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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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« On est bien dans le même bateau, songea Maïa. Est-ce que c’est ma faute si je n’ai aucun talent qui me permette de m’intégrer au monde des femmes ? Ou la tienne, si tu n’étais pas fait pour être marin ? Enfin, j’ai peut-être tort de généraliser comme ça, mais chacun de nous ne devrait-il pas avoir le droit de s’essayer à ce qu’il sait le mieux faire ? »

— Mouais… Nous avons donc intérêt à faire attention en arrivant. Ton capitaine risquerait de…

— De ne pas être très content de me revoir ? coupa Brod. C’était mon droit de m’évader, surtout qu’Inanna projetait de nous tuer. Mais Corsh ne verra peut-être pas les choses comme ça. Il s’inquiète déjà probablement de la façon dont il va expliquer les choses aux Commodores. Bon, on essaiera d’arriver là-bas demain à la tombée de la nuit. Je connais une passe qui mène à un quai éloigné des autres. On essaiera de se faufiler discrètement dans les quartiers du navigateur et de jeter un coup d’œil à ses cartes. Il a dû y porter le repaire des pirates, l’endroit où elles détiennent ton homme des étoiles…

Sa voix avait quelque chose de mordant, comme s’il doutait de… de quoi ? De leurs chances de réussite ? Ou du fait de s’allier avec des étrangers ?

— Si seulement Renna pouvait être là, à Hasley…

— Elles ne l’auraient pas gardé à un endroit où il pourrait parler à d’autres hommes au risque de fiche leur plan à l’eau.

Sur Grimké, Brod avait raconté à Maïa ce que le Visiteur avait fait juste après la capture du Manitou. Il avait tapé du pied devant les vainqueurs jubilants, dénoncé chaque violation de la Loi stratoïne et obstinément refusé d’embarquer sur le Téméraire tant que toutes les blessées n’auraient pas été soignées. Il avait l’air tellement déterminé que Baltha et les autres avaient préféré céder plutôt que de risquer de lui faire du mal. Brod n’avait pas précisé s’il s’était occupé d’une victime en particulier, mais Maïa aimait à imaginer son ami étranger apaisant son délire et lui promettant tout bas qu’ils se reverraient un jour.

Brod n’avait pas grand-chose à dire au sujet de Leie. Il l’avait remarquée surtout à cause de son regard ardent et de son intérêt pour les machines. Le chef mécanicien était trop content de trouver quelqu’un qui ne rechignait pas à la tâche pour se demander de quel sexe était ce marin noir de suie.

— On a discuté qu’une fois, dit Brod en s’abritant les yeux du soleil couchant. Elle m’a demandé si j’avais rencontré au sanctuaire principal de ma guilde, à Ursulaborg, un commodore ou un capitaine du nom de Kevin, ou de Calvin.

— Tu veux dire Clevin ? rectifia Maïa en se redressant.

— C’est ça. Je lui ai dit que ce nom me disait quelque chose. On m’a embarqué si vite après mon adoption et il y avait tellement d’équipages en mer que je ne l’ai jamais rencontré en personne, mais le bateau, l’Otarie, était de chez nous.

Maïa le regarda en ouvrant de grands yeux.

— Tu es de la guilde des Pinnipèdes.

— Je suis bête, comment pourrais-tu le savoir ? Le pavillon avait été abaissé avant le combat. Quelle honte ! C’est là que j’ai compris qu’on s’était embarqués dans une sale affaire.

Maïa le laissa parler, en proie à un tourbillon d’émotions contradictoires où prédominait la stupéfaction.

— Le clan Terredure connaît les Pinnipèdes depuis des générations. Il paraît qu’autrefois c’était une grande guilde. Elle transportait des marchandises de luxe, et ses officiers étaient les bienvenus à la ville Haute en hiver comme en été. Aujourd’hui, les commodores acceptent des boulots comme d’occuper le phare d’Hasley et de se vendre aux pirates. Pas terrible, hein ? D’un autre côté, je ne vaux pas plus cher…

Maïa le regarda avec un intérêt renouvelé. D’après ce qu’il disait, il pouvait être son cousin au 11e degré. Il faudrait faire une recherche génétique pour en être sûr. Enfin, après toutes ces aventures ébouriffantes, elle était entrée en contact avec la guilde de son père. Même si ce n’était pas comme ça qu’elle avait envisagé les choses. Pas du tout.

Ils poursuivirent un moment en silence, chacun plongé dans ses pensées, puis Brod s’abrita les yeux d’une main, l’air soudain inquiet.

— Qu’y a-t-il ? demanda Maïa.

— J’ai cru une seconde que quelque chose était passé devant le soleil. Il se fait tard. On est encore loin de Botjelli ?

— On devrait le voir derrière la petite flèche, là-devant. D’après la carte, on dirait une île formée d’une dizaine de dents qui auraient fusionné. Il y a deux mouillages, avec des cavernes – ici. Ça va être juste, mais on devrait avoir le temps de trouver un chenal avant la nuit.

Le jeune homme hocha la tête, l’air pas rassuré.

— Pare à virer, alors.

La manœuvre se fit sans heurt, le vent gonflant leur voile dans la bonne direction, comme depuis le début de la journée. « Peut-être la chance nous sourit-elle enfin », songea Maïa, en sachant qu’elle tentait le sort.

— Naroïne m’a fait promettre d’appeler ses supérieures, s’il y a une radio à Hasley, dit-elle pour éviter de ruminer.

Elle regrettait sa promesse. Elle faisait confiance à la boscotte, mais à ses supérieures ? « Il y a tant de gens qui veulent Renna pour des raisons à eux. Il n’a pas que des amies au Conseil. Autres problèmes : les pirates le laisseront-elles partir vivant ? Le Conseil dispose-t-il encore d’armes comme celles qui ont brûlé Grimké ? Et s’il décide qu’un étranger mort vaut mieux qu’un étranger aux mains de leurs ennemies ? »

Les pensées troublantes se succédaient. La réponse de Brod ne fut pas plus enthousiasmante.

— On peut toujours essayer d’entrer dans la salle com. Mais j’en ai mal au ventre rien que d’y penser.

— Ça, je te comprends. On risque gros, si en plus on essaie d’entrer dans la salle des cartes…

— Ce n’est pas ça. C’est juste que… j’aimerais mieux que ce soit quelqu’un d’autre que moi qui dénonce ma guilde.

— Ne me dis pas que tu as des scrupules, après ce qu’ils t’ont fait !

— Tu ne comprends pas. Une autre guilde m’approuverait peut-être de t’avoir aidée à sauver un ami. Mais qui ira engager un homme qui a cafardé ses propres compagnons d’équipage ?

— Évidemment…

Elle n’avait pas mesuré la portée de son sacrifice. En sus de la vie et de la liberté, il risquait de perdre toute chance de faire carrière. « Ce que je n’ai jamais eu », se retint-elle de lâcher. Il faut du courage, quand on a des projets d’avenir pour les jouer sur un coup de dés, pour l’honneur.

L’esquif franchit un cap derrière lequel apparut, comme prévu, une grande île pareille à une immense patte griffue pétrifiée alors qu’elle sortait de la mer : l’île de Botjelli. Un mystérieux processus géologique avait soudé les griffes, unissant les pics par un fouillis d’arches de pierre.

Elle devait être encore plus grande, autrefois. Des vestiges tronqués, fondus, indiquaient l’emplacement d’autres îlots jadis détachés par une explosion de la même origine, sans doute, que celle qui avait excavé Grimké. Des cicatrices de brûlure balafraient les branches convulsées de cette île en forme d’étoile hérissée de moignons arrondis et d’arêtes aiguës, creusée d’ouvertures irrégulières par l’une desquelles Maïa aperçut un lagon intérieur, aussi lisse que du verre.

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