Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Saisi d’une atroce douleur, le Foudroyeur hurle en battant frénétiquement des bras et des jambes, le faisant vraiment ressembler à une créature infernale, tandis que le haut de sa bure noire s’effrite en une multitude de miettes de tissu subitement transformé en glace par la détente brutale du gaz. Tancrède est horrifié par ce qu’il voit, mais les cris des policiers qui investissent les lieux le ramènent à la réalité. Il brûle d’en finir enfin avec son ennemi, mais il ne peut se permettre un nouveau scandale public. Il faut absolument fuir avant d’être interpellé.
La porte d’entrée étant située à l’autre bout de l’entrepôt, les policiers de la brigade d’intervention ne peuvent les voir pour le moment, même s’ils crient des sommations à tout bout de champ en progressant dans leur direction. La seule autre possibilité qui reste à Tancrède pour quitter les lieux est de passer par les baies de déchargement qui s’ouvrent à intervalles réguliers dans le plafond de la salle, dix mètres plus haut. Ce sera ça ou rien !
Sans perdre une seconde supplémentaire, Tancrède se lance dans l’escalade d’un empilement de caisses, dérape sur une planche mal assujettie, se rattrape à un montant d’une étagère encombrée d’outils, termine son ascension sur celle-ci et se retrouve sept mètres plus haut, au bord du vide. Il lui reste trois mètres pour atteindre la trappe la plus proche, mais aucune étagère ne monte aussi haut. Une longue chaîne pend à travers l’ouverture, permettant en temps normal d’arrimer les caisses afin de les descendre jusqu’au sol, mais elle se trouve à plusieurs mètres de là. Le saut paraît périlleux. Néanmoins, les lasers de visée des policiers se rapprochant de plus en plus, Tancrède prend une grande inspiration, recule d’un pas puis se lance dans le vide vers la chaîne. Sous son poids, celle-ci descend de plusieurs crans lorsqu’il s’y agrippe, mais elle tient bon. Sans attendre davantage, Tancrède grimpe rapidement les quelques mètres qui lui restent à franchir pour enfin disparaître par la trappe.
Le dock de déchargement dans lequel il débouche juste au-dessus de l’entrepôt est désert, à peine éclairé par les veilleuses de service. Tancrède prend la précaution de décrocher la chaîne au cas où un policier déciderait de faire du zèle et de tenter de le suivre. Désormais hors d’atteinte, il se faufile rapidement entre les grues pour trouver enfin une sortie à ce cul-de-sac et quitter pour de bon les ponts amazones. Tout en s’éloignant, il a le temps d’entendre des crépitements d’armes automatiques et des cris de panique. Le combat entre le Foudroyeur et les forces de l’ordre vient de s’engager. Malgré la blessure terrible qu’il vient de subir, le démon est donc suffisamment valide pour se battre. Tancrède sait que, malgré leur armement, les policiers ne feront pas le poids.
Debout devant le comptoir du bureau des sorties du Central-Charité, Clorinde di Severo attendait qu’on lui apporte les formulaires nécessaires pour quitter le service des urgences où elle avait été admise quelques heures plus tôt. De sa rencontre fortuite avec les deux hommes, elle avait gardé un bras en écharpe, luxé dans sa chute, et de multiples brûlures au torse sur lesquelles des thermo-réducteurs avaient été appliqués. Un bel hématome s’était également développé sur son plexus, là où le grand brun l’avait frappée pour la pousser hors de la trajectoire de l’éclair.
Clorinde avait tout de l’aristocrate bien née, une stature légèrement plus importante que la moyenne qui lui permettait de dominer la plupart de ses interlocuteurs d’un regard hautain, et les manières de quelqu’un qui a l’habitude d’être obéi et de se faire servir. De plus, cette impression se trouvait renforcée par sa singulière beauté qui surprenait souvent les gens au premier abord et la rendait un peu intimidante. Ses cheveux sombres et bouclés, souvent tressés vers l’arrière selon la mode militaire des Amazones, recelaient des nuances dorées qui scintillaient selon les variations de la lumière. Le visage qu’ils entouraient s’inscrivait dans un ovale parfaitement régulier dont seuls le nez et les pommettes se démarquaient, comme pour mieux souligner ses yeux d’un vert absolu, un vert si intense qu’il lui avait valu son prénom. En effet, ses parents avaient projeté de l’appeler Alida, mais, frappés par la couleur de ses yeux dès qu’elle les avait ouverts, ils avaient choisi Clorinde, dérivé de khloros : « vert clair » en grec.
En réalité, Clorinde di Severo n’était pas une aristocrate. C’était la plus jeune des trois enfants de la famille d’un diplomate du Vatican dont la loyauté et la constance dans le travail avaient été récompensées par quelques terres dans l’est de l’Italie et une particule. Ses parents n’ayant aucune fortune personnelle, elle n’avait jamais connu plus de luxe que celui octroyé aux familles des hauts fonctionnaires – ce qui représentait toutefois davantage que n’en connaîtraient jamais la plupart de ses compatriotes. À l’âge de neuf ans, alors que son père était en poste au Nigeria, elle avait dû être rapatriée en Italie à la suite d’une terrible tragédie qui avait coûté la vie à toute sa famille, la laissant orpheline. Recueillie par une communauté de sœurs d’un couvent de Trieste, elle avait été élevée dans la rigueur de la discipline religieuse, recevant une éducation complète, bien que principalement fondée sur la théologie.
À quatorze ans, alors que s’affirmait déjà chez elle un tempérament peu docile, il était devenu évident pour la mère supérieure qu’elle ne ferait jamais une religieuse accomplie. Comme elle n’avait toujours pas prononcé ses vœux, elle fut présentée au concours d’entrée de l’École Militaire Féminine de Belfort, en France, qu’elle réussit brillamment.
Ainsi, alors que depuis la perte de sa famille, à neuf ans, Clorinde n’avait connu que l’âpreté de la vie religieuse puis militaire, elle avait développé une fierté et une confiance en soi telles qu’on la croyait souvent de haute naissance. Et elle n’hésitait pas à jouer de cette erreur, notamment lorsqu’elle avait affaire à des bureaucrates paresseux comme celui du bureau des sorties.
« Dépêchez-vous un peu, je vous prie, dit-elle à l’homme qui s’efforçait de trouver le bon document dans un grand placard encombré, il se fait tard, et je dois rejoindre mon unité. »
L’interpellé marmonna une réponse agacée que Clorinde décida de ne pas relever pour ne pas perdre plus de temps. Elle savait qu’elle aurait pu être moins sèche, mais ne décolérait pas depuis qu’on lui avait fait subir tous ces examens et surtout, ces fichus interrogatoires. C’était dans sa nature, elle prônait l’autorité, mais dès qu’on la lui imposait, elle se hérissait et ne parvenait à se contrôler qu’à grand-peine.
Elle reporta son attention vers la plaque accrochée dans la salle d’attente qui diffusait des bulletins d’information à intervalles réguliers, sans toutefois vraiment suivre le flot de nouvelles répétitives, lorsqu’elle réalisa soudain qu’il était question de l’incident des ponts amazones. Le reportage expliquait qu’une bagarre avait opposé des soldats ivres aux forces de l’ordre et montrait à l’appui des vidéos de surveillance de qualité médiocre où l’on pouvait voir deux hommes se poursuivre et se tirer dessus, puis des témoignages de policiers blessés dans l’affrontement final. Les deux fauteurs de troubles avaient été arrêtés et seraient sévèrement punis. Clorinde avait peine à croire que ce fou furieux en bure noire ainsi que son adversaire qui utilisait des techniques Méta aient pu être appréhendés par la police. Mais le bidonnage des reportages de l’Intra n’étaient plus un secret pour personne à bord du Saint-Michel.