Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Sans même attendre la fin de la phrase, Tancrède enjamba la barrière et sauta de l’autre côté.
« Entendu, je passerai le message. Merci, chrétien ! » répondit-il en s’éloignant au pas de course.
« Vous là-bas, revenez immédiatement ! cria le planton de service à l’entrée du dispensaire. La visite médicale est obligatoire ! »
Mais Tancrède était déjà loin.
Les talons des bottes ferrées de Robert de Montgomery claquaient sur le sol de la chapelle papale tandis qu’il y faisait les cent pas, attendant avec inquiétude son entrevue avec Urbain IX. Il allait devoir se montrer particulièrement adroit, pas question de commettre la moindre erreur.
Nerveux, cela faisait plusieurs fois qu’il essuyait ses mains moites sur le revers de sa veste, non sans être irrité de constater que le vieil homme lui faisait aussi peur qu’à tous les autres. Bon sang je ne suis tout de même pas n’importe qui dans ce fichu empire ! Je suis à la tête de la seconde armée de France et du premier contingent de cette croisade !
On l’avait prévenu à peine quelques heures plus tôt que Sa Sainteté allait le recevoir dans la chapelle papale, aussi, il n’avait guère eu le temps de se préparer psychologiquement pour la rencontre. Bien qu’il ait été exaspérant, son entretien avec Ubalde de Kolding avait donc fini par porter ses fruits, même s’il avait fallu attendre trois mois relatifs pour cela.
Robert répétait mentalement ce qu’il avait à dire et surtout, comment il fallait le dire. Parler d’abord de Tancrède, ou commencer par ses prétentions sur le domaine normand des Tarente ? Même si Urbain n’était pas idiot au point d’ignorer les arrière-pensées de sa démarche, Robert devait donner l’impression de se préoccuper uniquement du bon déroulement de la croisade.
« Connexion imminente, Monsieur le Duc », annonça la voix de l’opérateur.
Robert expira tout l’air de ses poumons afin de ralentir les battements de son cœur, puis s’agenouilla dans le cercle tachy. L’image d’Urbain se forma et Robert baissa la tête en signe de déférence.
« Très Saint-Père, je me présente devant vous en humble serviteur de Dieu », récita-t-il.
De toutes les formules protocolaires pour s’adresser au pape, il préférait celle-ci pour son allusion voilée au fait que le chef suprême de l’Église romaine n’était au fond qu’un intermédiaire.
« Vous rencontrer est toujours un plaisir, très cher duc, répondit Urbain IX. Vous pouvez relever la tête. »
Robert s’exécuta et découvrit Urbain, assis bien droit dans son fauteuil, les yeux fixés sur lui. Il n’avait pas changé depuis la dernière fois qu’il avait été en sa présence, juste avant l’embarquement.
« J’ai hâte, poursuivit Urbain, de savoir quelles sont ces terribles menaces pesant sur l’avenir de l’Empire qui ont justifié que vous déployiez tous vos talents diplomatiques pour provoquer ce rendez-vous. »
Robert déglutit. Ça commence mal, mieux vaut parler des problèmes de la croisade en premier.
« Votre Sainteté, je ne me serais jamais permis de vous détourner de votre tâche si la situation ne l’avait exigé. J’ai sollicité cet entretien afin de vous avertir des difficultés que rencontre actuellement cette campagne.
— Je vous écoute. »
C’est parti.
« Comme vous le savez certainement, des troubles d’ordre politique fragilisent la discipline dans certains régiments. Des rumeurs et de fausses informations circulent en permanence sans que rien d’efficace ne soit fait pour y mettre un terme. Ces phénomènes ont même eu tendance à prendre de l’ampleur ces derniers temps. »
Le pape haussa un sourcil sans se départir de son expression ironique. La lumière qui tombait sur lui depuis les fenêtres de son vaste bureau changeait constamment, passant d’un éclatant soleil à la demi-pénombre, laissant supposer que de gros cumulus encombraient le ciel de Rome.
« J’avais cru comprendre que Pierre l’Ermite avait déjà pris les mesures appropriées, répondit-il d’un ton suave. Pourquoi estimez-vous nécessaire de me consulter parallèlement ? »
Robert essaya de dissimuler sa crispation. Attention, pas de faux pas. Si le pape prend mal mon court-circuitage de Pierre, ça peut se retourner contre moi. Après tout, même si Urbain avait imposé Robert comme conseiller spécial pour les questions militaires, c’était bel et bien Pierre l’Ermite qu’il avait choisi pour être son homme de confiance. Sur le moment, cela n’avait pas dérangé Robert puisque ce qui comptait pour lui était d’être dans toutes les confidences, néanmoins, aujourd’hui, il entrevoyait les limites de sa position.
« C’est un peu… délicat, Votre Sainteté. Je ne voudrais surtout vous donner l’impression de dénigrer le travail accompli par notre Préteur. » Allez, le vin est tiré ! « Disons que, malgré ses immenses qualités comme guide spirituel de la croisade, il me paraît parfois un peu trop confiant envers la nature humaine…
— En langage clair, vous pensez que Pierre est trop laxiste. »
Ce n’était pas une question, il ne fallait donc pas répondre. C’est le point de non-retour, ça passe ou ça casse.
« Exposez-moi donc votre vision de la situation. »
Bon sang, c’est réussi ! Il fallait enchaîner tout de suite sans montrer le moindre signe de soulagement.
« Je pense qu’une grande partie de nos difficultés actuelles viennent de certains membres emblématiques de cette croisade, qui se montrent eux-mêmes indisciplinés et réfractaires aux consignes. Et à mon sens, celui qui provoque le plus de perturbations de ce point de vue est sans conteste le lieutenant Tancrède de Tarente. »
Urbain le laissa continuer tout en gardant ses yeux bleus braqués sur lui. Sachant que le pape ne pouvait ignorer les antécédents d’un homme tel que Tancrède de Tarente, Robert ne se hasarda pas à l’agacer en les lui rappelant. Il reprit en affermissant un peu sa voix :
« J’ai donc évoqué, avec Pierre l’Ermite, la possibilité de prendre des mesures sévères à son égard. Malheureusement, le chef de la croisade m’a semblé quelque peu déconcerté par les considérations politiques de ce cas.
— Embarras compréhensible, me semble-t-il, coupa Urbain. Le problème posé par cet homme est des plus épineux. Des éléments jouent en sa faveur, tandis que d’autres militent contre lui.
— Votre Sainteté a absolument raison. Étant donné que toute action officielle contre lui risquerait de prendre des proportions inattendues, nous avons conclu avec Pierre qu’il fallait commencer par le discréditer. Ainsi, nous rendons à l’avance intenable la position de toute personne qui essaierait de le soutenir.
— Cela me parait en effet une solution raisonnable, approuva Urbain.
— Moi pas », répondit sèchement Robert.
Il jouait gros avec une réponse aussi insolente, mais il devait impressionner Urbain, lui montrer que, contrairement à l’Ermite, il n’était pas une mauviette soumise, pétrifiée devant la moindre initiative à prendre.
Le visage indéchiffrable, Urbain gardait le silence, semblant s’interroger sur l’attitude à adopter avec un homme tel que lui. Lorsqu’il répondit, ce fut d’une voix mesurée, sans la moindre trace de colère.
« En ce cas, que préconisez-vous donc, mon cher Robert ? »
C’était gagné. Maintenant, Urbain savait qu’il fallait compter avec lui. Robert s’en voulut un peu d’éprouver un tel soulagement. Il se croyait au-dessus de ça, mais il devait admettre que l’estime du pape comptait pour lui.