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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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« Les hommes ont dû faire en sorte que ce mur soit incompréhensible pour les femmes. Mais moi, j’ai Brod pour m’aider…»

L’ennui, c’est que l’énigme reposait peut-être sur des us ou des coutumes datant de plus de mille ans et complètement oubliés aujourd’hui. Peut-être une chanson à boire très populaire à l’époque, qui parlait des choses symbolisées sur les plaques. N’importe quel homme aurait alors vu le rapport entre, disons, l’abeille gravée sur une plaque et la maison dessinée sur une autre. Un des symboles ressemblait à une tranche de pain dégoulinante de confiture ou de gelée. Un autre représentait une pointe de flèche suivie d’une flamme. « Ou plutôt non, ça devait être basé sur quelque chose de plus durable.

« Le ou les inconnus qui s’étaient donné le mal de faire ce travail tenaient de toute évidence à lui assurer une pérennité. Celles qui croyaient les hommes incapables de penser à long terme se fourraient le doigt dans l’œil. Ou alors, ceux-ci faisaient exception à la règle. »

Un grondement et une pénible crampe d’estomac ramenèrent Maïa à des considérations plus matérielles. Son corps demandait à être nourri. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’elle ne pourrait satisfaire ses exigences tant que Brod et elle n’auraient pas résolu une énigme qui avait apparemment résisté à d’innombrables intrus avant eux. Sauf que les autres – ermites, touristes, exploratrices, pirates – étaient probablement venues tranquillement en bateau et pouvaient faire demi-tour. Pour Maïa et Brod, le franchissement de cette barrière était une question de vie ou de mort.

— Désolé de ne pas avoir de sauce à t’offrir, ni de feu pour le faire cuire, mais il est tout frais péché !

Maïa reprit pied dans la réalité et battit des yeux devant l’apparition inattendue d’un poisson. Tournant la tête vers Brod, elle vit de nouveaux filets de sang sur ses bras.

— Tu n’es pas redescendu, tout de même ?

— C’était la marée basse. Il y avait plein de bestioles échouées sur le sable et de toute façon nous avions besoin d’eau. Allez, ouvre la bouche.

Il portait au creux du bras un ballot de tissu trempé : sa chemise roulée en boule. Maïa se rendit compte tout à coup qu’elle mourait de soif et fit ce qu’il lui disait. Il exprima du tissu un ruisselet d’eau salée qu’elle avala avec empressement, malgré son vague goût de sang, puis elle prit le poisson et mordit dedans à pleines dents, comme faisaient les marins.

— Mmm… merfi, Vrod… Mmm… ch’est boon…

— C’est purement intéressé, fit Brod en mangeant un autre poisson. Il faut que tu restes en forme pour me sortir de là.

Mouais… Maïa espérait seulement que sa confiance était fondée. Oh, elle avait fait des progrès, depuis une dizaine d’heures : elle savait maintenant quelles plaques bougeaient et lesquelles ne bougeaient pas. Parmi les pièces fixes, certaines servaient simplement de butoir aux pièces mobiles. Quelques autres, selon un processus inconnu, semblaient absorber celles qui les heurtaient. L’hexagone mobile fusionnait avec l’autre ou passait derrière, y restait une demi-minute, reparaissait et retournait à sa place. Et chaque fois, Maïa avait l’impression d’entendre un bruit grave et lointain, comme un gong. L’ennui, c’est que tous les hexagones fixes n’étaient pas situés sur le chemin des mobiles et que toutes les combinaisons n’aboutissaient pas à l’absorption accompagnée du gong. La solution devait consister à faire bouger plusieurs plaques en même temps de façon à créer des collisions multiples, afin que certains hexagones occupent un emplacement donné durant le bref intervalle de temps prévu.

« Voyons, j’ai d’abord vu un indice dans le fait que le mouvement des pièces était réversible. La variante du jeu de la Vie grâce à laquelle Renna envoyait son message était réversible, elle aussi. Mais ça doit être plus simple que ça. Il faut peut-être tenir compte des dessins gravés sur les plaques ? »

Certaines plaques fixes étaient ornées de récipients : caisses, boîtes et barriques, tandis que sur les pièces mobiles étaient figurés des aliments. C’est ainsi que la bière était représentée par une chope mousseuse. Il y avait aussi le biscuit, la galette, et les symboles du pain et de la gelée. Brod en identifia d’autres – la boussole, le gouvernail et la gaffe – mais certains échappaient à toute interprétation comme les flèches de feu, l’abeille, la spirale ou le cheval ruant. Néanmoins, Maïa se sentit confortée dans son idée. Cette énigme était faite pour être aisément comprise par des hommes.

Ou du moins plus facilement, car tous les hommes n’étaient pas forcément les bienvenus. Il fallait connaître certaines ficelles, assez simples pour avoir été transmises de maître à élève pendant des générations.

Un peu revigorés par leur repas, ils reprirent leurs expériences tant que dura la maigre lumière, c’est-à-dire peu de temps, hélas. La clarté qui pénétrait dans la caverne ne leur permit pas de travailler au-delà de la fin de l’après-midi.

Dans le noir, pelotonnés l’un contre l’autre pour se tenir chaud, ils écoutèrent la marée revenir. La tête posée sur la poitrine de Brod, Maïa s’inquiétait pour Renna. « Qu’en avaient fait les pirates ? Quel sort lui réservaient-elles ? »

Baltha et sa bande avaient des raisons de faire cause commune avec les radicales de Kiel, quand Renna était aux mains des Perkies. Le perkinisme prêchait d’aller beaucoup plus loin dans la voie ouverte par Lysos, vers un monde stable, complètement voué à l’autoclonage. Les intérêts des deux groupes de vars convergeaient pour combattre cette idéologie.

Les rades voulaient le contraire, un plan assoupli, où les clones ne domineraient plus Stratos et où les vars et les hommes auraient plus de poids, moins toutefois que dans le Phylum de triste mémoire. Ça revenait à sacrifier un peu de stabilité au profit de la diversité et du hasard, faisant de leur programme une hérésie aussi grande que le perkinisme, sinon plus.

Le but des coupe-jarrets de Baltha était bien moins ambitieux : comme elle l’avait elle-même dit sur le Manitou, elles ne voulaient pas refaire le monde créé par Lysos, mais juste donner un coup de pied dans la fourmilière.

Maïa songea aux commentaires de Renna sur la biologie lysienne, comment elle avait été inspirée par l’étude de certains animaux de la Vieille Terre.

— Le clonage permet de préserver la perfection, mais regarde les pucerons : si dans un environnement stable ils se reproduisent à l’identique, dans une période moins faste, ils reviennent frénétiquement à la voie sexuée et mêlent leurs gènes selon de nouvelles combinaisons, pour relever le défi.

Baltha et les pirates voulaient renverser certains clans anciens afin de se faire une place au soleil. C’était un plan plus lysien que les dogmes perkinistes ou radicaux. « Les Fondatrices ont prévu des vars parce qu’on ne peut jamais savoir si la stabilité durera. Elles devaient bien se douter que les vars voudraient donner un coup de pouce à la nature…» Ç’avait dû arriver plus souvent qu’on ne le croyait, mais on se gardait bien de le crier sur les toits. Inutile d’encourager d’autres vars à faire pareil. Si Baltha réussissait à abattre une grande maison, ses héritières ne la dépeindraient pas comme une pirate. Et la première Lamaï ? Qu’était-elle en réalité ? Une voleuse ? Une intrigante ? Peut-être Leie avait-elle bien fait de se choisir une telle compagnie, au fond.

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