Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
La plus grande partie de la surface des ponts ama était occupée par les longues pistes d’essai, où l’on pouvait lancer les montures à pleine vitesse et vérifier leurs réglages. Les véritables entraînements avaient lieu, comme pour les autres régiments, dans les dômes. Le long des pistes, des dizaines de boxes s’alignaient, accueillant chacun plusieurs montures et les équipes d’entretien qui leur étaient affectées. Au cœur de la journée, les ponts débordaient d’activité et de bruit, mais, l’après-midi finissant déjà, beaucoup d’équipes avaient bouclé leur programme et quitté les lieux. Les dernières Amazones encore en piste revenaient aux boxes et quelques techs en retard terminaient de régler des moteurs ou rangeaient du matériel.
Tout cela était relativement familier pour Tancrède puisqu’il possédait lui-même un méca-perch, parqué et entretenu dans une zone équivalente à celle-ci dans un autre secteur. Comme à chaque fois qu’il en voyait, il ne put s’empêcher de trouver un côté un peu comique à la démarche légèrement sautillante des bipèdes de combat, tout en sachant parfaitement que dans une bataille, les Amazones valaient largement leurs homologues masculins.
Grâce au passe fourni par Albéric, Tancrède avait trompé sans difficulté les différents sas de sécurité et cherchait maintenant des yeux le box qu’il était venu inspecter. Personne ne prêtait attention à lui. S’il était ici, c’est qu’il avait les accréditations nécessaires. De plus, afin de n’éveiller aucune méfiance, il avait revêtu son uniforme de lieutenant comme s’il était toujours en service, revolver T-farad à la ceinture. Les techs qu’il croisait lui adressaient un salut machinal, faisant à peine attention à lui.
Il lui fallut marcher jusqu’à l’extrémité des pistes pour trouver enfin le stand N74. C’était le dernier, tout au bout du pont amazones, là où l’activité devait être la plus réduite, même en journée. Le box était fermé. Rien d’anormal à cette beure-là, se dit Tancrède, en s’efforçant de ne pas s’emballer. Après tout, peut-être que l’histoire racontée par les deux hommes dans la file d’attente du dispensaire ne recelait aucun mystère, aucune machination. Je vais rapidement en avoir le cœur net, de toute façon.
Tancrède s’avança sur l’aire devant le box. Il remarqua qu’elle était propre et dégagée, contrastant sur ce point avec les autres où les traces de graisse et le bric-à-brac mécanique étaient monnaie courante. Je parierais ma solde que personne n’entretient de monture ama ici.
Bien entendu, la grande porte du box était verrouillée. Le cœur battant à l’idée de devoir arrêter ici son exploration s’il n’arrivait pas à l’ouvrir, Tancrède présenta son passe devant le détecteur. Un bip électronique se fit entendre, et la porte se déverrouilla.
Bravo Albéric ! pensa Tancrède.
Les choses devenant sérieuses, il se concentra davantage sur son objectif. Maintenant, il ne s’agissait plus de donner le change à des techs, mais de se préparer à une éventuelle rencontre avec le Foudroyeur. Tout en s’efforçant de réguler sa respiration, Tancrède sortit son revolver du holster, ôta la sécurité et entra dans le box d’un mouvement vif. L’intérieur était sombre, silencieux et, comme Tancrède s’y attendait, totalement vide.
La lumière qui pénétrait par l’entrebâillement de la porte permettait de distinguer les contours des quatre stalles qui s’alignaient au fond du box, mais pas la moindre monture n’y était rangée. Aucun matériel n’était entreposé, pas d’outil ni de pièce mécanique. Bref, l’endroit était manifestement inutilisé. Prudemment, Tancrède traversa la pièce en prenant garde à ne pas passer dans le rai de lumière provenant de la porte, pour s’approcher du foyer des techs. Cette petite pièce installée au fond de chaque box tenait lieu aux techniciens de pièce à vivre, pour qu’ils puissent se détendre, prendre une douche, ou rattraper un retard de sommeil. La porte en était aussi verrouillée.
Tancrède inséra le passe, mais rien ne se produisit. De dépit, il poussa un juron étouffé. Au diable la prudence, je ne me suis pas donné tout ce mal pour me casser les dents sur une simple porte !
Reculant d’un pas pour mettre davantage de force à son geste, il asséna un puissant coup de talon dans la serrure qui vola en éclats. Il se plaqua aussitôt sur la cloison pour ne pas faire une cible trop évidente. Il avait causé beaucoup de bruit, mais avec un peu de chance, personne ne l’avait entendu. S’accroupissant pour plus de sécurité, il se jeta dans la pièce et se reçut de l’autre côté de l’encadrement de la porte qui ne tenait plus que par un seul de ses gonds. Ses perceptions étaient exacerbées, mobilisées dans un seul but, repérer un bruit ou un mouvement. Au bout de plusieurs secondes d’immobilité, il acquit la conviction qu’il était seul ici et se releva, toujours aux aguets. Il put enfin observer les lieux et sut aussitôt qu’il ne s’était pas trompé.
Le foyer avait été intégralement transformé. C’était désormais une véritable cabine où Tancrède reconnaissait les mêmes équipements que ceux qu’il avait vus dans la première planque du Foudroyeur, y compris l’alvéole bricolée qui lui avait permis de survivre à l’appareillage et au transit Rœmer. Quelques vêtements étaient éparpillés et des reliefs de repas subsistaient sur la table, mais dans l’ensemble, l’endroit était propre et ordonné. Dans le fond de la pièce, une petite porte avait été installée sur la cloison du box. Tancrède comprit aussitôt qu’elle devait déboucher dans une conduite technique, permettant ainsi à l’occupant des lieux d’aller et venir sans être vu.
Tancrède jubilait d’avoir vu juste. Un reflet métallique dans la pénombre attira alors son attention ; un cube chromé était posé au fond de la pièce. Il flottait dix centimètres au-dessus du sol. La même caisse homéostatique qu’il avait vue la première fois trônait ici aussi, réfléchissant le peu de lumière qui parvenait jusqu’à elle. Cette caisse fascinait Tancrède. Il était persuadé qu’elle devait contenir quelque chose d’extrêmement important. Au mépris de toute prudence, il fit un pas pour s’en approcher lorsqu’une voix retentit derrière lui :
« Je peux savoir ce que vous faites ici ? »
Sursautant violemment, Tancrède se retourna en un éclair et pointa son arme en direction de la voix. Il découvrit une jeune femme – une amazone à en juger par son uniforme – sur le seuil du box, les mains sur les hanches, campée dans une position autoritaire. Elle sembla quelque peu décontenancée en découvrant l’arme dans les mains de Tancrède, mais pas effrayée. Le contre-jour empêchait Tancrède de distinguer correctement ses traits. Il devinait néanmoins son regard, braqué sur lui. Il baissa aussitôt son arme et fit un geste de la main pour signifier qu’elle n’avait rien à craindre de lui.
« Je répète ma question, reprit-elle sur le même ton sec, que faites-vous ici ? »
Embarrassé, Tancrède improvisa une excuse.
« Je, hum… cherche un ami…
— L’arme au poing ? l’interrompit-elle. Drôle d’ami. Je crois que je vais appeler la sécurité…
— Non, attendez !
— Quoi ? »
Tancrède, gêné, hésitait à lui dire la vérité, ne sachant comment elle réagirait. Cependant, c’était préférable à la police militaire. Il fit quelques pas hors du foyer pour s’approcher d’elle.
« J’enquête sur la mort d’une amie, une amie très proche. Cependant, il s’agit d’une enquête… disons, non officielle. »
La jeune femme se tenait toujours dans l’encadrement de la porte, le dévisageant calmement, les bras croisés.