui avoir jamais donné de nom.
Elle reprit en frissonnant sa morne tâche, dont le principal résultat était une connaissance dont elle se serait bien passée de certaines formes de vie marine peu sympathiques et admirablement protégées. Un peu plus tard, la grève sablonneuse redescendait vers l’eau glacée. Elle remonte pour examiner la partie située de l’autre côté de Brod, sans trop d’espoir que la topographie fût très différente de ce côté-là.
Elle s’apprêtait à abandonner lorsqu’elle sentit sous sa main… un trou. Une encoche taillée dans la roche à un mètre environ au-dessus du sable. Elle pourrait toujours mettre un pied dedans et grimper en s’accrochant aux coquilles. Qui offraient en revanche une piètre prise pour les mains.
Elle retourna vers les débris du bateau, déchira la voile en bandelettes, s’en entoura les mains et roula fébrilement la plus grande longueur de corde qu’elle put trouver. « Magne-toi, se disait-elle. La mer va bientôt remonter. »
Non sans difficulté, elle retrouva l’encoche, mit le pied dedans et leva les mains le plus haut possible. Par chance, ses chaussures de cuir étaient à peu près intactes, mais malgré la toile, les bernacles lui entrèrent douloureusement dans la peau. Elle serra les dents, se colla au mur et poussa sur ses jambes. « Bon, et maintenant ? »
De son pied libre, elle chercha un autre appui, confiant tout son poids à un bloc de coquillages. À son grand étonnement, elle tomba sur une seconde encoche creusée dans la paroi… et juste à la bonne hauteur !
« C’est pas vrai ! » se dit-elle, en enfonçant son pied gauche dans le nouveau trou et en déplaçant prudemment son poids. « Ça ne peut pas être une coïncidence. Ça doit donc vouloir dire…»
Elle lâcha prise d’une main, et, en effet, ses doigts rencontrèrent une troisième encoche, à l’endroit prévu. Ces trous sont faits de main de femme… ou d’homme, puisque c’était un sanctuaire. « Je me demande bien de quand date cette échelle…
« Ça va, Maïa. Tu ferais mieux de te concentrer ! »
Même facilitée par les trous, l’escalade demeurait pénible sur ce mur presque vertical. Sa main tâtonnante rencontra enfin un anneau de métal rouillé boulonné au rocher. Un peu plus tard, elle réussissait à passer une jambe, puis l’autre, par-dessus un rebord arrondi et se hissait sur une corniche.
Allongée sur le dos, Maïa écouta le rugissement de son souffle haletant. Elle mit un moment à comprendre que le bruit ne venait pas uniquement de l’intérieur. « Ça y est, mes oreilles recommencent à fonctionner », comprit-elle, trop exténuée pour se réjouir. Elle resta immobile à écouter les échos de sa respiration se répercuter sur les parois, accompagnés du murmure de la mer, de plus en plus présent.
Le martèlement de son cœur ne s’était pas encore apaisé qu’elle se contraignit à se redresser. « Je dois retourner près de Brod », songea-t-elle avec lassitude. Elle ne voyait pas comment elle allait le hisser sur la corniche si elle ne parvenait pas à le réveiller. Allons, elle avait au moins trouvé un refuge. Elle puisait dans cette pensée un regain de courage.
Un soupir se fit entendre dans le noir, et ce n’était pas le sien.
— M-Maïa-a-a ? M-mon d-dieu-eu-eu… qu’est-il arrivé-é-é ? O-o-où es-tu-u-u ? Maïa-a-a !
— Brod ! cria-t-elle. Tout va bien-en-en ! Je suis-ui-ui…
Leurs cris se réverbéraient sur les parois, rendant leurs paroles incompréhensibles. La joie de Brod l’aurait davantage réjouie s’il n’avait tant bégayé en bénissant à la fois Mère Stratos et la déité du tonnerre de sa patriarchie.
— Je suis au-dessus de toi, répéta-t-elle en articulant, quand les échos se furent enfin tus. Tu sais où est l’eau ?
— Je suis acculé sur un banc de sable. Ouille !