Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
— Donc, coupa Tancrède, vous voulez voir par vous-même le contact d’Albéric pour être sûrs que ce n’est pas un membre de la Legio Sancta qui essaye de vous infiltrer. »
Le ton de Tancrède était cassant, à la limite de l’arrogance, et je savais par expérience que ça n’allait pas plaire à Sanche.
« Exactement, répondit celui-ci. Et je ne vois pas où est le problème.
— Il n’y a pas de problème, chrétien, tu es là, alors regarde-moi. Suis-je un légionnaire ? »
Sanche, évidemment, fut piqué au vif.
« Ce n’est pas la peine de le prendre sur ce ton. Peut-être que si tu avais vécu ne serait-ce qu’une journée dans la peau d’un inerme, tu comprendrais mieux nos inquiétudes ! Je constate que j’étais dans le vrai à ton sujet, le Réseau ne doit pas intégrer des gens comme toi. »
Il semblait en avoir assez entendu et fit mine de partir en entraînant Colin avec lui. J’étais effondré. La stupide fierté masculine allait nous priver d’un précieux allié, car, en dépit de ses réflexes aristocratiques un peu vieux jeu, Tancrède était de notre côté, j’en étais certain.
« Attends ! » lança-t-il à Sanche.
Celui-ci s’arrêta puis se retourna, méfiant.
« Je te prie de m’excuser. »
Là, il nous souffla tous. Un noble présentant des excuses à un roturier – pire, à un inerme – aucun de nous trois n’avait jamais vu ça.
« Il nous a fallu du temps, Albéric et moi, pour construire une relation de confiance qui tienne la route, expliqua Tancrède. T’entendre mettre ça en doute de but en blanc m’a irrité, je le reconnais. Cependant, tu as raison lorsque tu dis que je n’ai jamais vécu ce que vous supportez tous les jours. Je pense que cela devrait m’imposer un peu plus de compréhension. C’est vrai que vous prenez bien plus de risques que moi-même. »
Je vis les traits crispés du visage de Sanche littéralement se détendre. Ses sourcils remontèrent, sa bouche retrouva un pli normal et les fronces disparurent du coin de ses yeux. Tancrède avait fait mouche. Contre toute attente, ce fut Colin qui reprit la parole, l’air lui-même surpris de sa propre audace :
« Vous aussi pourtant, vous courrez des risques importants si jamais on vous surprenait avec nous. »
Colin, dix-neuf ans, vouvoyait tous ceux de plus de vingt-cinq.
« D’accord, vous seriez mieux traité par la police, qui n’oserait pas trop vous cogner, mais au final, vous subiriez un châtiment certainement pire que le nôtre, parce qu’on voudrait faire de vous un exemple. Et puis, nous, nous sommes prêts à tout parce que nous n’avons rien à perdre, ce qui n’est pas votre cas. Non, franchement, je ne trouve pas que vous preniez moins de risques que nous. »
Décidément, je n’étais pas au bout de mes surprises. Ce jeune homme, calme et discret, que j’avais à peine remarqué depuis qu’il avait intégré le Réseau, démontrait là, malgré sa candeur, une finesse d’analyse et une maturité que peu de ses aînés avaient. En guise de réponse, Tancrède lui adressa un sourire sincère. Je sautai sur l’occasion pour couper court.
« Bon, je vous propose de considérer que les présentations sont faites et qu’on approfondira plus tard, d’accord ? On ne peut pas rester ici indéfiniment sans attirer l’attention. » Sanche hocha la tête en enfournant une grande bouchée de son sandwich, trop heureux de ne pas avoir à reconnaître que lui aussi y avait été un peu fort avec Tancrède. Nous nous mîmes en marche en adoptant l’allure de travailleurs peu pressés de retourner à leur poste après le déjeuner.
« Tu as réussi à obtenir ce que je t’ai demandé ? » reprit Tancrède.
Je fouillai dans ma poche pour en sortir une petite carte d’accréditation. Un modèle générique, sans signe distinctif, comme le sont tous ceux qu’on achète sur le marché clandestin des cartes pirates. Discrètement, je la glissai dans la main de Tancrède.
« Avec ça, tu devrais avoir accès à presque toutes les zones des ponts ama, lui dis-je. Si jamais tu te fais pincer avec, détruis-la immédiatement, sinon on pourrait remonter jusqu’à nous.
— Compris, répondit-il. Merci de vous être donné tout ce mal.
— Tu ne crois pas si bien dire. Tu peux te vanter de nous avoir donné du fil à retordre avec une demande aussi urgente. Cela n’a pas été simple de le réaliser en si peu de temps, alors j’espère que ça en vaut la peine. »
Tancrède hocha la tête pour montrer qu’il appréciait l’effort.
« Oui, ça en vaut la peine. J’en suis sûr. Pour dénicher le Foudroyeur, on ne peut négliger aucune piste. »
Même si j’étais un peu sceptique, je préférais ne pas trop le montrer par gratitude pour le geste qu’il avait fait tout à l’heure en s’excusant.
« Tu as eu cette information par quelqu’un de fiable ? »
Il eut un petit rire.
« L’information la plus fiable vient justement de celui qui ignore qu’il est en train de t’informer. Ces deux hommes ne se doutaient pas de l’importance de ce qu’ils disaient. » Voyant ma moue dubitative, il ajouta avec entrain : « Ne t’en fais pas, Albéric, fie-toi à mon instinct de soldat sur ce coup-là ! »
J’acquiesçai en mâchonnant mon sandwich. Après tout, il avait raison sur ce point, il était mieux placé que moi pour savoir comment débusquer un homme. Notre petite réunion clandestine ne devait pas s’éterniser, néanmoins j’avais une question à lui poser avant de nous séparer : « Je sais que ça va te paraître farfelu, mais as-tu déjà entendu parler d’un programme de conception génétique de super soldats ? »
Tancrède s’arrêta de marcher, réfléchissant un instant ma question.
« De nombreuses rumeurs ont toujours couru dans l’armée sur de tels sujets, mais aucune ne m’a jamais paru digne de foi. Pourquoi cette question ? Tu as du nouveau ?
— J’ai eu quelques informations intéressantes. Cependant il est trop tôt pour savoir si elles valent quelque chose. J’espérais justement que tu pourrais éclairer ma lanterne.
— Je ne crois pas à ces histoires, conclut Tancrède en secouant la tête. Faire des soldats n’a jamais été bien compliqué. Tels qu’ils sont, les hommes constituent déjà un excellent matériau pour devenir des machines à tuer. Nul besoin de manipulations génétiques. »
Tout en s’efforçant de passer inaperçu, ce qui n’était jamais évident vu sa stature, Tancrède longeait la passerelle qui surplombait les immenses ponts ama.
C’était ici que le régiment des Amazones – le seul entièrement féminin de toute l’armée croisée – parquait et entretenait ses fameuses montures : les tout nouveaux bipèdes de combat, modèle RK. De puissantes machines montées sur deux pattes à trois articulations dont la silhouette rappelait vaguement une espèce connue avant la Grande Extinction sous le nom de kangourous. Les guerrières les chevauchaient grâce à la selle située sur le dos, presque sur le garrot, et les dirigeaient en passant les mains dans les creux aménagés sur les côtés du cou, où des poignées articulées permettaient de coordonner avec précision les mouvements de la bête. Néanmoins, comme pour les percherons mécaniques, le comportement des bipèdes de combat était surtout dicté par un programme informatique, conçu pour s’adapter à la plupart des situations.
Avec deux mètres de haut et un poids de trois cent cinquante kilos, c’étaient de solides montures. Elles paraissaient pourtant presque frêles face aux méca-perchs des chevaliers, même une fois montées par leurs guerrières. La spécificité des Amazones n’était pas la charge massive et destructrice comme les chevaliers, mais plutôt le combat éclair sur tout type de terrain.