Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]
Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]». Краткое содержание книги:

A travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique.
Après l'interminable agonie de leur père, Jacques, bouleversé, découvre que l'homme qu'il croyait dur et sans tendresse aimait ses fils. Dans cette famille en deuil, l'Histoire fait soudain irruption lorsque se profile le spectre de la guerre après l'attentat de Sarajevo. Devenu socialiste aux côtés de Jaurès, Jacques tente en vain de convaincre son frère de l'imminence du conflit et de ses répercussions dramatiques…
1 ... 99 100 101 102 103 104 105 106 107 ... 146
Перейти на страницу:

Antoine assura mieux sa voix, et répéta :

— « Quoi, vrai ? »

— « Que j’ai le physique d’une héroïne de mélo », répondit-elle froidement, ne voulant pas lui laisser voir qu’elle l’avait deviné. Elle avait sorti un petit miroir de son sac, et s’y examinait distraitement : « Regardez… Est-ce que j’ai la tête de quelqu’un qui mourra bêtement dans son lit ? Non : je finirai d’une façon dramatique, vous verrez ! Un matin, on me trouvera, en travers de ma chambre, poignardée… Sur le tapis, toute nue… et poignardée !… D’ailleurs, j’ai remarqué : dans les livres, celles qui s’appellent Anne, elles finissent toujours poignardées… Vous savez », poursuivit-elle, sans quitter des yeux le miroir, « j’ai une peur atroce d’être laide quand je serai morte. Les lèvres blanches des morts, c’est tellement horrible… Moi, je veux absolument qu’on me farde. Du reste, je l’ai marqué sur mon testament. »

Elle parlait vite, plus vite que de coutume, et en zézayant un peu, comme lorsqu’elle était intimidée. Avec le coin de son mouchoir, elle étancha délicatement les larmes restées entre les cils ; puis elle se donna un coup de houppette, remit le tout dans son sac, et fit claquer le fermoir.

— « Au fond », reprit-elle (et, pour cet aveu, sa belle voix de contralto prit soudain un accent vulgaire), « je ne déteste pas tellement que ça d’avoir la tête d’une héroïne de mélo… »

Elle tourna enfin son visage vers lui, et s’aperçut qu’il continuait à l’épier. Alors, elle sourit lentement, et parut prendre un parti :

— « Mon physique m’a déjà joué quelques mauvais tours », soupira-t-elle. « Vous savez que j’ai passé pour une empoisonneuse ? »

Un quart de seconde, Antoine hésita. Ses paupières battirent. Il déclara :

— « Je sais. »

Elle mit ses coudes sur la table, et, les yeux dans les yeux de son amant, elle articula, d’une voix traînante :

— « Tu me crois capable de ça ? »

Le ton crânait, mais le regard avait fui et se perdait de nouveau dans le vague.

— « Pourquoi non ? » fit-il, mi-plaisant, mi-sérieux.

Elle demeura quelques instants silencieuse, les yeux sur la nappe. La pensée que ce doute ajoutait peut-être un certain piment aux sentiments qu’Antoine éprouvait pour elle lui traversa l’esprit ; et la tentation l’effleura de le laisser à son incertitude. Mais, lorsqu’elle eut ramené sur lui son regard, la tentation s’évanouit.

— « Non », dit-elle alors, brutalement. « La réalité n’est pas si… romanesque : le hasard a voulu que je sois seule avec Goupillot, la nuit où il est mort ; c’est vrai. Mais il est mort, à son heure, et sans que j’y sois pour rien. »

Le silence d’Antoine, la façon dont il écoutait semblaient indiquer qu’il attendait de plus amples détails. Elle repoussa son assiette devant elle sans y avoir touché, et prit dans son sac une cigarette, qu’Antoine lui laissa allumer sans faire un mouvement. Elle fumait souvent de ces cigarettes de thé, qu’elle se procurait à New York, et qui répandaient un relent d’herbes brûlées, âcre et entêtant. Elle tira quelques bouffées qu’elle souffla longuement devant elle, puis elle murmura, avec lassitude :

— « Ça vous intéresse, ces vieilles histoires ? »

— « Oui », fit-il, un peu plus précipitamment qu’il n’eût voulu.

Elle sourit, et haussa les épaules, comme devant un caprice sans conséquences.

Les pensées d’Antoine vagabondaient. Anne ne lui avait-elle pas dit, un jour : « Pour me défendre dans la vie, j’ai tellement pris l’habitude de mentir que, si jamais tu t’aperçois que je te mens, à toi, il faudra me le dire tout de suite, — et ne pas m’en vouloir… » ? Il demeurait perplexe. Il se souvint, à l’improviste, de l’étrange familiarité qu’il avait surprise, jadis, entre Anne et Miss Mary, la gouvernante de la petite Huguette. Il était bien certain de ne pas s’être trompé sur la nature de cette intimité. Pourtant, lorsqu’il avait, plus tard, en souriant, posé à sa maîtresse quelques questions précises, non seulement Anne s’était dérobée à tout aveu, mais elle avait protesté contre ce soupçon, avec une indignation, une apparence de sincérité, déconcertantes.

— « Non ! Jamais d’os, voyons ! Vous voulez l’étrangler ! ».

Un garçon venait de déposer une écuelle de pâtée devant le coussin de Fellow, et, pour faire du zèle, s’apprêtait à y ajouter les carcasses des pigeonneaux.

Le maître d’hôtel accourut :

— « Madame désire ?… »

— « Rien, rien », dit Antoine, agacé.

Le pékinois s’était dressé sur ses pattes et flairait l’écuelle. Il s’étira, secoua ses oreilles, renifla l’air à petits coups, et tourna désespérément vers sa maîtresse sa petite truffe aplatie.

— « Qu’est-ce qu’il y a donc, mon petit Fellow ? » fit Anne.

— « Qu’est-ce qu’il y a, petit filou ? » répéta, comme un écho, le maître d’hôtel.

— « Montrez-moi ça », dit Anne, au garçon. Elle toucha l’écuelle avec le dos de sa main : « Parbleu, elle est toute refroidie, votre pâtée ! Je vous ai dit : chaude… Et aucune graisse », ajouta-t-elle sévèrement, en pointant le doigt vers un fragment de gras. « Du riz, des carottes, et un peu de viande hachée fin. Ça n’est pourtant pas sorcier ! »

— « Remportez ça ! » ordonna le maître d’hôtel.

Le garçon ramassa l’écuelle, considéra un instant la pâtée ; puis, docilement, il repartit vers les cuisines. Mais, avant de s’éloigner, il leva une seconde les yeux vers la table, et Antoine croisa son regard glissant.

Dès qu’ils furent seuls :

— « Chérie », fit-il, avec un accent de reproche, « vous ne pensez pas que M. Fellow se montre un peu bien difficile… ? »

— « Ce garçon est idiot ! » interrompit Anne, courroucée. « Vous l’avez vu ? Il restait là, planté devant cette terrine ! »

Antoine dit, doucement :

— « Il pensait peut-être que, en ce moment, dans quelque soupente de banlieue, sa femme et ses gosses, eux, sont attablés devant… ».

La main d’Anne, chaude et vibrante, se posa vivement sur la sienne :

— « Mon Tony, c’est vrai, c’est affreux, ce que vous dites là… Pourtant, voyons, vous ne voulez pas que Fellow tombe malade ? » Elle semblait en proie à une perplexité réelle. « Pourquoi riez-vous, maintenant ? Écoutez, Tony : il va falloir lui donner un pourboire, à ce pauvre garçon… À lui, spécialement… Un gros pourboire… De la part de Fellow… »

Elle rêva quelques secondes, et dit soudain :

— « Mon frère aussi, figurez-vous, il avait commencé par être garçon de restaurant… Oui, garçon, dans un bouillon de Vincennes. »

— « Je ne savais pas que vous aviez un frère », fit Antoine. (L’accent, le jeu de physionomie, semblaient sous-entendre : « D’ailleurs, je sais si peu de chose de vous… »)

— « Oh, il est loin… Si seulement il vit encore… Il était parti en Indochine, il s’était engagé dans la coloniale… Il a dû se faire une vie là-bas. Je n’ai jamais eu de ses nouvelles… » Elle avait baissé le ton, progressivement. Sa voix n’était jamais plus émouvante que dans les notes graves. Elle dit encore : « C’est bête, j’aurais si bien pu l’aider… » Puis elle se tut.

— « Alors », attaqua Antoine, après être resté quelques instants silencieux, « il est mort, sans que vous soyez là ? »

— « Qui ? » fit-elle, en battant des cils. Cette insistance l’étonnait. Toutefois, elle éprouvait une satisfaction à sentir l’attention d’Antoine si fortement accrochée.

Elle se mit soudain à rire, d’un rire inattendu, léger, communicatif.

1 ... 99 100 101 102 103 104 105 106 107 ... 146
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)