Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
« Je pensais à… une action radicale susceptible de régler le problème définitivement, répondit-il. Une action… euh, physique qui aboutirait à un retrait définitif… » Ah, au diable les euphémismes ! « Si Sa Sainteté me permet d’exprimer ma pensée sans ambages : je pense qu’il faut éliminer ce fauteur de trouble. »
Urbain ne cilla même pas.
« Certains hommes de son unité répondent à mes ordres. Ils œuvrent déjà à distiller l’idée qu’il se comporte mal, que son passé recèle beaucoup de zones d’ombre et que ses fréquentations ne conviennent pas à un officier croisé. Ainsi, s’il lui arrivait malheur, beaucoup penseraient qu’à force de jouer avec le feu, il se serait brûlé… D’autant que tout le monde sait qu’il a mené une enquête personnelle – et illégale – au sujet de la mort de cette jeune femme. Au point d’être rappelé à l’ordre par la police. »
C’était d’ailleurs lui qui avait fait en sorte que tout le monde le sache, en donnant beaucoup d’écho au coup d’éclat de Tancrède devant la police, aux buanderies.
Urbain se caressait le dessus de la main sans quitter Robert des yeux.
« Je dois admettre que votre idée ne manque pas d’attrait… »
Robert exulta intérieurement. Enfin !
« Mais la mettre en œuvre est hors de question. »
Ayant avancé tous ses pions, se croyant en terrain solide, Robert vit soudain le sol se dérober sous ses pieds. Il fallait à tout prix répondre, se raccrocher à quelque chose. Mais attention à ne pas se laisser griser par la réussite de sa répartie insolente de tout à l’heure, ne pas tenter d’éprouver la patience d’Urbain une seconde fois.
« Si Sa Sainteté estime que cette solution n’est pas, euh… la bonne, croassa-t-il, c’est que je n’ai peut-être pas correctement évalué toutes les implications du problème. »
Un léger sourire flottait sur les lèvres fripées du pape. Le duc de Normandie avait cru marquer des points, Urbain lui rappelait à sa manière qui était le véritable maître du jeu.
« Je ne vous le fais pas dire, monsieur le duc, asséna le pape. Contrairement à ce que vous prétendez, l’élimination pure et simple de cet homme serait une solution disproportionnée, davantage dictée par vos ambitions sur le domaine normand de ses parents que par les véritables intérêts de la croisade. Je ne suis pas intervenu lorsque vous avez tenté de vous débarrasser de lui dans un dôme d’entraînement. Toutefois, vous seriez avisé de ne pas réitérer une telle initiative, sans quoi, je vous prie de croire que vous seul en subiriez les éventuelles conséquences négatives. »
Robert eut l’impression qu’Urbain achevait de lui planter ses banderilles dans le dos. La leçon était rude, mais il en avait vu d’autres. Pour le moment, la seule chose à faire était de garder son sang-froid. Faire profil bas. Mon heure viendra tôt ou tard. Alors, même toi, vieux renard, tu seras obligé de composer avec moi.
Du coup, il n’était plus question pour Robert de réclamer, comme il avait prévu de le faire, que le Saint-Père intervienne personnellement auprès du roi de France pour que la propriété des terres prises par la force au domaine des Tarente lui revienne enfin officiellement. Il se concentra pour ne pas laisser affleurer sa déception dans sa réponse.
« Je… conjure Sa Sainteté de croire que seul le désir de faire triompher cette croisade dicte ma conduite. »
Ce fut sur un ton quasi paternel qu’Urbain lui répondit, presque comme s’il s’efforçait de faire comprendre son erreur à un enfant.
« L’élimination de ce lieutenant soulèverait beaucoup trop de questions précisément parce que tout le monde sait qu’il s’intéressait de près à cette affaire Mennecy qui a provoqué tant de remous. De plus, l’influence de Bohémond de Tarente a certes beaucoup diminué au fil des ans, mais il reste un personnage important qu’il ne faut pas sous-estimer. Nous devons faire preuve de finesse et attendre que son neveu se mette lui-même hors circuit. Il sera alors toujours temps pour vous de faire valoir vos prétentions sur le domaine auquel vous semblez tenir tant. Je connais bien les hommes tels que Tancrède de Tarente et, tôt ou tard, il ne manquera pas de faire un faux pas. Il nous suffit d’être patients. »
Incapable de formuler une réponse, Robert baissa la tête.
« Cependant, se montrer patient n’est pas à la portée de tout le monde, conclut Urbain. Le saurez-vous ? »
Je faillis manquer Tancrède tant la foule des passants était compacte sur les trottoirs de l’Allée Centrale.
Suite à son appel de ce matin, je lui avais donné rendez-vous ici parce qu’on n’est jamais aussi discret qu’au cœur d’une foule, mais l’avantage peut rapidement se transformer en inconvénient quand l’affluence empêche de se trouver. Nous nous rencontrâmes néanmoins au cœur de la cohue, sandwichs à la main pour ne pas dénoter, puisque c’était l’heure de la pause déjeuner.
Quelques heures plus tôt, j’avais mis le réseau en effervescence pour répondre à la demande de Tancrède. Fabriquer en si peu de temps un passe pirate pour accéder aux zones sécurisées des ponts amazones n’était pas aussi aisé que le lieutenant semblait le croire. Caractéristique classique des néophytes en informatique : penser qu’ils n’y comprendront jamais rien, tout en croyant que ceux qui y comprennent quelque chose peuvent réaliser n’importe quelle prouesse en un claquement de doigts.
J’avais dû pousser une gueulante pour que les hackeurs du groupe acceptent de se décarcasser un peu et, comme d’habitude, Clotilde nous avait tirés d’affaire. Cependant, certains membres avaient estimé que mes rapports avec ce militaire commençaient à durer depuis trop longtemps sans qu’aucun résultat concret n’en sorte. Sanche avait même demandé à m’accompagner afin de pouvoir se faire sa propre idée du bonhomme, puisque j’étais le seul à l’avoir vu jusqu’à présent.
« Après tout, avait-il dit sur le ton désagréable dont il était coutumier, tu engages la sécurité du réseau avec cette relation. C’est normal qu’on veuille juger par nous-mêmes. »
Je n’avais pas follement apprécié de subir cette fronde, mais dans le fond, je comprenais qu’ils commencent à se poser des questions. J’avais donc accepté en haussant les épaules que Sanche et Colin Fulbert, une recrue récente qu’il fallait former, m’accompagnent au rendez-vous.
Nous avions déjà l’air un peu idiots, tous les trois, avec nos sandwichs en main, mangeant une petite bouchée de temps en temps pour donner le change. Aussi, je ne pus m’empêcher de pouffer lorsque je vis Tancrède avec le sien, le tenant bien haut, comme un signe de ralliement. Nous voulions avoir l’air discret ; nous formions en fait un quatuor comique.
« Quoi ? fit Tancrède. J’ai l’air si bête que ça ? »
Cette fois, je ris pour de bon.
« Tu n’as pas idée. »
Il rit à son tour, et nous nous serrâmes la main. Mes deux compagnons s’approchèrent à leur tour. Le visage de Tancrède se ferma aussitôt.
« Qui sont ces gens ? demanda-t-il un peu froidement.
— Laisse-moi te présenter Pierre Sanche et Colin Fulbert, deux de mes amis du réseau. Ils désiraient te rencontrer.
— J’aurais préféré qu’on reste entre nous », maugréa Tancrède.
Sanche répondit, sans faire dans la dentelle :
« On sait cela. C’est ce qu’Albéric nous sert depuis le début. Mais tu dois comprendre qu’il n’est pas tout seul. Beaucoup d’hommes et de femmes travaillent ensemble pour lutter contre l’oppression et ils prennent tous un risque considérable…