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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Le tonnerre, mentit Maïa avec un sourire sardonique, accordant quelques secondes à sa glorieuse concentration. Rassure-toi. Il ne va pas pleuvoir tout de suite.

Toute l’eau des cieux se déversa sur eux, les trempant et emplissant presque le petit bateau. Elle chut d’un coup puis cessa brusquement. Maïa se jeta au fond du bateau avec un seau et écopa furieusement la cascade projetée par l’obus.

Ce n’était pas le seul problème. Le projectile avait fait tournoyer l’esquif comme une toupie, dans un vacarme de planches et de chevilles disjointes. Maïa se dit qu’il lui faudrait écoper plus d’eau qu’ils n’en embarquaient pendant le temps que Brod mettrait à les sortir de ce pétrin.

Les artilleuses du Téméraire mirent un moment à ajuster le tir dans le crépuscule grandissant. Pendant quelques minutes, Maïa nourrit l’illusion que le salut était proche, dans le chenal menant au mouillage du lagon de Botjelli. Puis elle eut une vision familière, épouvantable : le Manitou était ancré dans cette même enceinte de falaises, le pont grouillant de bandanas rouges. L’affreuse vérité lui apparut tout à coup.

« C’est Botjelli qui doit être la base pirate ! J’ai mené Brod droit dans leurs griffes ! »

— Tourne à droite, Brod, à fond !

Ils échappèrent de justesse à l’entrée fatale et suivirent la côte convulsée, arrosés par les obus qui les manquaient de peu et par l’écume des vagues se brisant sur la roche. Ils étaient pris par un courant puissant et Brod consacrait toute son énergie à éviter l’écrasement sur la paroi déchiquetée.

C’était une soirée magnifique. Les trois lunes étaient hautes dans le ciel, projetant une lumière nacrée sur la mort annoncée de deux cinq-ans. Si Maïa vivait assez longtemps, elle pourrait bientôt dire adieu à ses étoiles bien-aimées.

Elle remplissait son seau et le vidait par-dessus bord, du côté de l’océan afin de ne pas voir le rideau ondoyant de la Dent du Dragon, la feinte douceur de ses circonvolutions. Au plus léger contact, la roche cristalline les fracasserait.

Elle n’avait pas le courage d’affronter cette vision, et c’est ce qui lui sauva la vie quand les pirates essayèrent une nouvelle tactique.

Une soudaine déflagration éclata derrière elle, faisant bondir l’esquif et la couchant au fond du bateau, puis l’onde de choc s’amortit. Elle porta machinalement la main à sa nuque, siège d’une vive douleur, et en ramena une pointe de granit ensanglantée. Des taches violettes dansant devant ses yeux, elle regarda fixement la flèche naturelle, puis elle se retourna. Brod avait le côté gauche du visage en sang.

— Écarte-toi de la falaise ! cria-t-elle.

Du moins en avait-elle l’intention, mais elle n’entendit même pas le son de sa propre voix, juste un atroce bruit de cloches. Néanmoins, Brod parut comprendre. Il parvint à s’éloigner avant que l’obus suivant n’arrache de nouveaux éclats au promontoire. Aucun ne les frappa, mais leur manœuvre les rapprocha du Téméraire, presque à bout portant de son canon. Maïa vit les artilleuses charger un nouvel obus et tirer. Elle en sentit le souffle, tout près sur sa gauche. Un instant passa, puis la falaise réfléchit une nouvelle et terrifiante explosion, manquant les projeter hors du bateau. Quand elle releva les yeux, elle vit que leur voile était déchirée.

À cet instant, le bord de l’île s’incurva. Une ouverture apparut à bâbord. Brod piqua droit vers le cul-de-sac. En d’autres circonstances, c’eût été pure folie, mais Maïa approuva la manœuvre de tout son cœur. « Au moins, ces salopes n’auront pas le Plaisir de nous tuer de leurs propres mains. »

Un côté de l’ouverture explosa alors qu’ils s’y introduisaient, projetant l’esquif en avant dans une pluie de pierres. Les obus suivants multiplièrent les lézardes. Un monstrueux morceau de falaise commença à se décrocher. Avec une lenteur pleine de grâce, son ombre énorme tomba vers Brod et Maïa…

Le rocher s’écrasa dans l’étroite trouée juste derrière le minuscule bateau, le propulsant sur la crête d’un raz de marée miniature vers un trou noir et sans fond.

Maïa ne manquait pas de courage. Mais pas au point de regarder leur bateau désemparé fondre sur l’antique titan qu’était la balise de Botjelli. « Pourvu que ça aille vite », pria-t-elle. Puis les ténèbres l’engloutirent, occultant tout.

Comme vous pouvez le constater, je suis vivant. Et je vais bien, si ce n’est que je suis resté plusieurs jours attaché.

Je suis tombé dans le plus vieux panneau du monde. Oh, je suis en bonne compagnie : bien des diplomates plus talentueux que moi ont succombé à leurs fragiles besoins humains…

Mes ravisseuses vous demandent de n’annoncer ma disparition que deux jours après avoir reçu ce message. Dites que je suis malade. Si vous ne leur laissez pas ce délai, elles menacent de m’enterrer dans un endroit où on ne me retrouvera jamais.

Elles disent aussi avoir infiltré les services de police. Elles sauront si vous les doublez.

Je suis maintenant censé vous supplier de coopérer afin d’épargner ma vie. Le premier jet de ma lettre a été détruit parce qu’à ce moment, je prenais un ton un peu ironique, aussi me contenterai-je de dire qu’à mon âge, je n’ai rien contre.

J’ignore où on m’emmène, et même si je vous donnais des indices sur ce que je vois, on me ferait simplement recommencer. J’ai trop mal à la tête pour ça, alors laissons tomber.

Je n’irai pas jusqu’à prétendre que je ne regrette rien. Il n’y a que les imbéciles pour dire ça. Mais enfin, j’ai vécu, j’ai aimé, j’ai servi. Et j’aurai passé un moment sur Stratos.

Mes ravisseuses disent qu’elles reprendront bientôt contact avec vous. En attendant, je vous salue amicalement.

Renna.

Chapitre XXII

Maïa caressait doucement la tête de Brod qu’elle tenait sur ses genoux. Elle avait mal partout, mais elle appréciait les à-côtés mineurs de leur situation, tels que ce petit carré de sable sur lequel ils gisaient, juste au-dessus d’une eau noire comme de l’encre. Elle se réjouissait aussi de ne pas devoir se réveiller dans l’obscurité presque complète, après avoir pris un coup sur la tête. « J’ai le crâne tellement dur, maintenant, qu’on aurait aussi vite fait de me tuer. Et je doute que le monde ait fini de s’amuser à me faire tourner en bourrique. »

— Mmm… Qu’est-ce que… ? marmonna Brod.

C’est à peine si Maïa l’entendit, soit qu’il parlât indistinctement, soit qu’elle eût encore les oreilles bouchées.

— Tout va bien, dit-elle. Repose-toi, je m’occupe de tout.

Qu’il eût ou non compris ce qu’elle disait, il se calma.

Ils avaient été projetés dans une caverne dont la canonnade avait obstrué l’entrée derrière eux. À moitié assourdie, Maïa avait rattrapé Brod par les cheveux et l’avait tiré vers la surface écumante. Elle avait perdu la notion du haut et du bas durant quelques instants où l’air, le sable et l’eau ne faisaient plus qu’un, mais elle avait le chic, maintenant, pour rationner ses poumons. Elle avait lutté contre des courants démoniaques jusqu’à ce qu’elle sente enfin sous ses pieds une pente glissante. Elle avait remorqué le malheureux Brod hors de l’eau et s’était écroulée près de lui dans le noir. Ils s’en étaient sortis… jusqu’à la prochaine fois.

Ils avaient eu de la chance. « Si le bateau était resté entier, on fonçait droit dans la muraille », se dit-elle en frissonnant. Alors que comme ça, l’eau avait amorti leur chute.

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