Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
— Hmm… Nous nous aventurons sur un terrain qui ne me plaît guère. »
Je sais bien que tu ne veux pas te salir les mains, petit prédicateur. Ne t’en fais pas pour ça, ça ne me dérange pas, moi.
« Je sais, Pierre, que votre esprit pur et généreux répugne à employer ce genre de méthodes, mais parfois la justice de Dieu est à ce prix.
— Inutile de me donner des leçons de théologie. La question n’est pas là. Le jeune Tarente est le neveu de l’un des chefs militaires de la croisade, et surtout, c’est l’un des six templiers à bord. Cet état de fait rend toute action à son encontre fort hasardeuse. Si d’aventure le Conseil templier considérait une mesure de ce genre comme un acte délibéré de notre part pour réduire sa marge de manœuvre, nous nous retrouverions avec un problème encore plus grand sur les bras. »
Robert eut un accès de mépris pour ce béotien qui se prenait pour un fin politicien.
« Sauf…, dit-il en essayant de masquer son dédain. Sauf si Tancrède était discrédité au point que même le Conseil templier serait obligé de le condamner.
— Vous prenez vos désirs pour des réalités. Jusqu’à présent, Tancrède ne s’est pas montré aussi stupide.
— Peut-être pourrions-nous un peu forcer le destin… »
Le prêtre hocha la tête pour bien montrer qu’il n’était pas dupe.
« Comme vous avez tenté de le faire il y a une semaine au dôme d’entraînement n°3 ?
— Je ne vois pas à quoi vous faites allusion, très cher… »
La fourberie de cet homme n’a donc pas de limite ? pensa Pierre.
« Ne jouez pas ce jeu-là avec moi.
— Vous ne devriez pas vous préoccuper de ce genre de détail, Pierre, réservez-vous pour les hautes œuvres, pour des taches dignes de vous…
— Ah, ne soyez pas obséquieux, c’est irritant ! Je sais de quoi vos hommes sont capables et je ne le tolère que parce que cela sert la Sainte Cause ! Mais n’essayez surtout pas de me faire croire que c’est aussi votre cas. Le conflit territorial qui vous oppose aux parents de ce jeune homme est la seule raison qui vous pousse à vouloir le discréditer ou… le mettre hors d’état de nuire. »
Soudain, alors que Robert de Montgomery s’apprêtait à formuler une réponse outragée, un homme fit irruption juste derrière eux, sans un bruit, comme si l’ombre elle-même l’avait suscité. Il portait une longue bure noire à la capuche rabattue sur un visage dont on voyait à peine le menton glabre. Les deux hommes sursautèrent dans leurs fauteuils.
« Par tous les saints ! s’exclama Pierre, mécontent. Je vous prierais de vous dispenser de ce genre d’entrée théâtrale, soldat !
Un long silence suivit ses paroles. L’apparition ne bougeait pas, n’oscillait même pas. Sa haute stature la faisait paraître démesurée par rapport aux hommes assis devant elle. Lorsqu’elle répondit, ce fut d’une voix traînante et sifflante, qui à elle seule donnait la chair de poule.
« Vous m’avez appelé.
— Oui, répondit Pierre, je vous ai appelé. »
Il désigna un fauteuil de la main.
« Asseyez-vous, je vous prie, nous avons à parler. »
La bure ne bougea pas. La partie visible du visage présentait une peau blanche et lisse qui aurait pu appartenir à un mannequin de plastique. Les lèvres que l’on devinait étaient charnues, presque féminines. Pierre marqua un temps d’arrêt, hésitant sur la conduite à tenir : éprouver son autorité sur cet homme en insistant pour qu’il s’asseye ou faire comme si cela n’avait pas d’importance. Il opta pour la deuxième solution.
« Nous étions précisément en train de parler de vous, reprit-il d’un ton sec. Du fait que vos actes… désordonnés sèment le trouble dans l’esprit de beaucoup d’hommes. Ne pourriez-vous faire preuve de plus de discrétion ? »
L’interpellé laissa à nouveau passer quelques secondes avant de répondre. La luminosité de la pièce semblait avoir diminué depuis son arrivée.
« Il m’a été confié une mission capitale. Rien ne doit m’empêcher de l’exécuter.
— Je ne crois pas me souvenir que l’assassinat d’innocents à bord ait jamais fait partie des objectifs de votre mission. Il est déjà difficile de faire régner l’ordre parmi les troupes sans vos agissements inconsidérés. Alors à partir de maintenant, veillez à vous maîtriser et œuvrez avec davantage de discrétion, sinon il nous faudra prendre des mesures pour limiter vos déplacements. »
Robert observait la scène sans intervenir, mal à l’aise, tassé au fond de son fauteuil. Il devait bien admettre que l’Ermite l’impressionnait par son calme face à ce spectre. Mais peut-être n’était-ce pas du courage, simplement l’ignorance de ce dont étaient capables les gardes suisses augmentés. Pierre, sans se démonter, fixait l’ombre en attendant une réponse. La voix sifflante s’échappa de la capuche :
« La mission prime sur tout. Rien ne doit l’entraver. »
Alors que depuis le début, il regardait dans le vide, entre les deux hommes assis, l’homme en noir se tourna complètement vers Pierre.
« Rien… »
Soudain, ce fut comme si Pierre basculait dans le vide. Un vertige terrible s’empara de lui, brouilla sa vision. La peur déferla en lui, s’insinuant jusqu’au plus profond de son être. Il poussa un cri et s’agrippa aux accoudoirs. Puis tout cessa d’un coup, aussi vite que cela avait commencé, le laissant blanc comme un linge et le souffle court.
Pierre se leva d’un bond.
« Ne refaites jamais cela ! hurla-t-il en pointant la bure du doigt. N’essayez plus jamais d’utiliser votre technologie démoniaque sur moi ! Sans cela, même l’importance de votre mission ne saurait vous protéger de ma colère ! »
L’homme, impassible, ne répondit rien. Sa bouche n’était presque pas visible, mais Robert aurait juré qu’un sourire sarcastique flottait sur ses lèvres.
Toujours sans faire le moindre bruit, il pivota sur lui-même et quitta la pièce, retournant à l’obscurité qui l’avait engendré.
Roche friable, sable gris.
Le silence.
Il s’éveille dans la caverne. Combien de temps a-t-il dormi ?
Longtemps. Très longtemps.
Il se sent reposé. Détendu. Il avance dans les tunnels.
L’obscurité domine, mais il y voit grâce à des failles dans la voûte.
Des rais de lumière balisent son chemin à intervalles réguliers.
Suis les lignes.
Quelles lignes ?
Suis les lignes si tu veux vivre.
Il discerne de fines lignes courant le long des parois.
Il les voit parce qu’elles sont phosphorescentes.
Il croit même qu’elles pulsent légèrement.
Mais lorsqu’il s’approche pour les observer de plus près, elles disparaissent.
Les lignes de force.
Pourquoi devrais-je les suivre ?
Tu les suis déjà.
Pourquoi ne puis-je les voir de près ?
On ne peut les voir que de loin.
Il avance lentement, prudemment. Les grottes sont un labyrinthe de pierre.
Il commence à penser qu’il n’en sortira jamais.
Je vais mourir ici !
Il essaye de suivre les lignes, mais elles ondulent sur les parois.
Leur direction n’est pas toujours précise.
Tu dois apprendre à les déceler, même dans l’obscurité.
Même dans l’obscurité ?
Surtout dans l’obscurité.
Toutes les lignes convergent maintenant vers un point, au fond d’une des grottes.