Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«Dès que mon patron m’aperçut: «Ah! Pauvre Sindbad, me dit-il, j’étais dans une grande peine de savoir ce que tu pouvais être devenu. J’ai été à la forêt: j’y ai trouvé un arbre nouvellement déraciné, un arc et des flèches par terre; et après t’avoir inutilement cherché, je désespérais de te revoir jamais. Raconte-moi, je te prie, ce qui t’est arrivé. Par quel bonheur es-tu encore en vie?» Je satisfis sa curiosité; et le lendemain, étant allés tous deux à la colline, il reconnut avec une extrême joie la vérité de ce que je lui avais dit. Nous chargeâmes l’éléphant sur lequel nous étions venus, de tout ce qu’il pouvait porter de dents, et lorsque nous fûmes de retour: «Mon frère, me dit-il, car je ne veux plus vous traiter en esclave, après le plaisir que vous venez de me faire par une découverte qui va m’enrichir, Dieu vous comble de toutes sortes de biens et de prospérités. Je déclare devant lui que je vous donne la liberté. Je vous avais dissimulé ce que vous allez entendre.
«Les éléphants de notre forêt nous font périr chaque année une infinité d’esclaves que nous envoyons chercher de l’ivoire. Quelques conseils que nous leur donnons, ils perdent tôt ou tard la vie par les ruses de ces animaux. Dieu vous a délivré de leur furie et n’a fait cette grâce qu’à vous seul. C’est une marque qu’il vous chérit, et qu’il a besoin de vous dans le monde pour le bien que vous y devez faire. Vous me procurez un avantage incroyable: nous n’avons pu avoir d’ivoire jusqu’à présent, qu’en exposant la vie de nos esclaves; et voilà toute notre ville enrichie par votre moyen. Ne croyez pas que je prétende vous avoir assez récompensé par la liberté que vous venez de recevoir; je veux ajouter à ce don des biens considérables. Je pourrais engager toute la ville à faire votre fortune; mais c’est une gloire que je veux avoir moi seul.»
«À ce discours obligeant, je répondis: «Patron, Dieu vous conserve! La liberté que vous m’accordez suffit pour vous acquitter envers moi; et pour toute récompense du service que j’ai eu le bonheur de vous rendre à vous et à votre ville, je ne vous demande que la permission de retourner en mon pays. – Hé bien! répliqua-t-il, le moçon nous amènera bientôt des navires qui viendront charger de l’ivoire. Je vous renverrai alors et vous donnerai de quoi vous conduire chez vous.» Je le remerciai de nouveau de la liberté qu’il venait de me donner et des bonnes intentions qu’il avait pour moi. Je demeurai chez lui en attendant le moçon, et pendant ce temps-là nous fîmes tant de voyages à la colline, que nous remplîmes ses magasins d’ivoire. Tous les marchands de la ville qui en négociaient firent la même chose; car cela ne leur fut pas longtemps caché.»
À ces paroles, Scheherazade, apercevant la pointe du jour, cessa de poursuivre son discours. Elle le reprit la nuit suivante et dit au sultan des Indes:
CCXXXIV NUIT.
Sire, Sindbad continuant le récit de son septième voyage: «Les navires, dit-il, arrivèrent enfin, et mon patron, ayant choisi lui-même celui sur lequel je devais m’embarquer, le chargea d’ivoire à demi pour mon compte. Il n’oublia pas d’y faire mettre aussi des provisions en abondance pour mon passage, et de plus, il m’obligea d’accepter des régals de grand prix et des curiosités du pays. Après que je l’eus remercié autant qu’il me fut possible de tous les bienfaits que j’avais reçus de lui, je m’embarquai. Nous mîmes à la voile, et comme l’aventure qui m’avait procuré la liberté était fort extraordinaire, j’en avais toujours l’esprit occupé.
«Nous nous arrêtâmes dans quelques îles pour y prendre des rafraîchissements. Notre vaisseau étant parti d’un port de terre ferme des Indes, nous y allâmes aborder, et là, pour éviter les dangers de la mer jusqu’à Balsora, je fis débarquer l’ivoire qui m’appartenait, résolu de continuer mon voyage par terre. Je tirai de mon ivoire une grosse somme d’argent: j’en achetai plusieurs choses rares pour en faire des présents, et, quand mon équipage fut prêt, je me joignis à une grosse caravane de marchands. Je demeurai longtemps en chemin, et je souffris beaucoup; mais je souffrais avec patience en faisant réflexion que je n’avais plus à craindre ni les tempêtes, ni les corsaires, ni les serpents, ni tous les autres périls que j’avais courus.
«Toutes ces fatigues finirent enfin; j’arrivai heureusement à Bagdad. J’allai d’abord me présenter au calife et lui rendre compte de mon ambassade. Ce prince me dit que la longueur de mon voyage lui avait causé de l’inquiétude, mais qu’il avait pourtant toujours espéré que Dieu ne m’abandonnerait point. Quand je lui appris l’aventure des éléphants, il en parut fort surpris, et il aurait refusé d’y ajouter foi si ma sincérité ne lui eût pas été connue. Il trouva cette histoire et les autres que je lui racontai si curieuses, qu’il chargea un de ses secrétaires de les écrire en caractères d’or pour être conservées dans son trésor. Je me retirai très-content de l’honneur et des présents qu’il me fit; puis je me donnai tout entier à ma famille, à mes parents et à mes amis.»
Ce fut ainsi que Sindbad acheva le récit de son septième et dernier voyage; et s’adressant ensuite à Hindbad: «Hé bien! mon ami, ajouta-t-il, avez vous jamais ouï dire que quelqu’un ait souffert autant que moi, ou qu’un mortel se soit trouvé dans des embarras si pressants? N’est-il pas juste qu’après tant de travaux, je jouisse d’une vie agréable et tranquille?» Comme il achevait ces mots, Hindbad s’approcha de lui, et dit, en lui baisant la main: «Il faut avouer, seigneur, que vous avez essuyé d’effroyables périls. Mes peines ne sont pas comparables aux vôtres: si elles m’affligent dans le temps que je les souffre, je m’en console par le petit profit que j’en tire. Vous méritez non-seulement une vie tranquille, vous êtes digne encore de tous les biens que vous possédez, puisque vous en faites un si bon usage et que vous êtes si généreux. Continuez donc de vivre dans la joie jusqu’à l’heure de votre mort.»
Sindbad lui fit donner encore cent sequins, le reçut au nombre de ses amis, lui dit de quitter sa profession de porteur et de continuer de venir manger chez lui; qu’il aurait lieu de se souvenir toute sa vie de Sindbad le Marin.
Scheherazade, voyant qu’il n’était pas encore jour, continua de parler, et commença une autre histoire.
HISTOIRE DE BEDER, PRINCE DE PERSE, ET DE GIAUHARE, PRINCESSE DU ROYAUME DE SAMANDAL.
La Perse est une partie de la terre de si grande étendue, que ce n’est pas sans raison que ses anciens rois ont porté le titre superbe de rois des rois. Autant qu’il y a de provinces, sans parler de tous les autres royaumes qu’ils avaient conquis, autant il y avait de rois, et ces rois ne leur payaient pas seulement de gros tributs, ils leur étaient même aussi soumis que les gouverneurs le sont aux rois de tous les autres royaumes.
Un de ces rois, qui avait commencé son règne par d’heureuses et de grandes conquêtes, régnait il y avait de longues années avec un bonheur et une tranquillité qui le rendaient le plus satisfait de tous les monarques. Il n’y avait qu’un seul endroit par où il s’estimait malheureux: c’est qu’il était fort âgé et que de toutes ses femmes il n’y en avait pas une qui lui eût donné un prince pour lui succéder après sa mort. Il en avait cependant plus de cent, toutes logées magnifiquement et séparément, avec des femmes esclaves pour les servir, et des eunuques pour les garder. Malgré tous ces soins à les rendre contentes et à prévenir leurs désirs, aucune ne remplissait son attente. On lui en amenait de tous les pays les plus éloignés, et il ne se contentait pas de les payer sans faire de prix: dès qu’elles lui agréaient, il comblait encore les marchands d’honneurs, de bienfaits et de bénédictions pour en attirer d’autres, dans l’espérance qu’enfin il aurait un fils de quelqu’une. Il n’y avait pas aussi de bonnes œuvres qu’il ne fît pour fléchir le ciel. Il faisait des aumônes immenses aux pauvres, de grandes largesses aux plus dévots de sa religion, et de nouvelles fondations toutes royales en leur faveur, afin d’obtenir, par leurs prières, ce qu’il souhaitait si ardemment.