La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Bon, il avait découvert le mur de coquillages.
— Tu peux tenir debout ? demanda-t-elle.
Si elle pouvait éviter de redescendre le chercher…
— J’ai… j’ai la tête qui tourne et j’entends mal, mais je vais essayer. Ça y est, reprit-il en grognant, je suis debout. À peu près. Dis, il fait noir ou c’est moi qui suis aveugle ?
— Si tu es aveugle, alors moi aussi. Bon, tourne-toi vers la paroi et va vers la droite. Je vais bricoler un truc pour t’aider à grimper ici, au-dessus du niveau de l’eau.
Maïa se pencha pour nouer le bout de sa corde à l’anneau de métal, tout en continuant à parler pour guider Brod.
— Je suis là, annonça-t-il enfin. Aïe ! Ça coupe, ces saloperies ! Je ne trouve pas ta corde, Maïa.
— Je vais la faire balancer. Tu la sens ?
— Non.
— Elle doit être trop courte. Attends un peu.
Elle remonta la corde. D’après la voix râpeuse de Brod, il valait mieux ne pas lui demander de faire la même ascension qu’elle, sans assistance. Elle ôta son pantalon, en accrocha une jambe à la corde, fit une boucle à l’autre, renvoya le tout par-dessus le bord et entendit le tissu heurter une tête.
— Aïe. Merci, dit Brod.
— De rien. Passe un bras dans la boucle, jusqu’à l’épaule, assure-toi que ça ne fait pas mal… Et c’est parti !
Maïa expliqua patiemment à Brod où trouver la première prise pour les pieds. Elle l’entendit étouffer des grognements de douleur. Ses sandales de corde devaient lui offrir une piètre protection contre les coquilles tranchantes. Elle s’arc-bouta et tira sur la corde, surtout pour lui donner stabilité et confiance tandis qu’il passait d’une prise à l’autre.
Maïa eut l’impression que la montée de Brod n’en finissait pas. Elle était à bout de forces quand il franchit enfin le rebord de la corniche et se laissa tomber sur elle. Ils restèrent un moment ainsi l’un sur l’autre, épuisés, haletants, leurs cœurs battant à l’unisson, respirant le souffle rauque de l’autre, sentant sa peau salée sur leurs lèvres.
« Il faut qu’on arrête de se rentrer dedans comme ça. Enfin, que peut-on espérer d’autre d’un homme, en cette saison ? » Chose surprenante, son contact ne lui était pas désagréable.
— Pardon, bredouilla Brod en roulant sur le côté. Et merci de m’avoir sauvé la vie.
— Tu en as fait autant pour nous sur le ketch, ce matin, répondit-elle en dissimulant son embarras. Ou plutôt hier.
— Hier… Hé, regarde ! s’écria-t-il tout à coup.
Maïa s’assit, intriguée, et scruta les affreuses ténèbres. Elle aperçut enfin, face à leur corniche, à environ quarante degrés vers le zénith, le scintillement de quatre, non, cinq étoiles. « Sans doute la constellation de l’Âtre. »
Elle passa la main sur son bras gauche et poussa un soupir de soulagement. Son sextant était toujours là, dans son étui de cuir éraflé mais intact. « Il est probablement abîmé. Mais il est à moi. C’est la seule chose que j’aie à moi…»
— Eh bien, madame la Navigatrice, dit Brod, pouvez-vous me dire où nous sommes d’après ces étoiles ?
— On sait où on est, releva Maïa. Mais si on en voyait un peu plus, je pourrais peut-être calculer l’heure…
Il éclata de rire, et elle l’imita. Allons, ils allaient vivre encore un peu, et continuer la lutte. Les pirates n’avaient pas gagné. Et Renna était tout près.
Ils se rallongèrent côte à côte pour profiter de leur mutuelle chaleur et contempler, par leur unique et minuscule fenêtre sur l’univers, le spectacle qu’ils n’espéraient pas revoir un jour de ces brèves saynètes stellaires.
Dans la lumière tamisée de l’aube, la caverne paraissait moins mystérieuse… et en même temps beaucoup plus.
Moins, car elle leur révélait des contours qui paraissaient à la fois sans limites et étouffants dans l’obscurité. Un amas de débris barrait ce qui avait été l’entrée d’une vaste grotte. La lumière et les vagues pénétraient par d’étroites trouées aux bords déchiquetés.
Il était clair qu’ils ne s’échapperaient pas par là.
Le surcroît de mystère s’accompagnait d’espoir et de frustration. Du fond de la corniche partaient des marches creusées dans la paroi. En haut se trouvait un autre palier, plus profond, qui menait à une porte de trois bons mètres de large.
C’est-à-dire que ça avait l’air d’une porte. L’endroit semblait s’y prêter. Il fallait absolument que cela en soit une.
Seulement, on aurait plutôt dit une sculpture avec ses dizaines de plaques hexagonales posées sur une surface lisse, faite d’un alliage couleur de sang, résistant et inattaquable.
Inattaquable parce que partout où une fissure ou un interstice indiquait une possibilité de séparation, Maïa remarqua des traces d’outils, qui n’avaient réussi qu’à rayer la surface, des zones noircies révélant qu’on avait essayé de l’attaquer par le feu, et des marbrures trahissant des attaques à l’acide… autant de tentatives infructueuses.
— Tiens, ton pantalon, fit Brod, dans son dos.
— Ah, merci, répondit-elle en se tournant pour le prendre.
Il était tellement déchiré qu’elle aurait aussi bien pu renoncer à le remettre, mais elle se sentait mal à l’aise sans lui, malgré l’intimité que l’épuisement lui avait fait partager avec Brod la nuit précédente. Elle s’aperçut en l’enfilant que sa peau avait repris sa pâleur normale, de même que ce qu’elle voyait de ses cheveux. Ses plongeons répétés dans l’eau avaient dû effacer la teinture improvisée de Leie.
Brod examina les plaques hexagonales. Certaines se touchaient, d’autres étaient isolées. Beaucoup étaient ornées de dessins d’animaux, d’objets, ou géométriques. L’adolescent semblait plus ou moins remis de ses émotions de la veille, mais sous sa chemise, Maïa vit d’innombrables entailles. Il claudiquait, car il avait les pieds blessés. Du coup, Maïa féra s’abstenir de procéder à l’inventaire de ses propres plaies. Elle ne devait pas être en meilleur état que lui.
Ils avaient passé une sacrée nuit, à écouter la mer monter toujours plus haut en se demandant si la prétendue limite supérieure de la marée voulait dire quelque chose alors qu’il y avait trois lunes dans le ciel. Les embruns rendaient la corniche glissante. Il leur semblait qu’ils étaient restés accrochés l’un à l’autre pendant des heures, tandis que les vagues fouillaient les ténèbres à leur recherche…
— Je n’arrive même pas à comprendre de quoi ce truc est fait, dit enfin Brod. Tu as une idée de ce que ça peut être ?
— Ouais, je crois. J’en ai peur… J’ai déjà vu des choses de ce genre, fit-elle en se rapprochant. C’est une énigme.
— Une énigme ?
— Hon-hon. Si compliquée, apparemment, que des tas de gens ont essayé de tricher, et ont échoué.
— Une énigme, répéta-t-il pensivement.
— Avec une grosse récompense à la clé, j’imagine.
— Quel genre ? fit-il, l’œil tout à coup allumé.
— Je ne sais pas ce qu’espéraient les autres, dit-elle à mi-voix en reculant de quelques pas comme pour voir le portail sous un autre angle. Mais pour nous, c’est simple. Nous devons résoudre cette énigme… ou mourir.
Il y avait jadis eu un autre mur portant une énigme. Fait non d’un étrange métal, mais de pierre, de bois et de fer ordinaires. Une énigme assez compliquée pour barrer la voie à deux quatre-ans intelligentes, curieuses et déterminées. Que cachaient les mères lamaïs derrière le mur de leur cave, ce mur incrusté d’étoiles et de serpents entrelacés ? Ce n’était pas, contrairement à celui qu’elle avait à présent sous les yeux, un travail d’artisanat à nul autre pareil, mais le principe était manifestement le même. C’était une serrure où le nombre de combinaisons possibles excédait de loin les chances de tomber juste, dont la réponse devait être évidente, inoubliable pour les initiés, et à jamais obscure pour les autres.