Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«Je me préparai en peu de jours à mon départ, et sitôt qu’on m’eût livré les présents du calife avec une lettre de sa propre main, je partis et pris la route de Balsora, où je m’embarquai. Ma navigation fut très-heureuse: j’arrivai à l’île de Serendib. Là j’exposai aux ministres la commission dont j’étais chargé, et les priai de me faire donner audience incessamment: ils n’y manquèrent pas. On me conduisit au palais avec honneur; j’y saluai le roi en me prosternant selon la coutume.
«Ce prince me reconnut d’abord, et me témoigna une joie toute particulière de me revoir: «Ah! Sindbad, me dit-il, soyez le bienvenu. Je vous jure que j’ai songé à vous très-souvent depuis votre départ. Je bénis ce jour, puisque nous nous voyons encore une fois.» Je lui fis mon compliment, et après l’avoir remercié de la bonté qu’il avait pour moi, je lui présentai la lettre et le présent du calife, qu’il reçut avec toutes les marques d’une grande satisfaction.
«Le calife lui envoyait un lit complet de drap d’or, estimé mille sequins: cinquante robes d’une très-riche étoffe; cent autres de toile blanche la plus fine du Caire, de Suez, de Cufa et d’Alexandrie; un autre lit cramoisi et un autre encore d’une autre façon; un vase d’agate plus large que profond, épais d’un doigt et ouvert d’un demi-pied, dont le fond représentait en bas-relief un homme, un genou en terre, qui tenait un arc avec une flèche, prêt à tirer contre un lion; et lui envoyait enfin une riche table que l’on croyait, par tradition, venir du grand Salomon. La lettre du calife était conçue en ces termes:
«Salut, au nom du souverain guide du droit chemin, au puissant et heureux sultan, de la part d’Abdallah Haroun Alraschid, que Dieu a placé dans le lieu d’honneur après ses ancêtres d’heureuse mémoire!
Nous avons reçu votre lettre avec joie, et nous vous envoyons celle-ci, émanée du conseil de notre Porte, le jardin des esprits supérieurs. Nous espérons qu’en jetant les yeux dessus vous connaîtrez notre bonne intention, et que vous l’aurez pour agréable. Adieu.»
«Le roi de Serendib eut un grand plaisir de voir que le calife répondait à l’amitié qu’il lui avait témoignée. Peu de temps après cette audience, je sollicitai celle de mon congé, que je n’eus pas peu de peine à obtenir. Je l’obtins enfin, et le roi, en me congédiant, me fit un présent très-considérable. Je me rembarquai aussitôt, dans le dessein de m’en retourner à Bagdad; mais je n’eus pas le bonheur d’y arriver comme je l’espérais, et Dieu en disposa autrement.
«Trois ou quatre jours après notre départ, nous fûmes attaqués par des corsaires qui eurent d’autant moins de peine à s’emparer de notre vaisseau, qu’on n’y était nullement en état de se défendre. Quelques personnes de l’équipage voulurent faire résistance, mais il leur en coûta la vie; pour moi et tous ceux qui eurent la prudence de ne pas s’opposer au dessein des corsaires, nous fûmes faits esclaves.»
Le jour qui paraissait imposa silence à Scheherazade. Le lendemain, elle reprit la suite de cette histoire.
CCXXXIII NUIT.
Sire, dit-elle au Sultan des Indes, Sindbad continuant de raconter les aventures de son dernier voyage: «Après que les corsaires, poursuivit-il, nous eurent tous dépouillés, et qu’ils nous eurent donné de méchants habits au lieu des nôtres, ils nous emmenèrent dans une grande île fort éloignée où ils nous vendirent.
«Je tombai entre les mains d’un riche marchand, qui ne m’eut pas plutôt acheté qu’il me mena chez lui, où il me fit bien manger et habiller proprement en esclave. Quelques jours après, comme il ne s’était pas encore bien informé qui j’étais, il me demanda si je ne savais pas quelque métier. Je lui répondis, sans me faire mieux connaître, que je n’étais pas un artisan, mais un marchand de profession, et que les corsaires qui m’avaient vendu, m’avaient enlevé tout ce que j’avais. «Mais, dites-moi, reprit-il, si vous ne pourriez pas tirer de l’arc?» Je lui repartis que c’était un des exercices de ma jeunesse, et que je ne l’avais pas oublié depuis.
Alors il me donna un arc et des flèches, et m’ayant fait monter derrière lui sur un éléphant, il me mena dans une forêt éloignée de la ville de quelques heures de chemin, et dont l’étendue était très-vaste. Nous y entrâmes fort avant, et lorsqu’il jugea à propos de s’arrêter, il me fit descendre. Ensuite, me montrant un grand arbre: «Montez sur cet arbre, me dit-il, et tirez sur les éléphants que vous verrez passer; car il y en a une quantité prodigieuse dans cette forêt. S’il en tombe quelqu’un, venez m’en donner avis.» Après m’avoir dit cela, il me laissa des vivres, reprit le chemin de la ville, et je demeurai sur l’arbre à l’affût pendant toute la nuit.
«Je n’en aperçus aucun pendant tout ce temps là; mais le lendemain, d’abord que le soleil fut levé, j’en vis paraître un grand nombre. Je tirai dessus plusieurs flèches, et enfin il en tomba un par terre. Les autres se retirèrent aussitôt, et me laissèrent la liberté d’aller avertir mon patron de la chasse que je venais de faire. En faveur de cette nouvelle, il me régala d’un bon repas, loua mon adresse et me caressa fort. Puis nous allâmes ensemble à la forêt, où nous creusâmes une fosse dans laquelle nous enterrâmes l’éléphant que j’avais tué. Mon patron se proposait de revenir lorsque l’animal serait pourri et d’enlever les dents pour en faire commerce.
«Je continuai cette chasse pendant deux mois, et il ne se passait pas de jour que je ne tuasse un éléphant. Je ne me mettais pas toujours à l’affût sur un même arbre; je me plaçais tantôt sur l’un et tantôt sur l’autre. Un matin, que j’attendais l’arrivée des éléphants, je m’aperçus, avec un extrême étonnement, qu’au lieu de passer devant moi en traversant la forêt comme à l’ordinaire, ils s’arrêtèrent et vinrent à moi avec un horrible bruit et en si grand nombre, que la terre en était couverte et tremblait sous leurs pas. Ils s’approchèrent de l’arbre où j’étais monté, et l’environnèrent, tous la trompe étendue et les yeux attachés sur moi. À ce spectacle étonnant, je restai immobile et saisi d’une telle frayeur, que mon arc et mes flèches me tombèrent des mains.
«Je n’étais pas agité d’une crainte vaine: après que les éléphants m’eurent regardé quelque temps, un des plus gros embrassa l’arbre par le bas avec sa trompe, et fit un si puissant effort qu’il le déracina et le renversa par terre. Je tombai avec l’arbre, mais l’animal me prit avec sa trompe et me chargea sur son dos, où je m’assis plus mort que vif avec le carquois attaché à mes épaules. Il se mit ensuite à la tête de tous les autres, qui le suivaient en troupe, et me porta jusqu’à un endroit où m’ayant posé à terre, il se retira avec tous ceux qui l’accompagnaient. Concevez, s’il est possible, l’état où j’étais; je croyais plutôt dormir que veiller. Enfin, après avoir été quelque temps étendu sur la place, ne voyant plus d’éléphants, je me levai et je remarquai que j’étais sur une colline assez longue et assez large, toute couverte d’ossements et de dents d’éléphants. Je vous avoue que cet objet me fit faire une infinité de réflexions. J’admirai l’instinct de ces animaux. Je ne doutai point que ce ne fût là leur cimetière, et qu’ils ne m’y eussent apporté exprès pour me l’enseigner, afin que je cessasse de les persécuter, puisque je le faisais dans la vue seule d’avoir leurs dents. Je ne m’arrêtai pas sur la colline; je tournai mes pas vers la ville, et après avoir marché un jour et une nuit, j’arrivai chez mon patron. Je ne rencontrai aucun éléphant sur ma route, ce qui me fit connaître qu’ils s’étaient éloignés plus avant dans la forêt pour laisser la liberté d’aller sans obstacle à la colline.