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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Parfait ! annonça-t-elle. On entre et on jette l’ancre…

— Shiva et Zeus ! jura Brod. Couche-toi, Maïa !

Elle s’aplatit juste à temps. Brod vira de bord et la bôme passa en sifflant à l’endroit où se trouvait sa tête.

— Que fais-tu ? s’écria-t-elle.

Il ne répondit pas. Elle vit blanchir ses jointures crispées sur la barre. Puis elle comprit.

— Le Téméraire ! fit-elle avec un hoquet de surprise.

Le trois-mâts venait droit sur eux, du couchant. Cette vision leur coupa le souffle. Le temps qu’ils s’évertuent à louvoyer, le navire pirate avait déjà franchi la plus grande partie de la distance entre deux îles.

— Tu crois qu’elles nous ont vus ?

Ça paraissait inévitable à Maïa. Mais Brod espérait contre toute vraisemblance que non et tentait de revenir derrière la flèche qu’ils venaient de contourner. Avec un peu de chance, les vigies avaient la tête ailleurs…

Un coup de sifflet strident mit fin à cet espoir. Elle vit à contre-jour des silhouettes se masser à la proue et les montrer du doigt. Comme le matin même, sauf que cette fois il ne s’agissait plus d’un petit ketch mais d’un bâtiment plus rapide et plus redoutable. Des volutes de fumée indiquaient que la pression montait dans les chaudières. Elle sentit l’odeur du charbon brûlé et procéda à un rapide calcul mental.

— Inutile de fuir ! conclut-elle. Elles sont plus rapides, elles ont des fusils et peut-être un radar. Même si on leur échappe, elles nous chercheront toute la nuit, et on finira par heurter un rocher dans le noir !

— Je suis ouvert à toutes les suggestions ! répliqua sèchement Brod, des gouttelettes de sueur perlant à ses tempes.

— Remets cap à l’ouest ! On peut louvoyer plus près du vent. Elles seront obligées de prendre des risques pour nous suivre, et les machines sont peut-être encore froides. Avec un peu de chance, on arrivera à les semer dans ce labyrinthe.

— On peut toujours essayer. Prête ?

Maïa prit son courage à deux mains et agrippa la bôme.

— Parée, capitaine !

Elle réprima la rébellion de son estomac, où l’habituel remue-ménage causé par le mélange de peur et d’adrénaline était revenu, selon sa bonne habitude. « Tu parles que la chance est avec nous, se dit-elle amèrement. J’aurais dû m’en douter…»

— Allez, fit Brod avec un soupir étranglé, partageant visiblement la même pensée qu’elle. C’est parti !

Tout dépendait du rayon de giration du bateau pirate. Et des armes qu’on braquerait sur eux…

Comme prévu, le petit esquif était bien supérieur pour louvoyer à bords serrés. Le Téméraire hésita trop longtemps à les suivre, et quand il vira enfin, il se retrouva par le travers du vent. Brod et Maïa gagnèrent de la vitesse, tandis que les marins liaient frénétiquement les voiles afin qu’elles ne gênent pas les machines. L’équipage les surveillait des bastingages. « Ont-elles reconnu l’esquif ? se demandait Maïa. Elles doivent savoir maintenant qu’il est arrivé malheur à Inanna et à leurs amies du ketch. Lysos, elles n’ont pas l’air commode ! »

Même si le grand navire faisait du surplace, il viendrait un moment où les deux bateaux ne seraient plus séparés que par quelques centaines de mètres. Que feraient-ils alors ?

Tout en aidant Brod à naviguer au plus près, Maïa s’efforçait de voir si Renna n’était pas sur la goélette. Il y avait des hommes sur le gaillard d’arrière, comme lors de la prise du Manitou, mais rien n’indiquait qu’il fût parmi eux.

Comme l’esquif passait par le travers du navire, Maïa entendit des hurlements furibonds et reconnut la face rougeaude du capitaine qui discutait âprement avec plusieurs pirates. À ses gestes et ses hochements de tête déterminés, Maïa comprit qu’il leur interdisait quelque chose. Peut-être le transport de certain long tube noir vers le plat-bord du bâtiment…

Il paraissait à la fois outré et sûr de son autorité. Si sûr qu’il ne se méfia pas quand les femmes, tout aussi résolues que lui, les encerclèrent, ses officiers et lui-même. Ses cris furent bientôt couverts par une grêle de coups violents.

De loin, Maïa ne put voir avec quoi les pirates leur tapaient dessus, mais il lui sembla qu’elles le faisaient plus longtemps que nécessaire. Leurs hurlements de joie montraient à quel point elles goûtaient ce dénouement sans doute attendu, qui leur permettait de rompre une alliance gênante et les dernières entraves de la Loi.

— On s’écarte ! cria Brod.

Il était trop concentré sur sa tâche pour jeter ne fût-ce qu’un coup d’œil à ses anciens camarades, ou trouver un sens aux bruits venus du navire. C’était aussi bien, car l’agression des officiers n’était que le début de la mutinerie. Quand Maïa eut enfin le loisir de scruter à nouveau le gréement, la plupart des hommes restants étaient invisibles.

« Les Pinnipèdes ont beau traverser une mauvaise passe, se dit Maïa, encore bouleversée, ils n’étaient pas disposés à aller jusqu’au meurtre et ils ont eu droit au même sort que nous. »

Ces pirates étaient des fanatiques, l’embuscade de ce matin l’avait démontré. Mais tuer des hommes de sang-froid ? C’était aussi obscène que les violences jadis perpétrées par les mâles sur les femmes, et que dénonçaient les Perkinistes.

« Renna, implora-t-elle. Qu’as-tu apporté à mon monde ? »

Maïa priait pour que sa sœur n’ait pas été impliquée dans ce carnage. Peut-être était-elle dans la salle des machines et s’efforçait-elle de sauver ses compagnons ? (Comme si les pirates allaient prendre le risque de laisser des témoins derrière elles…) Enfin, la mutinerie avait laissé quelques instants de répit à Maïa et à Brod, temps dont ils profitèrent pour prendre quelques mètres d’avance pendant que les pirates se réorganisaient et finissaient de faire tourner le navire.

Tandis que son équipier barrait, Maïa se glissa sous la bôme et accomplit un ensemble complexe d’actions simultanées avec une grâce fluide dont elle ne se serait pas crue capable quelques mois auparavant. La pratique combinée à la nécessité accroît les capacités au-delà de toute attente…

Lorsqu’elle revit le Téméraire, il avait plusieurs centaines de mètres de retard sur eux mais gagnait de la vitesse. Les artilleurs devaient repositionner leurs armes à feu chaque fois que la goélette changeait de cap pour les suivre. On les voyait engueuler la nouvelle timonière. Finalement, le bâtiment prit un cap à trente degrés du vent qui réduisait sa vitesse d’approche, mais permettait de tirer sans problème.

« Dois-je avertir Brod ? se demanda-t-elle froidement. Non, mieux vaut qu’il se concentre sur ce qu’il a à faire. »

Elle vit le regard de son ami passer, par-delà les flots houleux, de la voile frémissante à l’agglomérat de monolithes qui était leur but, et, muni de toutes ces données, calculer, en se basant sur un instinct qu’il avait plus tôt nié posséder, comment muer en vitesse une improbable combinaison de toile, de bois et de vent.

« Il est en train de devenir adulte », s’émerveilla-t-elle. Ses traits juvéniles étaient transformés par cet exercice intense, et il irradiait ce qui, pour Maïa, incarnait l’essence à la fois mature et immature de la masculinité : l’étroitesse de but combinée à la joie ardente de pratiquer son art. Même s’ils mouraient là tous les deux, il ne quitterait pas ce monde sans être devenu un homme. Elle était heureuse pour lui.

Une déflagration assourdissante retentit derrière eux. Celle d’un canon de fort calibre…

— Qu’est-ce que c’est ? fit Brod, presque distraitement.

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