Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Le charme de Jeanne n’échappe pas à ces officiers allemands qui souvent la courtisent. Un soir, l’un des patrons de la Kommandantur se plante devant elle et s’incline pour lui baiser la main. Jeanne tremble, elle ne sait comment se sortir de cette situation. Louis abandonne alors son piano et, s’adressant très cérémonieusement à l’homme, il lui lâche : « Permettez-moi de vous présenter ma fiancée… » L’officier claque les talons, s’excuse et part à la recherche d’une autre jolie femme. Ce même soir, attrapant de justesse le dernier métro, Louis et Jeanne échangent leur premier baiser. Louis, bien que timide de nature, lui glisse à l’oreille : « À partir de maintenant, nous sommes fiancés. » Coup de foudre ? Quand la journaliste Laurence Masurel lui pose la question, prenant un air sérieux, Louis de Funès lui répond : « Vous savez, ce qui se passe entre deux personnes est moins simple que cela », mais, en rencontrant Jeanne, « j’ai aussi rencontré une famille extraordinaire, la famille la plus charmante que j’aie jamais rencontrée. J’ai vraiment trouvé une famille[36] ».
Une famille qu’il ne connaît pas encore et devant laquelle il va devoir se montrer sous son meilleur jour. Que Jeanne fréquente un pianiste de bar n’inquiète nullement sa grand-mère et ses tantes. En revanche, elles craignent pour sa vie car lorsque Louis raccompagne Jeanne à la station Madeleine, il arrive qu’ils loupent le fameux… dernier métro. Alors, main dans la main, bravant le couvre-feu, ils rasent les murs et se cachent sous les porches des immeubles quand une patrouille allemande surgit. Henri, un ancien boxeur amateur et l’un des oncles de Jeanne, qui tient avec sa femme Justine un hôtel au 13, rue Condorcet, propose à Louis de l’héberger dans une chambre au rez-de-chaussée. Cela a l’avantage d’être juste à l’angle de la rue de Maubeuge, ce qui évitera à Louis de traverser tout Paris pour rejoindre son propre domicile. Il accepte de bonne grâce sans se douter un seul instant qu’un matin trois gestapistes vont demander à voir un certain Louis de Funès de Galarza. Fort heureusement, la présence d’esprit de Simone, la femme de chambre, affirmant qu’il est parti la veille pour une destination inconnue, lui évite d’être arrêté et expédié en Allemagne pour répondre à l’appel du Service du travail obligatoire, le S.T.O.
Louis fait la connaissance de la famille de Jeanne au château de Clermont, qui domine la Loire depuis la colline sur la commune du Cellier, près de Nantes. De style Louis XIII, ce château aux trois cent soixante-cinq ouvertures compte une bonne vingtaine de pièces. Édifié en 1649 par René Chenu, gentilhomme de la Chambre du roi, au nom du duc de Montmorency puis du prince de Condé, il est passé successivement dans les familles de Claye de la Bourdonnaye, de Juchault des Jononières et de Lareinty avant d’être vendu en 1861 au comte Léon Nau de Maupassant. En 1925, les Monuments historiques classent ses vieux ifs, le « Pavillon », la « Pierre de Clermont », le « Rocher de Lourdes », la chapelle avec son retable du XVIIe siècle et les tourelles en encorbellement. En 1926 et 1932, le parc et le domaine agricole de cent cinquante hectares sont classés à leur tour. À son arrivée, Louis découvre avec ravissement ce château ne manquant pas d’allure avec son corps central flanqué de deux ailes, ses toits où sont associés ardoise, brique et tuffeau ainsi que son parc de cinquante hectares. Un lieu magique, impressionnant, où la « petite » Jeanne venait régulièrement passer ses vacances.
Bien vêtu, d’une élégance raffinée, coiffé à la mode zazou et se faisant presque minuscule, Louis est immédiatement adopté par cette famille qui rapidement en vient aux choses sérieuses. Avec « maman Titine », la tante Marie, la tante Jeanne, la tante Julia, on parle robe blanche, église, mariage en « grande pompe » ici au Cellier, puis à la mairie du 9e arrondissement de Paris. Louis écoute, acquiesce, n’osant avouer qu’il est déjà marié et qu’il a, tout simplement, oublié de divorcer ! Le lendemain, de retour dans la capitale, avec d’infinies précautions, il livre son secret à Jeanne qui le prend très mal. Leur première dispute. Pas question pour elle de partager la vie d’un homme marié. Jeanne parle même de rupture, affirmant que leur rencontre demeurera un merveilleux souvenir mais qu’ils en resteront là. Louis ne s’attendait pas à une réaction aussi brutale. Il aime Jeanne et, pour ne pas la perdre, il promet de faire sur-le-champ le nécessaire. Il ira voir Germaine à Courbevoie où elle réside afin qu’ensemble ils régularisent leur situation. Il ira… Non. Ce n’est pas Louis qui va se charger de cette démarche, mais sa sœur Mimi. Elle-même vient de divorcer, elle sait comment s’y prendre et puis, entre femmes, elles arriveront bien à se comprendre.
De fait, à son arrivée 2, quai Paul-Doumer à Courbevoie, Mimi est accueillie avec un certain soulagement. Il y a bien des années que Germaine ne veut plus porter le nom de De Funès. Elle vit avec Henry Fankestin[37], un juif d’origine polonaise, qu’elle cache aux autorités allemandes. Il travaille, muni d’une fausse carte d’identité, comme fourreur pour le compte de la maison Peyren, rue des Petites-Écuries à Paris. Pendant que Mimi parle avec le couple, un gamin de 7 ans, un peu malingre, s’agite et grimace. C’est Daniel, le fils de Louis de Funès, qui n’a guère de souvenirs de son père. Germaine, pressée d’épouser le nouvel homme de sa vie, accepte de divorcer à condition que Louis ne s’occupe jamais plus de Daniel, tout en souhaitant rencontrer Jeanne afin que tout soit bien clair. Mimi fait part à Louis et à Jeanne de la proposition de Germaine. Même si Jeanne a comme l’impression d’enlever son futur mari à une autre femme, elle accepte de la rencontrer à Courbevoie. Germaine la reçoit le sourire aux lèvres et l’embrasse en lui glissant : « Que vous êtes jolie ! Je suis ravie pour Louis ! » Dans le salon, les deux couples s’assoient et le premier à prendre la parole est Henry pour redire qu’il est bien entendu que « Daniel est notre fils, et que nous le gardons ». Tout le monde est d’accord. Reste à payer les frais et… c’est grâce à la générosité financière de Mimi que la procédure de divorce peut être rapidement engagée. Elle arrive à son terme le 13 novembre 1942 par jugement prononcé par la 4e chambre du tribunal civil de la Seine.
La voie est désormais libre pour que Louis et Jeanne passent devant monsieur le maire. Pas question de mariage religieux, l’Église s’opposant à recevoir un divorcé devant l’autel. Mais avant de fouler les marches de la mairie du 9e arrondissement, Louis et Jeanne officialisent leurs fiançailles à Clermont. Il arrête la date de leur mariage au 20 avril 1943. Dans le même temps, ils s’interrogent sur le meilleur lieu pour protéger leur amour. Ils souhaitent un petit nid douillet à loyer raisonnable. Seulement, ce havre de paix n’est pas facile à dénicher. Ils en visitent plusieurs mais, à chaque fois, ils se heurtent à la médiocrité du contenu de leurs porte-monnaie. Pas question pour Louis de demander à Jeanne d’aller s’installer chez sa mère. Il connaît trop bien le résultat de cette promiscuité. Heureusement, Robert Deiss, son copain d’enfance avec lequel il joue du jazz lors de « bœufs » endiablés, vient à leur secours. Ce courtier en assurances possède un petit deux pièces en rez-de-chaussée, 94, rue de Miromesnil, qu’il veut bien leur prêter en attendant des jours meilleurs. Les toilettes sont dans la cour, le lavabo sur le palier… qu’importe, Jeanne a, déjà, plein d’idées en tête pour décorer avec goût ce logement. Là elle veut tendre un rideau pour donner l’illusion d’un espace plus vaste, ici elle voit une commode, ailleurs une table de chevet… Louis se fie à ses idées, d’autant qu’il continue à passer ses nuits à L’Horizon. Il n’a guère de temps pour s’occuper des problèmes de décoration d’intérieur. Il songe plutôt à faire en sorte que le 20 avril soit un vrai jour de fête où la famille et les amis soient le mieux reçus possible. Il se met aussi en quête d’un restaurant correct et qui acceptera que lui soient livrées de Clermont des volailles bien grasses à mitonner avec raffinement. Les tantes de Jeanne ont insisté pour contribuer, à leur manière, à ce repas de noce. Il n’a pas longtemps à chercher un établissement de qualité, l’oncle Henri et son épouse Justine mettent à leur disposition leur hôtel de la rue Condorcet.
36
Paris-Match, 23 octobre 1976.
37
Né le 25 janvier 1917 dans le 11e arrondissement de Paris, Henry Fankestin s’engage pour trois ans le 27 février 1935 au 9e régiment de cuirassiers à Lyon, puis il est muté au 19e dragons à Dinan avant d’être démobilisé le 22 août 1940 à Narbonne. Il épouse Germaine Carroyer le 17 octobre 1964. Il décède à Paris le 28 janvier 1984.